Quelle deuxième vie pour les villes fantômes ? (1/2)

8 jan 2014

La crise économique mondiale a laissé des traces jusque dans le cœur des villes. De l’Espagne au Bhoutan en passant par la Chine, coup de projecteur sur ces villes nouvelles inachevées, devenues du jour au lendemain des villes fantômes.

Un carrefour désert à Detroit (Michigan). Copyright : Wikimedia

Un carrefour désert à Detroit (Michigan). Copyright : Wikimedia

Kangbashi : le mirage chinois

En Chine, le surinvestissement fait parfois des ravages. Dans les années 2000, des dizaines de projets de villes nouvelles ont été lancés à travers le pays, dont beaucoup ressemblent aujourd’hui à des villes fantômes. C’est le cas de Jing Jin City, de Tieling ou encore d’Ordos, une ville située en Mongolie intérieure, dans une région qui regorge de charbon, de gaz naturel et de terres rares. L’attractivité économique de la région a poussé les autorités locales à lancer en 2003 la construction d’un immense quartier, baptisé Kangbashi. Une extension urbaine censée attirer 1 million de Chinois dans la région. Dix ans plus tard, la mégapole des steppes n’a attiré qu’à peine 30 000 âmes, dont pas mal d’officiels locaux et un bon tiers de travailleurs migrants attirés par des salaires plus élevés que dans d’autres régions de Chine. Avec son théâtre monumental, ses forêts urbaines censées freiner l’avancée du désert et son absence de supermarché, la ville nouvelle ne devrait pas se remplir de sitôt, même si les autorités locales envisagent toujours d’installer ici les équipements du futur avion en ligne chinois, le Comac C919, pour faire d’Ordos le coeur aéronautique du pays…

 La ville nouvelle de Kangbashi, en Mongolie intérieure, est tellement vide qu'il y aurait là-bas entre 2,5 et 2,9 appartements par habitant...  Copyright : Adam Cohn /Flickr

La ville nouvelle de Kangbashi, en Mongolie intérieure, est tellement vide qu’il y aurait là-bas entre 2,5 et 2,9 appartements par habitant… Copyright : Adam Cohn /Flickr

Ciudad Valdeluz : le mauvais western espagnol

Situé à quelques encablures de Madrid, Ciudad Valdeluz est un no man’s land de béton et d’acier, où les grands ensembles résidentiels encadrent des places aux airs de terrains vagues. Ici, le TGV passe mais ne s’arrête pas, malgré une gare flambant neuve. Quant aux chantiers du collège-lycée et du centre commercial de 900 m2, ils ne seront probablement jamais achevés. À peine un millier d’Espagnols vivent dans ce décor de western, seulement troublé par le bruit du vent dans les feuilles mortes. Très loin des 30 000 habitants qu’était censée compter Ciudad Valdeluz à son apogée. La ville-champignon a cessé brutalement sa croissance en 2008, quatre ans seulement après le début des travaux, après la faillite du promoteur de la ville, Reyal Urbis. Ciudad Valdeluz apparaît ainsi comme le symbole de la folie immobilière qui s’est emparée de l’Espagne dans les années 2000.

Souvent déserte, la ville nouvelle de Ciudad Valdeluz a des airs de décor de western. Copyright : RinzeWind / Wikimedia

Souvent déserte, la ville nouvelle de Ciudad Valdeluz a des airs de décor de western. Copyright : RinzeWind / Wikimedia

Bhoutan : l’effet secondaire des grands travaux

Surtout connu pour avoir créé un indice original, le bonheur national brut (BNB), le Bhoutan s’est lancé depuis quelques années dans une politique de grands travaux. La construction et l’aménagement de plusieurs autoroutes et barrages a mobilisé des milliers de travailleurs, qui se sont établis en marge des chantiers dans des immeubles de fortune bientôt transformés en villes à part entière. Une tendance qui inquiète le gouvernement bhoutanais, qui reconnaît l’existence de « villes fantômes », notamment à Gedu, Tshimasham ou Tshimalakha, d’après un article du Kuensel Online à découvrir sur le site lecourrierdelarchitecte.com. À qui appartiennent ces villes embryonnaires, parfois délaissées aussi soudainement qu’elles apparaissent ? La question devient prioritaire pour les autorités locales, qui n’ont pas prévu pour l’instant de regrouper ces bâtiments en vue de leur exploitation commerciale.

Au Bhoutan, les ouvriers qui construisent routes et barrages établissent souvent des villes éphémères à proximité des chantiers. Copyright : Christopher Fynn / Wikimedia

Au Bhoutan, les ouvriers qui construisent routes et barrages établissent souvent des villes éphémères à proximité des chantiers. Copyright : Christopher Fynn / Wikimedia

Sanzhi Pod City : le village futuriste devenu station balnéaire

1978. Les autorités de Taïwan lancent la construction d’un village de vacances à l’architecture futuriste dans le district de Sanzhi, situé au nord de l’île de Taïwan. Une cinquantaine de maisons colorées sortent de terre, destinées à accueillir notamment les officiers américains en mission dans la région. Mais le projet est abandonné deux ans seulement après le début des travaux, pour des raisons financières et suite à des accidents de voiture mortels impliquant plusieurs ouvriers sur le chantier. Durant trente ans, les « maisons OVNI » deviennent l’une des attractions touristiques de l’île asiatique. Des légendes prétendent même que des forces surnaturelles sont à l’oeuvre sur le site du village fantôme. Mais en 2010, les autorités locales ont décidé de détruire l’ensemble des structures pour bâtir à la place une station balnéaire, malgré une pétition déclamant le maintien d’au moins une maison en guise de souvenir.

Les maisons colorées du village futuriste de Sanzhi sont restées à l'abandon durant 40 ans. Copyright : Cypherone / Flickr

Les maisons colorées du village futuriste de Sanzhi sont restées à l’abandon durant 40 ans. Copyright : Cypherone / Flickr

 Faut-il raser les villes laissées à l’abandon ?

Retrouvez la 2è partie de l’article Quelle deuxième vie pour les villes fantômes ?

Usbek & Rica

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