La blockchain au service des monnaies locales

18 Sep 2018

En une dizaine d’années, la France a vu les crypto-monnaies conquérir la planète et s’est entichée pour les monnaies locales. Deux monnaies complémentaires qui à la fois se ressemblent s’opposent. Peut-on imaginer une convergence entre les deux monnaies ? L’entraide est-elle possible, ou l’avènement de l’une signifie la fin de l’autre ?

Paiement par téléphone sur un marché localv

Paiement par téléphone sur un marché local – Shutterstock

Les crypto-monnaies se basent sur une technologie à très fort potentiel : la blockchain, qui permet d’assurer des échanges de données sécurisés, transparents et décentralisés. Développée pour la première fois en 2008, elle est popularisée par le Bitcoin à partir de 2009, dans la foulée de la crise des subprimes. Alors que les banques et institutions financières ne bénéficient plus de la confiance du public, la blockchain permet des échanges d’argent sans l’intervention du traditionnel « tiers de confiance ».

La monnaie locale n’est pas si loin de cette vision-là. Alors que plus de 95% des euros circulent aujourd’hui sur les marchés financiers spéculatifs, l’utilisation d’une monnaie à échelle communautaire et territorialisée permet de renforcer les circuits courts. Un billet local restera dans un réseau de proximité ce qui dynamisera l’économie locale. De plus, il contribue à sensibiliser et orienter la consommation vers des pratiques plus éthiques et plus durables. La plupart de ces monnaies (une quarantaine en France) existent en billets de banque, certaines sont numérisées et permettent de payer via une appli (comme l’Heol breton) ou une carte bleue dédiée (comme l’Eusko basque), mais aucune n’exploite encore la blockchain.

Sur le papier, on peut certainement voir converger ces deux systèmes qui se positionnent comme des alternatives à la consommation globalisée et aux marchés financiers. Pour autant, l’un est global et dématérialisé tandis que l’autre se veut local et fermé sur une communauté. Icône de la blockchain, le Bitcoin est lui-même une monnaie spéculative dont le cours évolue selon l’offre et la demande. Un investissement de quelques centimes en 2011 valait des milliers d’euros quelques années plus tard. Une telle volatilité ne permet pas de rassurer les sceptiques qui voudraient utiliser une crypto-monnaie pour leurs dépenses quotidiennes.

Créée en 2013 au Pays Basque, l'Eusko est la monnaie locale

Créée en 2013 au Pays Basque, l’Eusko est la monnaie locale utilisée en France avec 750000 unités en circulation – Isabelle Miquelestorena/Euskal moneta

Un système à la carte

Le potentiel terrain d’entente se niche dans les possibilités infinies de la blockchain, et notamment le concept de contrat intelligent (“smart contracts”). Celui-ci permet d’ajouter des morceaux de code à l’historique de transactions que constitue la blockchain. Fonctionnant comme des logiciels, ils pourront déclencher de manière automatisée des tâches informatiques. Dès lors, la blockchain permet des échanges de service et non plus seulement de simples transactions monétaires. Le fonctionnement est souvent comparé à celui d’un distributeur automatique : insérer une pièce (acheter un jeton de crypto-monnaie) déclenche la chute d’une canette, c’est à dire un service préalablement programmé. Le contrat s’exécute tout seul.

Louis Margot Duclot est co-fondateur de 97, une start up spécialisée dans la transformation du secteur public via les systèmes décentralisés. Pour lui, cela ne fait aucun doute que la blockchain peut révolutionner la gouvernance publique, il imagine sans difficulté un équivalent à échelle locale. « Une coopérative peut très facilement mettre sur pied une gestion automatisée par la blockchain ». « Un producteur qui apporterait un kilo de fraises à une coopérative locale obtiendrait de la monnaie locale. Celle-ci serait valable pour acheter un jeton de vote en crypto-monnaie par exemple, jeton permettant de participer aux décisions de la coopérative… ».

De cette manière, le protocole décentralisé offre une infrastructure transparente, sûre et efficace, pour les transactions et les tâches administratives. En même temps, il permet de faire l’économie des frais de banque, de comptable et d’avocat. « Le potentiel est énorme parce que ce modèle peut s’appliquer à n’importe quel type de communauté, quelle que soit sa taille, et où que se trouvent ses membres sur Terre. Potentiellement tout le monde peut mettre en place un système comme celui-ci, avec des valeurs politiques ou culturelles qui lui sont propres, et adaptables à n’importe quelle communauté. »

Le contrat intelligent est capable de s'exécuter seul lorsque les conditions sont réunies

Le contrat intelligent est capable de s’exécuter seul lorsque les conditions sont réunies

Solutions clé en main

Dans ce nouveau monde où les lois sont remplacées par du code informatique, les associations locales semblent encore dépassées, à en croire l’absence de crypto-monnaie locale. De plus en plus d’entrepreneurs et d’ingénieurs, soucieux d’encourager la démarche sociale et solidaire des monnaies locales montent différentes solutions pour répondre à ces besoins.

C’est le cas de Monkey Money qui met au point une formule clé en main. « Notre système permet à une structure qui gère une monnaie locale de monter en puissance, décrit Nicolas Caillouët, cofondateur de Monkey Money. La gestion est numérisée, la communication facilitée et l’infrastructure technique de la crypto-monnaie est prise en charge. » La start-up travaille actuellement sur quatre projets de numérisation, notamment avec la Pêche de Montreuil, lancée en mai 2018 à Paris. « À terme nous espérons héberger de nombreuses monnaies locales et résoudre le problème de l’interopérabilité. On rêve de pouvoir échanger entre elles différentes monnaies locales, mais techniquement c’est encore trop complexe. »

Plus ludique, POI est un jeune projet qui s’adresse davantage au consommateur. Il se définit comme une crypto-monnaie d’impact. C’est-à-dire que chaque achat considéré comme vertueux pour l’économie locale fait augmenter la jauge d’impact de l’utilisateur. Lorsque la jauge est pleine, l’utilisateur est récompensé en crypto-monnaie qu’il peut avec lesquelles il peut également payer. La liste des commerces et des produits éco-responsables est déterminée par avance sur une carte.

Des virements automatisés aux certificats d’authentification permettant d’organiser un vote en ligne, les possibilités sont nombreuses pour que blockchain et monnaies locales travaillent main dans la main. Mais « elles ne doivent pas brûler les étapes », observe Nicolas Caillouët, pour qui les deux écosystèmes doivent encore gagner en maturité.

Usbek & Rica

Vos réactions

Samira SASSI 24 septembre 2018

Bonjour

Sujet intéressant.

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