Conception d’un skatepark égalitaire à Nantes

15 Nov 2023 | Lecture 5 min

La métropole de Nantes lutte activement contre le sexisme sur son territoire. Nantes ambitionne, en effet, de devenir la première  “ville non sexiste”  de France à l’horizon 2030. Pour atteindre cet objectif, la Ville se dote d’une politique publique à part entière. Elle a fait appel au talent et à la créativité d’étudiants du City Lab de L’École de design Nantes Atlantique. Ils ont imaginé l’aménagement d’un espace sportif plus égalitaire dans la métropole : le skatepark de Vincent Gâche.

Aménager la ville non sexiste

L’ambition de Nantes Métropole

Comment accompagner le changement et favoriser des pratiques non sexistes en ville ? Comment provoquer une prise de conscience chez les citoyen.nes nantais.es en intervenant dans leur quotidien de manière concrète ?

Sous le précédent mandat de la ville, des actions emblématiques avaient déjà vu le jour :

– la création de Citad’Elles, lieu d’accueil des femmes victimes de violences (12 400 Nantaises accueillies chaque année) ;

– la féminisation des noms de rue ;

– la mise en place de “negotraining”, des ateliers de négociation salariale à destination des femmes ;

– de nouvelles offres sportives à destination des femmes et des jeunes filles ;

– le soutien à la communauté LGBTQIA+.

Pour ce mandat, de nouveaux engagements ont été pris. L’objectif global est d’intégrer ce marqueur d’égalité de manière opérationnelle.  Il s’agit de modéliser le sujet pour le faire atterrir, le rendre concret et ainsi initier une phase d’expérimentation sur des places et placettes de Nantes.

Comment combattre le sexisme ordinaire à travers la pratique sportive ?

En France, 12,2 % des femmes sont à la tête de présidence de ligues et comités régionaux du mouvement sportif contre 87,8% d’hommes*. De même, la pratique sportive des jeunes est révélatrice : alors qu’à l’âge de 15 ans, 81 % des garçons font du sport, seulement 54 % des filles ont une pratique sportive en dehors des cours d’EPS obligatoires**. Ces comportements sont-ils “innés” ou résulteraient-ils de constructions culturelles et genrées autour de l’univers du sport  ?

Puisque de nombreux jeunes font du sport en ville (vélo, skate, rollers, parkour, etc.), les étudiants du City Lab ont décidé d’établir leur terrain de jeu dans un skatepark renommé de la ville de Nantes. La lutte contre le sexisme commence au bout de notre rue !

Une glisse urbaine plus égalitaire

Le skatepark très masculin de Vincent Gâche

Centre névralgique de l’écosystème du quartier de Vincent Gâche, le skatepark concentre une majorité… de skaters. Les étudiants ont constaté qu’il existait :

  • un manque de représentation des femmes dans ces sports ;
  • une difficulté pour les jeunes filles à s’intégrer aux groupes existants (féminins comme masculins) ;
  • la nécessité, pour certaines d’entre elles, de prendre des cours de skate afin de renforcer leur pratique et de faire du skate dans un espace sécurisant et neutre de toute perturbation.

“ À travers nos opérations terrain sur l’espace de Vincent Gâche la notion de sexisme est apparue comme un élément peu explicite, de l’ordre du non perceptible. Il se matérialise plutôt sous la forme de freins :  des peurs qui empêchent les femmes de pratiquer cette discipline”.                  

© Phacumalanchino-ph

© Phacumalanchino-ph

2 concepts retenus par les étudiants de L’École de design Nantes Atlantique

Au vu de la difficulté pour certaines débutantes de se lancer au milieu des autres skateurs, de leur faible confiance en elles et de leur manque d’intégration aux groupes de skateurs, les étudiants ont suivi 2 fils rouges pour repenser le skatepark :

1- Codifier l’espace  : intégrer une signalétique que chacun.e pourra s’approprier ;

2 – Ouvrir l’espace : permettre l’intégration de tous et toutes, aider chaque skater.use à prendre ses marques ;

Concept n°1 : PYST pour faciliter l’apprentissage du skate et l’intégration à son écosystème (codifier l’espace)

Grâce à la création de parcours adaptés à différents niveaux, l’apprentie skater.use peut s’entraîner sur de nouveaux points de pratique et progresser à son rythme.  Ces nouvelles lignes font bouger les choses : les skaters prennent conscience de la présence de skateuses, moins à l’aise et confiantes qu’eux dans leur pratique. Au sein d’un espace partagé, ils doivent leur faire une place et parfois même, la leur céder.

Concept n°1 : des pictogrammes PYST indiquent le niveau de difficulté des pistes de skate

Concept n°1 : des pictogrammes PYST indiquent le niveau de difficulté des pistes de skate

Des pictogrammes de couleurs distinctes, affichés à l’entrée du skatepark, guident l’amateur de glisse urbaine sur la voie à emprunter en fonction de son niveau de pratique.

Simulation de PYST dans le quartier Vincent Gâche, Nantes 

Simulation de PYST dans le quartier Vincent Gâche, Nantes

Concept n°2 : Un nouveau parcours de glisse jalonné de modules ergonomiques

Afin de créer de nouveaux points de rencontre entre skater.use.s, le parcours de skate s’étire dans l’espace. En alignant de nouveaux mobiliers urbains en bois et en métal les uns à la suite des autres, l’on crée de nouveaux circuits de glisse. Ainsi, l’espace se déploie, diminuant l’effet de promiscuité avec les autres skaters. L’apprentie skateuse peut progresser à son rythme, sans ressentir de pression en matière de performance ou en raison de son genre.

Concept n°2 Le Parcours : le sol sera recouvert de peintures mauves et oranges afin de différencier les deux circuits de skate, selon le niveau des skater.use.s

Concept n°2 Le Parcours : le sol sera recouvert de peintures mauves et oranges afin de différencier les deux circuits de skate, selon le niveau des skater.use.s

Un exemple de module de skate praticable et sécuritaire

Un exemple de module de skate praticable et sécuritaire

Des versions éphémères de ces modules seront installées afin de tester leur praticabilité et leur adaptation à la circulation habituelle du lieu. Les critères à l’étude sont :

  • la sécurité du module ;
  • une surface d’élan suffisante ;
  • une surface de réception suffisante ;
  • l’intégration du module à la circulation habituelle

des passants ;

  • la résistance du module à l’humidité ;
  • l’obstruction ou non de la luminosité ;
  • la promiscuité ou non des modules ;
  • le respect du calme des personnes côtoyant les modules de repos.
Un autre exemple de module de skate intégré dans l’espace environnant

Un autre exemple de module de skate intégré dans l’espace environnant

L’application dédiée pour connecter les amateurs de skate nantais

L’application VG, liée au projet, permet d’avoir accès à une vision globale du parcours sur les bords de Loire. On y visualise différentes informations sur la manière d’y évoluer, de se l’approprier et de progresser en skate. On peut aussi jouer et interagir avec d’autres collègues de skate.

« On voulait aussi que l’appli permette de lier les gens autour d’une communauté, de créer la rencontre au sein de l’écosystème de Vincent Gâche, que ce soit par de l’information autour des différents événements organisés à VG ou via une plateforme type réseau social local. » L’idée était donc de permettre aux skateuses de choisir leur mode de fonctionnement : se réunir entre elles ou aller à la rencontre d’autres usagers du skatepark pour faciliter leur intégration. Ainsi, on donne le choix à chacun.e d’orienter et de personnaliser sa pratique du skate. Se sentir à sa place, avoir une pratique plus souple et plus libre, générer une prise de conscience de tous les usagers sur le partage de cet espace en commun… Voici les objectifs de ce skatepark plus égalitaire et inclusif !

Le sexisme infuse de nombreux espaces sportifs dont le skatepark fait partie. «  Les mecs ont du mal à nous laisser la place” explique Marie-Lou, s’agaçant de cette domination masculine dans les skateparks comme dans l’univers bien codifié et très hétéronormé du skate (…) Invisibilisées, voire méprisées, les femmes continuent à détonner dans ce monde encore majoritairement masculin.» Cette nouvelle proposition de l’École de design Nantes Atlantique en partenariat avec la Ville de Nantes, dessine un nouveau genre de skatepark et ouvre la voie à une féminisation du skate en douceur. En réduisant le sexisme dans la pratique du skate, les femmes sont fortement invitées et encouragées à se l’approprier. Loin de l’atmosphère intimidante et ultra-compétitive de la glisse urbaine, le skate se libère et sort de ses carcans genrés.

Ce formidable travail a été réalisé par des étudiants du City Design Lab et encadré par toute l’équipe du City Design Lab ainsi que les enseignantes Anne-Gaëlle Person et Clémentine Laurent-Polz.

* Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des Femmes, Chiffres-clés, 2015

**Le sport chez les jeunes de 12 à 17 ans, STAT-Info d’octobre 2002, Audrey Moreau, Alexandra Pichault et Guy Truchot

L'École de design Nantes Atlantique
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