Coworking : “Et la lumière fut…”

Depuis la rentrée, Wework traverse une crise sans précédent - Pixabay
22 Nov 2019 | Lecture 4 minutes

À la peine pour maintenir le nombre de fidèles dans des centres villes parfois dévitalisés, certaines paroisses se lancent dans le coworking. Affichant de bien meilleurs prix que les grandes entreprises du secteur, elles s’offrent ainsi une deuxième jeunesse et répondent aux besoins croissants d’espaces de télétravail.

Attention les secousses

La rentrée a été houleuse pour le monde du coworking. À quelques jours de son introduction en bourse, le géant Wework s’est effondré, jetant une lumière crue sur la viabilité du modèle de certaines licornes de la nouvelle économie. À l’occasion, chacun s’est interrogé sur la réalité de la demande pour le coworking.

Arrivé en trombe il y a cinq ans, le phénomène a rapidement essaimé à travers le monde. En Europe, le nombre d’espaces de travail partagés a augmenté de 205 % entre 2014 et 2018 selon une étude de Colliers International. Avant l’éviction de son fondateur Adam Neumann par l’actionnaire majoritaire Softbank, Wework était évaluée à une cinquantaine de milliards de dollars. Elle est redescendue en quelques jours à 10 milliards.

Le royaume Wework

Wework est discrètement devenu le premier locataire privé à Londres, seul le gouvernement britannique occupe plus de bureaux dans la capitale

peut-on lire dans les colonnes du Guardian, qui s’inquiète des potentielles secousses sur le secteur immobilier. Alors qu’un plan de restructuration drastique se profile avec 4 000 suppressions d’emploi, soit près d’un tiers de ses effectifs, certains propriétaires londoniens pourraient ne plus toucher le loyer de l’entreprise et se retrouver le bec dans l’eau.

L’explosion en vol de Wework serait-elle synonyme d’un ralentissement voire d’une perte d’intérêt pour le coworking ? À en croire les observateurs, il n’en est rien. D’une parce qu’une partie de l’échec de Wework est imputable à Wework lui-même et à sa stratégie d’investissements massifs façon « winners takes all ». La chronique de Stéphane Lauer éditorialiste du Monde est à ce titre éclairante. D’autre part parce que le monde du travail a évolué et que la demande pour le travail partagé est réelle.

Le coworking survivra

Pour Julie Whelan, directrice Amériques au sein du groupe d’immobilier d’entreprise CBRE, « les changements dans les habitudes de travail se font si rapidement que nous ne les remarquons même pas. La façon dont nous travaillons aujourd’hui est très différente d’il y a 10 ans, c’est ce qui entraîne la demande d’espaces flexibles ». À la fois plus souple pour une jeune entreprise dont la masse salariale fluctue, plus adapté aux travailleurs indépendants, le coworking permet également un écosystème stimulant pour les professionnels. À échelle urbaine, il permet de diminuer les mobilités pendulaires vers les bassins d’emploi.

L’année dernière, alors que le gouvernement annonçait débloquer 60 millions d’euros sur trois ans pour stimuler le coworking, une étude de l’International Workplace Group calculait que le secteur pourrait générer 123 milliards d’euros d’ici 2030 en gain de productivité, de coûts et de temps.

Le co-praying ?

Dans l’ombre des levées de fonds rutilantes, le coworking fait en effet son chemin. Cet été, le Guardian révélait une nouvelle tendance qui illustre comment le coworking se situe à l’intersection d’enjeux urbains majeurs. De plus en plus de paroisses se lanceraient dans le coworking. En effet, à mesure que la sécularisation se poursuit en France – la part des athées, agnostiques et déistes est passée de 27 à 58 % de la population française en quarante ans – les paroisses rencontrent des difficultés à se financer.

À Dallas ou à New York dans le Bronx, des églises et des synagogues ouvrent leurs portes aux travailleurs. Certaines paroisses gèrent elles-mêmes ces espaces, tandis que d’autres louent leurs locaux à des entreprises de coworking. Pour la plupart, elles affichent des tarifs bien moindres que les grosses entreprises du secteur. Ces lieux évitent en général tout prosélytisme, mais tentent cependant de créer des passerelles avec leurs activités religieuses.

Une fonction sociale

Aujourd'hui fermé, l'espace de coworking de l'église St Lydia à New York organisait des repas collectifs - StLydias.org

Aujourd’hui fermé, l’espace de coworking de l’église St Lydia à New York organisait des repas collectifs – StLydias.org

Sur un plan plus social, certains responsables de paroisses voient dans le coworking un relai de la mission paroissiale. Pour Emily Scott, la fondatrice d’un espace de travail partagé dans l’église Saint Lydia à New York, il s’agit de « dissiper l’isolation et reconnecter les voisins ». Alors que bien souvent les espaces de travail partagés forment des entre-soi d’entrepreneurs, les paroisses adoptent une approche plus inclusive. Elles acceptent ainsi des anciens prisonniers en réinsertion, des demandeurs d’emploi etc.

À Paris dans le XVIème arrondissement, l’espace de « coworking solidaire » Le Patio a ouvert fin 2017 dans l’église Saint-Honoré d’Eylau. « Entre les évolutions technologiques qui bouleversent les modes de travail, la hausse du nombre de travailleurs indépendants, ou encore la recherche de flexibilité, il est devenu central de proposer un projet pastoral s’ouvrant sur le monde du travail, explique Jean des Courtis, président de l’association paroissiale. Nous avons donc eu l’idée de créer un espace de travail solidaire. »

L'église Saint-Honoré-d'Eylau dans le 16ème arrondissement de Paris - Peter Potrowl/Wikipédia

L’église Saint-Honoré-d’Eylau dans le 16ème arrondissement de Paris – Peter Potrowl/Wikipédia

Redynamiser les centres

À Marseille, une initiative comparable pourrait aboutir dans l’église Saint Martin d’Arenc, fermée depuis 40 ans pour des raisons de sécurité. Le projet qui prévoit « des expositions, de la photo, des concerts, des opérations de médiation avec des ateliers numériques et de lectures », permet de débloquer une enveloppe de 4 millions d’euros pour la réhabilitation. Une opération inédite soutenue par l’archevêque de Marseille et le conseil départemental.

Qui sait ? Alors que la dévitalisation frappe de nombreux centres-villes en France, c’est peut-être à mi-chemin entre la start-up nation et les vieilles pierres que la solution se trouve…

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