La ville comme une base militaire

13 Mar 2018

Aux Etats-Unis les problèmes de santé des soldats inquiètent. Problème de surpoids ou de dépression, ceux-ci se sont accentués pendant la dernière décennie et rendent les troupes de moins en moins opérationnelles. Et si l’architecture même des bases militaires était à remettre en question ? Le gouvernement, accompagné de cabinets d’urbanisme, se penche sur leur design afin qu’elles soient davantage source de bien-être. Ils pourraient permettre de faire émerger des solutions reproductibles en ville pour améliorer la santé grâce à l’urbanisme.

des policiers sri lankais en vélo

Policiers Sri Lankais dans le centre historique du Fort Galle. Crédit : Shutterstock

Une armée malade

En 2016 et pour la première fois depuis des années, le Pentagone publiait des chiffres de l’état de santé des troupes américaines. Parmi les statistiques, une retient particulièrement l’attention : le taux d’obésité au sein de l’armée américaine a augmenté de 61% en 15 ans. Aujourd’hui près de 8% des militaires américains sont en surpoids ou obèses. Ce chiffre peut paraître limité, comparé à l’inquiétante moyenne nationale (70%), mais il préoccupe le Département de la Défense qui voit ses effectifs devenir de moins en moins opérationnels. Celui-ci constate par exemple qu’il évacue davantage de soldats des zones de combat suite à des foulures ou des fracture que pour des blessures de combat, et que le traitement des effets de l’obésité et du tabac est évalué à 3 milliards de dollars chaque année. Dès lors et de manière très pragmatique, la santé des troupes devient une préoccupation d’importance.

Pour répondre à ces problématiques, le Pentagone a lancé le programme expérimental Healthy Base Initiative, avec pour objectif de trouver des solutions pour améliorer la santé des troupes. La communication et la prévention ont été les premiers pas. Puis rapidement ce sont l’architecture et l’aménagement des bases militaires qui ont été remis en question. En effet le cadre de vie dessiné pour celles-ci n’encourageaient pas la mobilité ni la socialisation. Comme beaucoup de villes du pays, les installations militaires américaines sont construites sur un modèle d’étalement urbain. Caractérisé par une faible densité de résidents et des quartiers mono-fonctionnels, il est pensé pour la voiture.

Dîner de Noël à Camp Pendleton, Californie

Dîner de Noël à Camp Pendleton, Californie. Crédit : Shutterstock

Urbanisme sportif

En cartographiant les habitudes des résidents de 14 bases militaires, le gouvernement s’est rendu compte des effets d’une telle planification sur la santé. Avec l’aide de chercheurs et d’urbanistes, il a pu corréler certains schémas d’aménagement à l’état de santé des habitants. Les résidents de quartiers mixtes – c’est à dire ceux mêlant logement, restauration et activités diverses – se déplaçaient souvent à pied. À l’inverse, ceux vivant dans des quartiers résidentiels utilisaient leur voiture pour se déplacer et étaient un peu plus enclins au surpoids.

Ainsi dessiner les bases militaires selon un modèle plus dense, plus mixte et moins en faveur de la voiture évacuerait une tendance de fond, propice au surpoids. « Nous avions tous les ingrédients pour en faire des lieux agréables, mais la recette utilisée jusque-là n’était pas la bonne » résume Mark Gillem, professeur à l’Université d’Oregon, directeur du Urban Design Lab. À Fort Belvoir en Virginie, l’expérimentation d’un système de vélo en libre-service fait un tabac : le personnel de la base est prêt à faire la queue pendant la pause déjeuner pour quelques minutes de vélo. Ailleurs, l’installation d’une salle de sport à proximité d’un centre de loisirs pour enfants permet aux parents de faire du sport plus facilement et régulièrement.

Retour de permission pour deux soldats de Tsahal.

Retour de permission pour deux soldats de Tsahal. Crédit : Shutterstock

Les quatre piliers de la santé mentale

Cette urbanisation en faveur du sport pourrait changer la donne, mais les constats ne s’arrêtent pas là. Les bases militaires sont comme les villes, avec des logements, des écoles, des crèches, des fast-foods, des épiceries, des hôpitaux …. Or la ville peut avoir des effets, bons ou mauvais, sur la santé mentale. Alors que la pression psychologique qui pèse sur les soldats est forte, il est intéressant d’établir un parallèle. « De plus en plus de recherches considèrent que la ville détruit certains facteurs de bonne santé mentale comme les parcs, l’exercice physique et les interactions sociales » affirme dans une interview au CityLab la psychiatre Layla McCay, fondatrice du Centre pour le Design Urbain et la Santé Mentale. « Vous voyez beaucoup de monde, mais sans nécessairement entretenir des interactions significatives avec eux (…) cela rend vulnérable à la dépression et à l’anxiété. »

Avec son organisation, Layla McCay a identifié quatre facteurs favorisant la santé mentale. Premièrement, la présence d’espaces verts, au mieux visibles depuis la fenêtre de chez soi, est un allié connu et reconnu. Ensuite l’activité physique, elle doit être articulée avec la politique de santé mentale car elle agit dans certains cas comme un antidépresseur. Troisièmement la socialisation : il faut multiplier les lieux de rencontre, les bancs publics, les tables d’échec etc. Enfin, il est important de créer un environnement sûr, qui donne envie de se promener, où la circulation est contrôlée, où l’on retrouve facilement son chemin etc. Pour Mark Gillem, la socialisation est effectivement un aspect déterminant. « Les communautés sont plus résilientes lorsqu’il y a une forte cohésion de voisinage » observe-t-il en reprenant la théorie sociologique développée à l’Université de Chicago. « Là où la cohésion de voisinage est forte, on trouve des taux de violence domestique, de consommation de drogues et de maltraitance infantile plus bas ».

La base militaire ressemble à une version miniature de la ville. « Si nous pouvons prouver que ces interventions pour la santé fonctionnent dans le secteur militaire, nous pouvons répliquer ces solutions dans le secteur civil » estime Dan Glickman, membre du think tank Bipartisan Policy Center qui revendique de combiner les meilleures idées des républicains et des démocrates. Attaquer les problèmes de santé par le design des bases militaires, qui l’eût cru ?

Usbek & Rica

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