Carte postale estivale du Grand Paris

Comme une envie de barboter à la sortie du RER/du métro - Crédits ville de Saint-Denis (93)
4 Sep 2019 | Lecture 2 minutes

Ce n’est pas parce qu’on a dépassé la date de la rentrée que l’on ne peut pas reparler des vacances ! Peut-être que vous avez eu la chance de partir trois semaines aux Bahamas, mais de notre côté, on était jamais très loin de Paris… D’où ce petit billet de rentrée sur l’été en Île-de-France…

Vous avez peut-être remarqué qu’avec les beaux jours, les villes de proche banlieue parisienne ont sorti leurs plans de communication estivaux. Objectif : redorer le blason de la banlieue, et sans forcément en faire des destinations de vacances, rappeler aux populations locales que petite couronne n’est pas synonyme de béton gris et froid. L’idée n’est évidemment pas neuve, les travaux d’Enlarge your Paris nous le rappellent chaque jour. Cependant, ce redoublement d’efforts, notamment de la part d’institutions publiques, pour valoriser des territoires toujours considérés par une large partie de la population comme secondaires[1] a de quoi interroger.

Destination banlieue ! Vu à Gentilly - Crédits pop-up urbain

Destination banlieue ! Vu à Gentilly – Crédits pop-up urbain

Le blason redoré de la banlieue

Car la banlieue s’affirme toujours un peu plus. Avec les avancées discrètes du projet du Grand Paris, peut-être accélérées par les Jeux Olympiques de 2024 – et donc les nécessaires travaux de prolongement de différentes lignes de transports en commun – les communes de la petite couronne deviennent plus visibles, plus attractives.

Pour preuve, là où la population parisienne stagne depuis les années 2000 autour des 2,2 millions d’habitant·e·s[2], celle des autres départements d’Île-de-France a évolué en moyenne d’1% entre 2011 et 2016. Car la banlieue propose des choses que Paris ne peut plus offrir : de l’espace, de la verdure, un immobilier meilleur marché, des quartiers “plus authentiques” (quoi que cela veuille dire). Si le phénomène touche d’abord la banlieue limitrophe de Paris, plus accessible via les transports en commun déjà présent ou à venir, elle commence à gagner peu à peu des cercles plus larges.

Escale pendant le Festival de l’Oh à Vitry-sur-Seine (94) - Crédits Service photo du département du Val de Marne sur Flickr

Escale pendant le Festival de l’Oh à Vitry-sur-Seine (94) – Crédits Service photo du département du Val de Marne sur Flickr

Et si les banlieusard·e·s n’ont pas attendu ce regain d’intérêt du grand public pour leurs villes – souvent dépeintes dans les médias comme étant des repères à criminels et extrémistes en tous genres – pour s’en revendiquer, la fierté des banlieues s’affiche de plus en plus. Il peut s’agir de pages ou comptes sur les réseaux sociaux remettant en avant les qualités architecturales insoupçonnées des grands ensembles d’immeubles. Ces redécouvertes s’accompagnent également par une réappropriation de l’histoire de ces territoires, jusqu’ici souvent occultée par la présence toujours écrasante de la capitale.

L’été prochain, tous en banlieue ?

Forcément, ce regain d’intérêt n’a pas échappé aux collectivités elles-mêmes. Ainsi, depuis quelques années, lorsqu’arrive l’été, on voit se multiplier quantité de guides et annonces d’événements rattachés à la banlieue. Festivals, activités de plein air, action culturelle régionale… davantage de moyens sont mis en oeuvre pour donner une identité forte aux communes d’Île-de-France.

Comme une envie de barboter à la sortie du RER/du métro - Crédits ville de Saint-Denis (93)

Comme une envie de barboter à la sortie du RER/du métro – Crédits ville de Saint-Denis (93)

Et évidemment, le marketing territorial s’en mêle. Jouant sur une esthétique rappelant les publicités touristiques du premier XXe siècle, des affiches émises par le conseil régional ont essaimé un peu partout pour promouvoir les différentes îles de loisirs franciliennes. Une opération qui a inspiré des collectivités de tailles plus modeste, comme la ville de Saint-Denis, qui joue sur les mêmes aspects balnéaires pour promouvoir son village estival.


En 2018 (et 2017), la ville de Saint-Denis avait déjà mis en place un “village estival” pour rendre l’été plus agréable à ses habitants

Cette réappropriation de codes jusqu’ici réservés au tourisme et à des destinations “de rêve” souligne bien cette volonté de présenter la banlieue comme un territoire pittoresque, comme pourrait l’être La Baule ou Hendaye. En s’emparant de ce vocabulaire visuel quelque peu vintage, les collectivités d’Île-de-France ajoute une ligne de plus à l’histoire de la construction de l’imaginaire banlieusard. Et en profitent pour rappeler aux instances nationales que si elles mettent du temps à accoucher du Grand Paris, elles sont prêtes pour avancer.

 

[1] Dans l’ombre de Paris, capitale phagocytant la petite couronne.

[2] Plusieurs facteurs expliquent cette stagnation : prix très élevé du logement, parc immobilier limité, attractivité d’autres grandes villes françaises (Nantes, Bordeaux, Toulouse, Lyon)…

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