Quelle deuxième vie pour les villes fantômes ? (2/2)

9 Jan 2014

Redonner vie à des quartiers qu’on croyait figés pour l’éternité, c’est possible. La preuve à travers trois projets de rénovation urbaine ou de réhabilitation, à Londres, Détroit et dans les îles de la mer intérieure du Japon.

Londres : la seconde vie de Battersea

Bâtiment historique, immortalisé notamment sur la pochette de l’album Animals du groupe Pink Floyd, la centrale électrique londonienne de Battersea va connaître une seconde vie, trente ans après avoir cessé toute activité. De nombreux projets de rénovation de ce symbole du patrimoine britannique avaient été proposés ces dernières années. Propriétaire du Chelsea F.C., le milliardaire russe Roman Abramovich voulait notamment en faire le siège du futur stade de son club de football. Mais en janvier 2013, c’est finalement un consortium rassemblant trois entreprises malaisiennes, baptisé Battersea Power Station Development Company, qui a décroché la timbale pour une somme estimée à plus de 620 millions d’euros. Les travaux, qui coûteront au moins 9,5 milliards d’euros, ont démarré à l’été 2013. Sortiront bientôt de terre un hôtel de luxe, un centre commercial et de nombreux logements. Un millier d’appartements auraient d’ailleurs d’ores et déjà été vendus. En revanche, one ne sait pas encore si les hommes d’affaires malaisiens érigeront un circuit de montagnes russes autour de la fameuse centrale. En mars 2013, l’agence d’architecture française AZC avait en effet remporté le concours d’idées ArchTriumph avec un projet de train qui sillonerait le site industriel pour permettre de le découvrir sous tous les angles.

Les architectes de l'agence AZC ont imaginé l'installation de montagnes russes autour de la célèbre centrale électrique londonienne de Battersea.  Copyright : Atelier Zündel Cristea

Les architectes de l’agence AZC ont imaginé l’installation de montagnes russes autour de la célèbre centrale électrique londonienne de Battersea. Copyright : Atelier Zündel Cristea

 

Detroit : la shrinking city repousse

La ville du Michigan est souvent surnommée « shrinking city », autrement dit : « la ville qui rétrécit ». Le surnom colle parfaitement à l’histoire cette cité industrielle qui n’a cessé, ces cinquante dernières années, de perdre ses habitants. En 1950, près de 2 millions de personnes vivaient à Detroit. Soixante ans plus tard, la ville ne compte plus que 700 000 habitants, dont un bon tiers vit sous le seuil de pauvreté. Surtout, depuis la crise des subprimes de 2008, le berceau de Ford, Chrysler et General Motors ressemble à une ville fantôme, avec ses buildings aux vitres brisées, ses usines désaffectées et ses toitures grignotées par la végétation. En plein coeur de la crise, certains journalistes parlaient même de « pornographie de la ruine » (« ruin porn ») pour décrire l’état de Motor City… Déclarée officiellement en faillite à l’été 2013, Detroit a pourtant déjà commencé à renaître de ses cendres. Laissés à leur triste sort, les derniers habitants de la ville se sont pris en main. En s’appuyant sur l’agriculture urbaine, la création artistique et la solidarité citoyenne, ils expérimentent aujourd’hui un nouveau modèle de société postindustrielle centré sur la philosophie « do it yourself ». Terrains vagues rouillés et autres friches industrielles ont laissé place à des fermes urbaines et des jardins communautaires, qui permettent aux habitants de produire leur propre nourriture tout en tissant du lien social. Un urbanisme sous contraintes, que certains n’hésitent à présenter comme un laboratoire de la ville du futur.

La ville de Detroit grouille de bâtiments désaffectées, à l'image de cette usine automobile. Copyright : Albert Duce / Wikimedia

La ville de Detroit grouille de bâtiments désaffectées, à l’image de cette ancienne gare. Copyright : Albert Duce / Wikimedia

Japon : art contemporain vs. dépeuplement

Les îles de la mer intérieure de Seto, au Japon, ont perdu la moitié de leurs habitants depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Pour lutter contre le vieillissement et le dépeuplement de l’archipel, le collectionneur Soichiro Fukutake a eu l’idée d’en faire un haut lieu de l’art contemporain. Aujourd’hui, la Triennale de Setouchi est devenue une manifestation artistique renommée dans le monde entier. Des dizaines d’artistes contemporains, parmi lesquels Niki de Saint Phalle ou Christian Boltanski, ont transformé les friches industrielles et habillé les montagnes vertes de l’archipel au gré de leur inspiration. Un million de visiteurs sont venus découvrir leurs oeuvres lors de l’édition 2013. Un succès qui bouleverse l’économie locale puisque la plupart des habitants se sont reconvertis – au moins durant le temps du festival – dans le secteur touristique. Le complexe scolaire de la petit île d’Ogijima, qui a dû fermer ses portes en 2011 faute d’élèves, a pu ainsi rouvrir, investi durant plusieurs mois par un collectif d’artistes contemporains.

Les îles de la mer de Seto accueillent la Triennale de Setouchi, manifestation renommée d'art contemporain.  Copyright : Wikimedia

Les îles de la mer de Seto accueillent la Triennale de Setouchi, manifestation renommée d’art contemporain. Copyright : Wikimedia

 Comment réhabiliter au mieux les friches industrielles ?

Lire la 1ère partie de l’article : Quelle deuxième vie pour les villes fantômes ? (1/2)

Usbek & Rica

Vos réactions

selma 16 février 2015

Comment peut-on faire pour donner l’animation des friches industrielles pour participent dans la ville?

The H Project 21 juin 2016

L’illustration pour le paragraphe de Detroit ne montre pas une usine automobile mais une gare, la Michigan Central Station.

Fabienne Bouloc 27 juin 2016

Bonjour et merci pour votre vigilance ! L’erreur a bien été corrigée.

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