Pour une approche positive de la sobriété

17 Avr 2018

Prenez n’importe quelle publicité pour une voiture. On y voit des matières luxueuses, des décors de rêve, des technologies à gogo, la mise en avant de la vitesse… Ces images semblent bien loin de se préoccuper de questionnements essentiels : peut-on continuer à vivre de cette manière alors que l’on sait que nos ressources s’épuisent ? Peut-on continuer à promouvoir des modes de vie qui paraissent éloignés des changements auxquels la société doit faire face ? Car faire l’apologie d’un monde plus sobre ne fait pas forcément rêver les foules. Or, cette notion de sobriété, lorsqu’elle est voulue, peut apparaître comme une alternative vers une société plus durable. Alors, comment proposer une approche plus positive de la sobriété ?

Vers une nouvelle vision de la sobriété

Vers une nouvelle vision de la sobriété © Jicé

L’indispensable sobriété

On s’accorde presque tous aujourd’hui à dire que notre modèle de développement actuel est révolu. Le fameux Earth overshoot day, jour où l’on a consommé davantage de ressources que la Terre est capable d’en régénérer, avance chaque année (en 2017 cette date a été atteinte le 2 août). Cette sobriété qui était jusque-là soit subie soit l’apanage de quelques-uns risque de devenir incontournable.  Car derrière ce terme peu vendeur, c’est un mode de vie moins consommateur qui se dessine. Il ne s’agit donc pas de proposer un retour en arrière mais d’être davantage dans l’idée du « moins mais mieux ». Et les impacts de la sobriété ne se mesurent pas uniquement dans le domaine environnemental : les répercussions dans le domaine économique sont évidentes, mais le domaine du social est lui aussi impacté. Si l’on prend l’exemple de l’habitat, envisager une construction sobre, c’est-à-dire moins énergivore, permettrait à plus de familles de vivre dans des conditions décentes. La notion de sobriété est donc aujourd’hui indispensable pour construire un monde plus durable.

Le « jour du dépassement » symbolise le jour de l’année

Le « jour du dépassement » symbolise le jour de l’année où la Terre vit à crédit de ses ressources © Global Population Speak Out

Rendre la sobriété désirable

Cette notion de sobriété n’est pas nouvelle, on se souvient par exemple des mouvements de retour à la terre des années 1970. Mais aujourd’hui, si l’on veut qu’elle soit acceptée il faut pouvoir la rendre désirable. Il faut donc donner envie de sauter le pas et surtout montrer que c’est possible, facile et relativement peu contraignant. Si le domaine du marketing et de la publicité peinent encore à utiliser cette image de la sobriété, d’autres ont bien compris qu’elles pouvaient se faire les portes paroles de ces modes de vie. Autrefois symboles de luxe et de glamour, les célébrités sont de plus en plus nombreuses à devenir ambassadeur de la sobriété. Ainsi, Marion Cotillard et Mélanie Laurent ont fait partie de la délégation d’officiels français lors de l’Appel de Manille en 2015. Leonardo diCaprio, Cameron Diaz, Bono… ces stars comptent bien aujourd’hui utiliser leur image pour influencer des comportements plus vertueux.

De plus en plus de célébrités s’engagent dans la lutte contre le changement climatique

De plus en plus de célébrités s’engagent dans la lutte contre le changement climatique, ici Marion Cotillard © JacquesBrinon/AP/SIPA

Expérimenter la sobriété

Et si les meilleurs ambassadeurs de la sobriété n’étaient pas les stars hollywoodiennes, qui restent malgré tout inaccessibles et que l’on pourrait taxer de moralisatrices, mais plutôt l’individu lambda ? Le fameux « testé et approuvé », le pouvoir du commentaire de type « avis client » pourrait servir la cause de la sobriété. C’est en ce sens que Pierre Josso, étudiant en deuxième année de cycle master Ville Durable à L’École de design Nantes Atlantique,  a proposé dans le cadre de son Projet de Fin d’Études, un dispositif permettant d’expérimenter la sobriété en milieu urbain.  Ses propositions prennent la forme d’espaces test ou d’espaces démonstrateurs dans lesquels la sobriété est toujours abordée de manière ludique et pédagogique. Ainsi, Pierre a imaginé « E-Tree », un concept qui permet de dévirtualiser nos consommations. « Je me suis inspiré des habitats nomades où l’on doit gérer ses réserves d’eau. « E-tree » est un grand réservoir virtuel d’eau et d’énergie. À chaque fois que l’usager consomme de l’eau ou de l’électricité, il vide le niveau de son réservoir virtuel, l’objectif étant de ne pas le vider complètement ».

« E-Tree », un système de réservoir virtuel

« E-Tree », un système de réservoir virtuel imaginé par Pierre Josso pour maîtriser ses consommations © Pierre Josso

Il a également imaginé « 3 degrés », un espace démonstrateur composé de 3 appartements témoins climatisés différemment. Le but est de se rendre compte que le confort thermique d’un appartement n’est pas qu’une question de chauffage mais dépend aussi du ressenti : la façon dont la pièce est meublée, agencée, décorée participe aussi à ce confort thermique.

« 3 degrés » : 3 appartements agencés différemment

« 3 degrés » : 3 appartements agencés différemment dans le but de se rendre compte des facteurs influençant le confort thermique © Pierre Josso

Avec ces différents dispositifs, le but est d’encourager à la poursuite des bonnes pratiques tout en invitant à la communication des résultats positifs à son entourage. Ainsi, le designer entend démontrer que la sobriété peut être l’affaire de tous quand elle est envisagée de manière positive, accessible, désirable et ludique.

Par Zélia Darnault, enseignante à L’École de design Nantes Atlantique

L'École de design Nantes Atlantique

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