Soigner la ville par l’acupuncture urbaine

28 Sep 2016

L’acupuncture appliquée aux villes. L’idée fait son chemin depuis 2005, notamment grâce au collectif Rebar, basé à San Francisco, et grâce à Jaime Lerner, architecte urbaniste brésilien. L’acupuncture urbaine revitalise une « zone malade ou épuisée » en intervenant sur un point clé. Rapide tour d’horizon des pratiques à travers le monde.

« Je crois que la magie de la médecine peut et devrait être appliquée aux ville. » Jaime Lerner n’hésite pas à comparer la ville à un organisme vivant dont la santé doit être ménagée. Ex-maire de Curitiba au Brésil, il a mis en pratique l’urbanisme tactique lors de ses trois mandatures, avant de devenir gouverneur de l’État du Parana. « On peut transformer une ville en trois ans. Un savant mélange de mesures sociales, environnementales et économiques, saupoudrées de créativité. Le tout avec peu de moyens. » Trois principes définissent l’acupuncture urbaine – ou urbanisme tactique. L’urbaniste Mike Lydon a retracé l’histoire de ce mouvement mondial dans un ouvrage coécrit avec Anthony Garcia en 2015. L’acupuncture urbaine consiste à intervenir sur une petite échelle, à court terme et avec des matériaux low-cost. La pratique revitalise une zone malade dans le but de déclencher des réactions en chaîne positives qui vont améliorer la vie du quartier. Il s’agit de lieux précis, on parle de « micro-lieux » comme des immeubles, des pâtés de maison, un carrefour, etc. « La taille n’est pas importante, même la plus petite surface fonctionne, comme le Paley Park à New York », rappelle Jaime Lerner, qui cite ce parc de « poche » à Manhattan, non loin du MoMA.

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Le Paley Park est une petite oasis en plein Midtown, conçu par l’agence Zion & Breen. © DR

Renforcer le sentiment d’appartenance à une ville

Les villes américaines ont été pionnières dans ce type d’actions collectives dans la mesure où l’État et les collectivités investissent moins qu’en Europe pour mettre en valeur l’espace public. Les citoyens ont repris petit à petit leur ville en main avec l’aide de collectifs d’architectes et d’urbanistes engagés dans cette démarche d’urbanisme « homéopathique ».  Renforcer le sentiment d’appartenance à une ville et le plaisir de ses habitants à y vivre, autant d’objectifs visés par ces nouvelles pratiques citoyennes. En somme, il s’agit de transformer joyeusement l’espace public. C’est ainsi que le collectif Rebar a commencé à aménager des espaces de parking à San Francisco, omniprésents dans la ville. Leur premier « parklet » fait office de manifeste : le but est de se réapproprier les places de parkings extérieurs pour y installer des terrasses éphémères.

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Il existe aujourd’hui 51 parklets à San Francisco, le site curbed.com les recense tous. © Collen Mc Hugh

Des « rues portables » pour revitaliser un quartier

Pour Jaime Lerner, le sentiment d’appartenance à une même communauté de citoyens rend les gens responsables. Un faible budget municipal n’est pas un frein, au contraire, cela « pousse à la créativité. » Lerner, dont l’un des nombreux objectifs est de réparer en douceur les dommages faits à la ville et au paysage, a conçu par exemple « les rues portables » pour redynamiser des quartiers jugés trop endormis. Inspiré par les bouquinistes de Paris, il s’agit de « mobilier urbain qui autorise les vendeurs de rue à s’installer avec confort et qualité, en ajoutant un nouvel élément au paysage urbain. Les modules sont flexibles et mobiles ». Les rues portables ramènent de la vie dans les zones où les commerces ont peu à peu fermé leurs portes. Loin d’être aujourd’hui un phénomène marginal, l’urbanisme tactique devrait gagner de plus en plus de municipalités dans le monde, qu’elles soient confrontées à des baisses budgétaires ou qu’il s’agisse de favoriser l’empowerment citoyen.

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Une rue portable peut être livrée le vendredi soir et démontée le lundi, dynamisant ainsi le temps d’un weekend un endroit a priori peu animé. © Jaime Lerner Associatd Architects

Focus sur quelques projets :

 

Space Buster, New York

Il s’agit d’un pavillon mobile conçu par le collectif d’architecture berlinois Raumlabor. Une fois sortie de la camionnette, la membrane déployée peut accueillir jusqu’à 80 personnes. La transparence incite le public à venir, voir et participer à ce qui est proposé. Il peut s’agir de réunions publiques, de cours de danse, de workshops. Il a été présenté pour la première fois à New York en 2008 lors d’un atelier participatif urbain.

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Le Space Buster s’est déplacé dans Manhattan et Brooklyn, neuf étapes de nuit durant lesquelles différents événements se sont déroulés. © Alan Tansey

 

Lisbonne BIP ZIP

Bairros e Zonas de Intervençao Prioritaria / Quartiers et zones d’intervention prioritaire.

Le programme a été mis en place en 2009 par la municipalité de Lisbonne. Il s’agit d’un instrument de politique urbaine publique qui cherche à améliorer l’habitat. Les projets locaux sont soutenus en vue de renforcer la cohésion sociale et territoriale.

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Au lancement du programme BIP/ZIP le maire de Lisbonne a installé son cabinet dans le quartier de la Mouraria, un des plus dégradés de la ville. © DR

 

Transforme ta ville, un programme du Centre d’Écologie Urbaine de Montréal (CEUM).

Le programme propose aux habitants de prendre eux-mêmes en charge la mise en œuvre d’un petit projet d’aménagement de l’espace public. Verdissement d’une ruelle ou d’un trottoir, création de potagers urbains, d’aires de jeux, le programme vise à démontrer le potentiel des espaces publics sous utilisés pour créer des villes écologiques, démocratiques et « en bonne santé ».

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Cette rue de Montréal a été fermée à la circulation pour créer un espace de rencontre ludique. © Stéphanie Henry

Chair Bombing

Construire des chaises à partir de matériaux de récupération et les placer dans l’espace public pour améliorer le confort, susciter les rencontres et stimuler le sentiment d’appartenance. Le collectif « DoTank » de Brooklyn a lancé l’initiative dans les espaces publics en déficit de mobilier urbain.

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Les membres du collectif Havemeyer Street à Williamsburg en train de collecter des palettes. © DoTank

 

Ouvrages :

Urban acunpuncture, Celebrating Pinpricks of Change that Enrich City Life, Jaime Lerner, Island Press

 

Tactical Urbanism, Short-term Action for Long-term Change, Mike Lydon, Anthony Garcia, Island Press

Usbek & Rica

Vos réactions

Quentin LEFEVRE 29 septembre 2016

Le travail des URS (Urban Regeneration Centers) à Taipei peut aussi être signalé.

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