AdaptaVille, une plateforme de solutions pour adapter la ville au changement climatique

AdaptaVille, une plateforme de solutions pour adapter la ville au changement climatique

21 Oct 2021 | Lecture 3 minutes

L’Agence Parisienne du Climat a initié une plateforme pour accompagner collectivités, aménageurs et entreprises dans l’adaptation au changement climatique. AdaptaVille répertorie ainsi les solutions écologiques résilientes qui ont fait leurs preuves sur le territoire, avec des retours d’expériences concrets, mettant en avant des informations techniques ou bonnes pratiques.

Nous avons échangé avec Cécile Gruber, directrice des transitions et de la communication, et Justine Bichon, chargée de mission transition écologique et cheffe de projet sur AdaptaVille, dans le but de saisir les enjeux de cette démarche et l’intérêt d’une telle boîte à outils.

Dans quel domaine l’Agence Parisienne du Climat intervient-elle ? Quelles-sont ses principales missions ?

Cécile Gruber : L’Agence Parisienne du Climat existe depuis 10 ans. Créée à l’initiative de la Ville de Paris, cette structure vise à accompagner la mise en œuvre opérationnelle de son Plan climat à la fois sur le volet efficacité énergétique et sur l’adaptation au changement climatique. Nous avons déployé un axe de travail spécifique sur la question de la rénovation du bâtiment à Paris en particulier concernant les copropriétés, avec la mise en place du dispositif CoachCopro, pour accompagner les particuliers dans leurs projets de rénovation de leur immeuble et mobiliser les professionnels. Nous faisons aussi partie du réseau FAIRE, de l’ADEME, et concevons des outils d’identification des consommations énergétiques, dans le but d’identifier les problématiques existantes et de mettre en place diverses actions concrètes. En complément de ce travail sur le volet “bâtiment”, nous accompagnons les parisiens et les parisiennes dans la réduction de leur empreinte carbone à travers des sujets tels que réduction des déchets, la mobilité durable ou encore la consommation responsable.

Auprès de nos adhérents et des décideurs, nous travaillons  sur le décryptage des politiques publiques locales. Parmi nos partenaires, nous retrouvons évidemment la Ville de Paris, mais aussi la Métropole du Grand Paris. Nous sommes entourés de deux énergéticiens que sont EDF et la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), et de Météo-France qui nous donne accès à des données climatiques nous permettant de nous tenir au courant des évolutions du climat. Nous apportons ponctuellement notre contribution sur plusieurs dossiers, comme par exemple pour les travaux de conception du PLU bioclimatique de Paris.

Comment abordez-vous la question de l’adaptation ? Et quel est l’enjeu pour la ville de Paris ?

Notre partenariat avec Météo-France nous permet d’avoir des données qui nous aident à comprendre l’évolution du climat à l’échelle locale. À Paris, nous avons la chance d’avoir une des plus vieilles stations météo dans le parc de Montsouris, qui nous renseigne sur les évolutions climatiques depuis la fin du 20ème siècle. Paris subit déjà les effets du changement climatique : la température a ainsi augmenté de plus de 2°C depuis 1885. De plus, avec un phénomène d’augmentation des températures depuis 1994, les saisons estivales sont toutes au-dessus de la normale, avec des anomalies de températures plus fréquentes et intenses. Ainsi, cinq des étés les plus chauds sont compris entre 2005 et 2020. Les effets du réchauffement climatique sont donc de plus en plus concrets. En 2016, nous avons constaté des phénomènes d’inondations liés à des épisodes de fortes précipitations.

Mais les effets du changement climatique seront de plus en plus prégnants avec les années. Le diagnostic des vulnérabilités et robustesses du territoire parisien face au changement climatique, qui a été actualisé en septembre 2021 par la Ville en fonction des données et scénarios les plus récents, nous confirme que grâce à sa situation géographique qui l’éloigne des aléas de submersions marines, la capitale est une ville plutôt « robuste » par rapport à d’autres métropoles. Cependant, elle est très sensible aux canicules et aux épisodes de fortes précipitations, étant particulièrement urbanisée et dense.

Les derniers rapports du GIEC avancent une augmentation de la fréquence de ces épisodes pluvieux plus intenses, contenant beaucoup de pluies en peu de temps. Or, sur les territoires fortement urbanisés, nous ne sommes souvent pas capables d’absorber autant de pluies, car les réseaux saturent rapidement. Or, si les stations d’épurations peuvent saturent, les eaux usées du tout à l’égout sont rejetées dans la Seine pour éviter des débordements, et cela aboutit à des problématiques de pollution. L’objectif est d’atteindre 40% du territoire désimperméabilisé d’ici 2040 et  d’infiltrer l’eau à la parcelle, directement dans les sols, dans l’ensemble des projets urbains à venir.

Comment est née l’idée de la plateforme AdaptaVille ?

Cécile Gruber : Ces dernières années, les effets du réchauffement climatique sont croissants. Il s’agit d’une question fondamentale à anticiper, avec des conséquences que l’on peut déjà observer comme l’augmentation des inondations, des canicules et des conséquences sanitaires qui pourraient être importantes, avec des effets qui vont s’intensifier et s’aggraver. Les villes ont besoin d’être outillées pour avancer concrètement sur des réalisations et des projets de terrain.

Sur le sujet de l’adaptation, nous avons contribué avec nos partenaires à l’élaboration de nombreux outils, comme une cartographie qui identifie les plus de 1000 îlots de fraîcheur de la ville de Paris. C’est aussi un travail de sensibilisation, puisque nous accompagnons la montée en compétence des acteurs de l’innovation sur des sujets de la transition.

Il faut donc alerter davantage et accélérer la mise en œuvre d’actions concrètes, pour répondre aux problématiques de santé et de protection des habitants, mais aussi de fonctionnement de la ville. En ce sens, nous accompagnons différents acteurs et projets. Nous avons contribué avec d’autres partenaires au développement d’un projet nommé « Lisière d’une Tierce forêt », à Aubervilliers : un nouveau type de structure verte qui utilise l’évapotranspiration des arbres pour rafraîchir l’espace, en ville. Pendant les vagues de chaleur, les arbres sont alimentés en eau, grâce à des drains en terre cuite alimentés par l’eau stockée sous le béton drainant. Cette installation a été instrumentée avec deux stations météo pour mesurer l’efficacité thermique du dispositif. Météo-France et le Laboratoire Interdisciplinaire des Energies de Demain qui ont suivi l’expérimentation notent des impacts importants, avec notamment une baisse de la température ressentie de l’ordre de six degrés.

Justine Bichon : Nous avons pu nous rendre compte qu’il manquait un moyen de faire connaître ces différentes solutions d’adaptation pas ou peu connues et qui méritent pourtant d’être déployées sur d’autres territoires car elles répondent à de réelles problématiques. Nos équipes de l’Agence Parisienne du Climat ont donc eu l’idée de mettre en place un outil opérationnel : la plateforme AdaptaVille, pour faire connaître ces solutions et mettre en réseau les acteurs concernés

©Chuttersnap

Les solutions proposées par la plateforme AdaptaVille se basent sur les aléas climatiques. Comment ont-elles été sélectionnées ? Quels sont les critères choisis ?

Cécile Gruber : L’Agence Parisienne du Climat effectue un travail de veille important, afin d’identifier les solutions pertinentes. Pour le projet AdaptaVille, nous avons mis en place un comité de pilotage avec les différents partenaires du projet, la Métropole du Grand Paris, la Ville de Paris, Altarea, Icade et l’ADEME, ainsi que d’autres partenaires qui nous soutiennent : Météo-France, les autres agences locales de l’énergie et du climat (ALEC) du territoire, l’UrbanLab, le réseau TEDDIF administré par le Cerema, l’Observatoire de l’Immobilier Durable, Une autre Ville. L’idée était d’avoir un échange sur les solutions à intégrer dans la plateforme et de sélectionner des solutions qui ont déjà fait leurs preuves.

Justine Bichon : Il s’agissait aussi d’étudier si ces solutions étaient réplicables, de sélectionner des initiatives qui affichent leurs coûts, leurs bénéfices, même si ces données sont souvent complexes à évaluer. D’autres critères ont été pris en compte comme leur sobriété, les potentiels co-bénéfices en termes de préservation de la biodiversité ou de création d’emplois du domaine de l’économie sociale et solidaire. Pour construire ce savoir, nous avons sollicité beaucoup d’interviews et d’échanges avec des experts et des acteurs de terrain, qui nous ont permis d’identifier et d’avoir des retours assez francs sur ces solutions. Par exemple, on sait désormais qu’il est nécessaire de mettre davantage de substrat sur les toitures, pour que la végétalisation ait aussi un rôle de préservation de la biodiversité et soit plus efficace pour la régularisation des eaux pluviales. Nos connaissances évoluent et progressent, nous arrivons à mieux aiguiller sur les solutions proposées, tout en nous adaptant aux contextes selon les territoires.

Aussi, du 28 septembre au 28 octobre 2021, nous lançons un premier appel à candidature pour identifier de nouvelles solutions sur AdaptaVille, plateforme de solutions concrètes pour l’adaptation au changement climatique des villes. L’enjeu est de donner la possibilité à une collectivité ou à une entreprise de candidater, afin de se faire davantage connaître.

©AdaptaVille

Est-ce que la crise sanitaire a eu un impact ? Comment l’avez-vous prise en compte ?

Cécile Gruber : Ce que l’on a remarqué avec la crise sanitaire, c’est un réel besoin d’accès au végétal. Tout le métabolisme urbain, ainsi que la place de la nature en ville, sont à questionner dans le but que la ville puisse apporter du bien-être aux habitants. L’idée est que si une autre crise intervient, la ville se doit d’être résiliente et capable de fonctionner avec un niveau de confort suffisamment important.

Pendant la crise, certaines populations ont quitté la ville. Se pose alors la question des personnes captives, plus modestes, qui n’ont pas toujours les moyens de quitter la ville quand elle devient insupportable à vivre. Il est important d’offrir un environnement agréable à vivre à tous, de penser à la justice sociale pour chacun. Cette crise a mis en évidence les fragilités, notamment des quartiers populaires qui sont souvent les plus minéralisés et par conséquent les moins adaptés aux effets du réchauffement climatique. Aussi, ceux qui habitent les derniers étages sont plus vulnérables, car ils habitent en dessous des toitures, souvent dans les étages supérieurs non isolés. En 2003, le risque de mortalité était multiplié par 4 si l’on habitait sous les toits. Tous ces signaux s’agrègent, et nous alertent sur le fait que pour atteindre un confort sur le long terme pour tous, nous avons intérêt à mettre en place diverses solutions pour limiter les impacts climatiques négatifs à venir.

Quels sont les objectifs et la finalité de cette plateforme ?

La carte des solutions AdaptaVille©AdaptaVille

Justine Bichon : Évidemment, cette plateforme doit être la base d’une mobilisation autour du sujet de l’adaptation climatique. Nous souhaitons aussi favoriser la rencontre entre les acteurs porteurs de solutions et les acteurs opérationnels. En activant nos réseaux et en constituant cette plateforme, il s’agit aussi d’apporter une réponse adaptée aux demandes du terrain. Grâce aux divers échanges que nous entretenons quotidiennement avec les porteurs de solutions, nous nourrissons nos réflexions autour des enjeux à venir.

Ainsi, nous avons recensé des expérimentations en France et partout dans le monde. Nous pensons que beaucoup d’acteurs s’intéressent à ces sujets et qu’il faut partager ces connaissances. En termes de suivi, ce qui nous intéresse particulièrement, c’est de combiner les solutions. Par exemple, nous avons accompagné un consortium afin de répondre à un appel à projet de l’aménageur Solideo, concernant l’espace public du village Olympique, où nous portons une combinaison cohérente de différentes solutions à intégrer. Aussi, nous cherchons à obtenir une meilleure visibilité quant au déploiement des solutions, afin de connaître les contacts générés par la plateforme.

Aussi cette plateforme permettra à l’Agence Parisienne du Climat de conseiller les collectivités et les entreprises sur divers sujets et solutions à venir qui cherchent à connaître l’efficacité de solutions comme les peintures blanches. AdaptaVille tend à devenir un lieu de partage et de retours d’expériences sur divers enjeux essentiels à prendre en compte pour les villes de demain. Ainsi, nous espérons voir émerger des grappes de solutions et la mise en relation d’acteurs clés autour d’aléas climatiques fondamentaux.

LDV Studio Urbain
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