Chaleurs urbaines, nos villes françaises en 2050 ?

22 Juil 2019

Mauvaise nouvelle … dans le meilleur des cas, en 2100 Lyon connaîtra le climat de Madrid et pourrait même avoir un climat proche de celui d’Alger. Parallèlement à cette prévision digne des récits d’anticipation, mais pourtant bien réelle, le tout récent épisode caniculaire de Juin 2019 frappait les esprits il y a encore quelques jours. Pour autant, ce n’est pas nouveau…Au cœur des médias, des discours, des actualités, le réchauffement climatique est une problématique majeure de notre époque que l’on ne peut plus ignorer.

En été, les villes souffrent d’une augmentation des chaleurs croissantes

En été, les villes souffrent d’une augmentation des chaleurs croissantes ©Ifinnsson via Pixabay

Ça chauffe, les températures augmentent au sein des différents milieux et espaces terrestres, y compris dans nos villes, et c’est en partie la conséquence de nos activités anthropiques. La prise de conscience des politiques et des populations sur ces enjeux environnementaux n’a jamais été aussi importante. Des actions concrètes sont menées régulièrement et mises en place pour contrer l’impact de cette hausse des températures.

Mais pour nos villes et les acteurs urbains, ce constat reste complexe et originellement, l’urbanisme n’a pas toujours été pensé pour pallier les pics de chaleur. Alors quelle est la situation actuelle en cette période de forte de chaleur ? Quels sont ses impacts sur nos espaces urbains ? Comment nos villes françaises tentent d’améliorer cette situation, et avec quelles solutions ?

Que savons-nous de la chaleur en milieu urbain ?

Avec ces montées de températures, une inquiétude a récemment émergé dans le débat public : les fameux îlots de chaleur. Ce phénomène se traduit par un dôme thermique qui crée une sorte de microclimat urbain, au sein duquel les températures sont significativement plus élevées qu’en dehors de la ville. Autant dire que les villes ne deviennent pas un lieu de refuge pour trouver un peu de fraîcheur.

En effet, plus on s’approche d’un centre ville, plus ce dernier est dense et élevé, plus le thermomètre grimpe. Ce constat est très variable et dépend du temps, mais aussi de la situation géographique, climatique, de la couverture végétale présente, ainsi que de la topographie urbaine. Dans certaines conditions, se forme alors un îlot de chaleur qui concentre les températures les plus importantes en milieu urbain. Cela va notamment aggraver les épisodes de canicules qui sont donc plus forts en ville qu’à la campagne.

Un article du journal Le Monde relève d’ailleurs que les températures moyennes en France ont connu une évolution importante d’environ 3°C de 1900 à 2017. Une augmentation progressive de la température bien évidemment liée au réchauffement climatique et qui s’est traduite par d’importants épisodes de canicules. L’Île-de-France a d’ailleurs gagné 1 degré sur les 20 dernières années.

Le constat est donc alarmant. Mais des solutions existent et ont déjà été appliquées pour y remédier, ou du moins atténuer les effets engendrés par les fortes chaleurs. Sur l’intégralité du globe, toutes les villes ne connaissent pas cette problématique à la même échelle et certaines régions ou pays ont ainsi dû y faire face depuis de nombreuses années par des solutions ingénieuses qui pourraient servir d’exemples. Alors, comment contrer ce phénomène qui rend les villes invivables lorsque le thermostat grimpe ? Quelles solutions ont été déjà proposées ? Par quels moyens ont-elles été mises en place ?

 Les villes méditerranéennes : un bon exemple pour lutter contre les fortes chaleurs urbaines ?

Pour contrer les désagréments d’étés toujours plus chauds, certaines villes optent pour des techniques d’adaptation. À ce titre, les villes du Sud, qui connaissent ce type d’épisodes depuis plus longtemps, se sont déjà accoutumées à ce type de climat, via l’architecture et  systèmes ingénieux et pourraient donc nous en apprendre beaucoup.

Pas question de subir en permanence la chaleur, de nombreuses villes du Sud ont été conçues pour respirer et atténuer les effets de celle-ci en offrant, via les constructions et l’agencement des rues, des zones de fraîcheur. Patios, systèmes occultant les rayons solaires, ventilation naturelle qui traverse les espaces … autant de méthodes et de systèmes qui furent adoptées, de manière très répandue dans le passé, pour rendre la ville plus vivable lors des fortes chaleurs.

Le bureau d’études ECIC s’est d’ailleurs inspiré des villes méditerranéennes, et a ainsi développé des solutions innovantes pour lutter contre les îlots de chaleur. L’idée étant de créer un réseau d’acteurs originaires du pourtour méditerranéen, composé de collectivités, d’aménageurs, d’urbanistes, dans le but de mutualiser les outils, les travaux et les réflexions en cours sur cette thématique. Ainsi, le bureau souhaite analyser l’expérience de la gestion de la chaleur acquise par les villes méditerranéennes. Cela passe par l’étude de solutions de bons sens développées par les populations qui vivent dans les pays chauds, ayant accumulé une connaissance fine et des stratégies sur ce domaine.

Aït-ben-Haddou au Maroc est une ville adaptée aux fortes chaleurs grâce à son architecture adaptée.

Aït-ben-Haddou au Maroc est une ville adaptée aux fortes chaleurs grâce à son architecture adaptée. ©Walkerssk via Pixabay

Dès le XIIIème, les villes arabes ont par exemple très rapidement mis en place un système de ventilation innovant : le principe du Moucharabieh. Il a vu le jour pour la première fois en Egypte. Autrement connu sous le nom de Claustra, ou brise-vue, cet élément architectural aux allures de fenêtres est un véritable dispositif de ventilation naturelle. Le Moucharabieh a également comme fonction d’apporter des zones d’ombres et de fraîcheur aux citadins dans des espaces souvent victimes de la forte chaleur dans les pays du Sud.

Plus globalement, les médinas arabes, bâtiments conçus pratiquement sans façades, ont la capacité de générer de grandes différences de températures. Leur architecture aux allures simples et composée de terre permet d’apporter de la fraîcheur et ainsi de maximiser les zones d’ombres, mais aussi de bien conserver la douceur des températures de la nuit. D’autres éléments architecturaux permettent d’optimiser la circulation de l’air, comme les patios ou les cours intérieures. Ces villes résilientes face aux climats chauds ont donc été pensées et conçues en harmonie avec leur environnement et restent aujourd’hui suffisamment équipées pour lutter contre cette problématique.

Des solutions innovantes déjà déployées ?

Qu’il fasse chaud dans certaines régions du monde et en été, cela n’a rien de nouveau. Des solutions techniques, architecturales et paysagères, existent donc bel et bien pour faire face à ces fortes chaleurs. Cependant, aujourd’hui, nous assistons à la naissance de nouvelles approches : végétalisation, architecture bioclimatique, maîtrise de l’air chaud… Les acteurs de la ville s’emparent d’une pluralité de systèmes visant à faire de nos villes des espaces où il y fait bon vivre chaque saison.

Les façades végétalisées permettent de réduire la chaleur et maintenir la fraîcheur.

Les façades végétalisées permettent de réduire la chaleur et maintenir la fraîcheur. ©Trackmetal via Pixabay

À ce titre, l’architecture bionique est une technique qui a pour but de végétaliser les bâtiments pour les rendre éco-responsables et capables d’absorber efficacement la chaleur, tout en aspirant le CO2 dans l’atmosphère. En effet, l’arborisation des villes présente un avantage considérable : ce processus permet d’isoler le bâti de la chaleur en créant des zones de fraîcheur dans l’espace public, tout en réoxygénant l’air. Pour combattre les effets du réchauffement climatique, il est donc judicieux de multiplier les bâtiments à énergie positive et de limiter la circulation automobile, ce qui va permettre de ne pas renforcer l’effet de serre, et ainsi de conserver une certaine fraîcheur en milieu urbain.

À Los Angeles, la municipalité a opté pour une autre forme de protection anti-chaleur. La ville s’est en effet dotée d’un revêtement blanc sur certains grands axes pour remplacer l’asphalte noir traditionnel, qui capture la chaleur. En jouant sur le revêtement de sol et son effet réfléchissant, appelé albédo, la municipalité a permis une baisse de température du sol de 10°C. Par répercussion, cet aménagement urbain permet également de diminuer la température des bâtiments aux alentours de ces axes. Cette technique que l’on retrouve dans plusieurs villes américaines fonctionne également pour les toits des maisons.

Lutter contre les chaleurs urbaines, c’est également jouer sur les vents et la circulation de l’air. L’entreprise Meteodyn propose un logiciel, Urbawind, qui permet de modéliser la circulation du vent en milieu urbain, et ainsi donner la possibilité aux architectes et urbanistes  d’orienter un bâtiment de manière à organiser leur emplacement, leurs dimensions et l’implantation des fenêtres, pour tirer un profit maximal des vents dominants. Cette application vient donc faciliter la mise en place d’une ville aérée en proposant une méthode permettant d’optimiser une circulation efficace de l’air dans une habitation, dans une rue, en la rafraîchissant de plusieurs degrés.

Et dans nos villes françaises ?

Avec l’augmentation des chaleurs, c’est également nos villes françaises qui se doivent aussi de s’adapter. Qu’il s’agisse de puiser dans le savoir des espaces urbains méditerranéens ou dans l’innovation, les villes françaises doivent également œuvrer pour le confort de tous leurs habitants en amorçant une démarche de lutte face au réchauffement climatique et aux épisodes caniculaires. Un soucis systémique qui peut être traité de bien des façons.

Par exemple, à Strasbourg et à Paris, une circulation alternée des véhicules a été mise en place il y a quelques années, afin de favoriser la pratique des mobilités douces. Une volonté des villes de réduire la pollution, mais aussi lutter contre les îlots de chaleur urbain. En restant dans cette dynamique de réduction de la circulation et de limitation de la pollution atmosphérique pour contrer les fortes chaleurs, la municipalité avait également incité les utilisateurs de voiture à prendre les transports en communs en proposant des trajets gratuits aux usagers. A Paris, la circulation alternée, instaurée également dans 22 communes de la petite couronne, est une mesure, qui à défaut d’être une solution miracle contre le réchauffement et les pics de pollution, s’avère être une solution d’urgence qu’il était obligatoire de mettre en place. En 2014, cette méthode avait portée ses fruits et le trafic journalier avait baissé de 18% sur la capitale. Bien que nécessaire et fonctionnelle, cette réduction par la circulation alternée ne semble cependant pas suffisante. Pour continuer dans cette démarche, la mairie de Paris avait lancé en 2017 une zone de basse émission à Paris, dans laquelle la circulation serait restreinte pour les véhicules les plus polluants. Les chiffres et les études l’ont montré, ces solutions innovantes déployées par les municipalité fonctionnent, mais restent néanmoins insuffisantes face aux enjeux actuels.

circulation alternée Paris

circulation alternée Paris © Spongeldn via Pixabay

Alors que dans les villes du Nord de la France, les nouveaux quartiers urbanisés ont largement intégré au sein de leur conception la priorité de la réduction des consommations énergétiques et notamment des consommations de chauffage, se pose aujourd’hui la question de l’été. Ne faut-il pas intégrer le confort d’été comme nouvelle priorité ? Il faut savoir que pour les écoquartiers, des études sont actuellement menées pour analyser les températures atteintes durant les mois de juillet et d’août, dans le but de maintenir des logements confortables. Sont alors analysés les surfaces de baies vitrées, mais aussi d’autres paramètres. Les solutions mises en place sont souvent des brises soleil qui protègent les logements d’un rayonnement trop fort. Ces brises soleils se sont d’ailleurs avérés plus efficaces que de simples protections intérieurs, comme les stores, car il permettent de repousser la chaleur directement de l’extérieur de l’habitation, sans que celle-ci ne puisse atteindre l’intérieur du domicile. Les méthodes employées dans la conception des éco-quartiers pour répondre à ces enjeux climatiques sont multiples et innovantes. Mais si leur mise en place s’avérait inefficace face à de trop fortes chaleurs, de quelles solutions les villes pourraient-elles s’emparer ? Faudrait-il repenser intégralement l’organisation et la morphologie urbaine de nos villes ?

C’est en tout cas le souhait du premier ministre français Edouard Philippe qui a récemment déclaré qu’il fallait revoir l’urbanisme pour faire baisser la température des villes. N’est-il donc pas temps d’en faire une priorité pour les villes soumises aux fortes chaleurs ?

Euroméditerranée s’est saisi de cette question, faisant de la recherche perpétuelle de fraîcheur en saison estivale une des réflexions à mener dans les logiques d’écoquartier. D’ailleurs, au nord de Marseille, le quartier de Smartseille qui a vu le jour propose un système innovant. Grâce à l’eau de mer, les bâtiments s’alimentent en énergie. On appelle ce principe la thalassothermie et cela permet de répondre aux besoins en chaud et en froid de manière renouvelable.

La liste des dispositifs et des systèmes ingénieux destinés à faire baisser les températures au sein de nos villes peut être encore longue. Mais sont-ils les bons outils pour lutter face aux fortes chaleurs urbaines et en enjeux climatiques d’aujourd’hui et de demain ? Que faire si ces solutions se montrent peu concrètes ? La solution ne résiderait-elle pas dans l’action citoyenne ? Changer d’échelle de réflexion peut être un enjeu clé pour répondre à cette problématique, à travers des initiatives participatives et citoyennes qui mettent en avant le savoir et l’innovation pouvant émaner de populations, de groupes d’individus ou de citoyens.

Ce type d’initiatives doit donc se développer. Mais comment ? Des initiatives participatives ont vu le jour, comme le Climathon, lancé par Climate KIC, événement qui connaît sa cinquième édition cette année. Cet événement invite les villes et leurs citoyens à prendre part à l’une des plus grandes actions climatiques internationales. En 2018, l’édition avait rassemblé 113 villes du monde entier, dont 5 en France. Le Climathon a pour but de challenger l’intelligence collective sur les questions environnementales en favorisant l’émergence d’innovations répondant aux enjeux climatiques d’aujourd’hui. Chaque collectivité, région ou ville qui souhaite participer propose donc de répondre aux enjeux qui leur sont propres en mettant en avant des innovations technologiques permettant l’amélioration de la vie des habitants tout en favorisant une politique de la ville plus durable et efficiente et ainsi de lutter contre le réchauffement climatique.

Ainsi, il existe une pluralité de solutions innovantes pour faire face aux chaleurs urbaines, qu’elles soient modernes ou au contraire, ancestrales. Avec le réchauffement climatique, nos villes françaises doivent réagir et prendre exemple sur ce qui a déjà été réalisé, notamment au sein des villes méditerranéennes. En prenant en compte leur géographie, leur environnement urbain comme naturel, chaque ville peut à sa manière, déjà commencer à proposer des solutions efficaces pour réduire les températures en ville et ainsi préserver un certain bien-être urbain. Repenser les moyens et méthodes d’action de lutte, c’est peut être ça l’une des solutions les plus efficace. En changeant d’échelle de réflexion et en se penchant sur l’initiative citoyenne et participative, de nombreuses villes pourraient en tirer des conclusions innovantes et en dégager des solutions ingénieuses qui viendraient questionner et modifier, dans le bon sens, nos pratiques déjà instaurées.

Lumières de la Ville

Vos réactions

Sud de la France 12 août 2019

Article très interessant.

Le concept de l’architecture bioclimatique est génial.
Si l’on pouvait voir apparaître cette architecture dans nos villes du sud dans les années à venir ça serait parfait !

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