Le port du futur est en construction à Stockholm

4 Juil 2018

Les pays scandinaves sont connus pour leur approche novatrice de la ville durable. Depuis 2009, Stockholm développe un projet d’écoquartier de grande ampleur, 236 hectares sur un ancien site industrialo-portuaire : le Stockholm Royal Seaport. Smart-grids, bâtiments connectés, système de gestion des déchets innovant, mobilité durable, le projet se veut innovant sur différents domaines. Son objectif est d’être intégralement indépendant des énergies fossiles en 2030. Mais ce projet est-il vraiment innovant et qu’apporte-il de nouveau pour les villes de demain ?

Photo aérienne du port actuel en pleine mutation

Photo aérienne du port actuel en pleine mutation ©Stockholm Royal Seaport

Une ambition écologique historique

Première ville à obtenir le prix de “capitale verte d’Europe” en 2010, la capitale suédoise aux 2 millions d’habitants (soit ⅕ de la population suédoise) est un des symboles de la ville écologique moderne. Le pays s’est d’ailleurs donné l’objectif d’être neutre en émission de carbone d’ici 2045, une annonce ambitieuse qui passera notamment par des changements importants dans les grandes villes (Stockholm, Göteborg et Malmö) qui devront adopter un modèle écologique avec zéro émission de carbone. En effet, les rejets de gaz à effet de serre sont principalement issues des villes, à cause du transport, mais aussi de la consommation énergétique des bâtiments. D’autres pays ont affiché leur volonté d’être carboneutre, comme le Costa Rica dès 2021 ! Des objectifs ambitieux souvent liés au manque de ressources fossiles sur leur territoire, comme pour la Suède qui ne dispose pas de stocks de pétrole et de gaz important.

Ainsi, la Suède a depuis plusieurs années mis en place une politique écologique, elle fut précurseur sur l’instauration d’une taxe carbone, le pays a ainsi largement dépassé ses objectifs annoncés lors du protocole de Kyoto signé en 1997 avec une baisse de 18% de ses émissions, alors même que les signataires s’étaient engagés à les baisser de seulement 8% entre 1990 et la période 2008-2012.

Depuis le protocole de Kyoto de 1997, les pays ont misé sur l’aménagement des métropoles pour remplir leurs objectifs. Ainsi depuis quelques années beaucoup de villes annoncent leur volonté de devenir carboneutre, avec une surenchère de dates, à l’instar de Montréal pour 2042, ou de Copenhague qui s’engage fortement en annonçant sa volonté d’atteindre le zéro émission de carbone dès 2025 !

Stockholm Royal Seaport sera un écoquartier ambitieux hérité des savoir-faire suédois

Stockholm Royal Seaport sera un écoquartier ambitieux hérité des savoir-faire suédois ©Ville de Stockholm

Pour revenir au cas de Stockholm, la capitale suédoise ambitionne d’atteindre cet objectif pour 2040. D’ailleurs, son action est déjà reconnue pour depuis des décennies en la matière pour ses projets modernes et écologiques, comme celui de Hammarby Sjöstad, l’un des premiers écoquartiers d’Europe, qui fut équipé d’un système de collecte de déchets par aspiration, dont les bâtiments ont tous été construits selon les normes HQE et les réseaux d’énergie gérés de façon mutualisés. Pour atteindre l’objectif carboneutre de 2040, la réussite de l’immense projet de développement du Stockholm Royal Seaport sera déterminante pour atteindre de l’ambition pour la capitale suédoise d’être  carboneutre dès 2030.

La renaissance d’une friche industrielle en quartier moderne

Situé sur une ancienne zone industrielle, le projet du Stockholm Royal Seaport est le plus grand projet de développement urbain de Suède. Le port de fret maritime actuel sera modernisé pour continuer à accueillir les marchandises afin de maintenir sa position stratégique dans la mer Baltique et de s’assurer une indépendance par rapport à l’approvisionnement routier plus polluant. Mais ce n’est pas tout, le port sera aussi agrandi pour accueillir le transport de passagers, il deviendra ainsi une véritable porte d’entrée sur la ville et la Suède, notamment depuis les pays d’Europe de l’Est.

Pas d’extension sur l’eau, ni de destruction d’espaces verts, la ville privilégie la réutilisation de surfaces déjà utilisées. La relation à l’eau et à la nature est très importante puisque la ville s’est développée sur un ensemble d’îles de la Baltique, 14 en tout reliées par 57 ponts. Beaucoup d’aménagements permettent aux habitants de flâner au bord de l’eau, quais, ports, pistes cyclables… Enfin une grande partie du territoire de la ville est composée d’espaces verts préservés, et ce, même à proximité du centre-ville.

Le Stockholm Royal Seaport conservera une partie de l’architecture industrielle qui sera reconvertie comme le gazomètre. Sa structure impressionnante avait déjà donné des envies de réhabilitation, comme le projet de construction d’un data-center, mais c’est finalement une grande salle de spectacle qui y sera installée. Pour les bâtiments industriels qui seront détruits, leurs matériaux seront récupérés pour faire partie intégrante des nouvelles constructions. Une manière symbolique de faire renaître le quartier tout en conservant des aspects architecturaux historiques.

Un patrimoine industriel remarquable, réhabilité, qui accueillera de nouvelles fonctions à destination des futurs habitants

Un patrimoine industriel remarquable, réhabilité, qui accueillera de nouvelles fonctions à destination des futurs habitants ©Symbiocity.org

C’est un projet d’ampleur qui a pour objectif d’accueillir 12.000 logements d’ici 2030, une capacité bien supérieure à celle des écoquartiers que l’on peut trouver en France dont les plus grands projets comptent 4.500 logements (comme par exemple, Sycomore à Bussy-Saint-Georges). Une ambition rassurée par l’expérience de l’écoquartier d’Hammarby Sjöstad situé qui fut un véritable succès puisqu’il avait accueilli deux fois plus d’habitants que les prévisions initiales. En effet, finalement celui-ci accueille aujourd’hui près de 30.000 habitants, il est devenu un des emblèmes des écoquartiers dans le monde. Un moyen de conforter le projet du Stockholm Royal Seaport, alors que certains projet d’écoquartiers sont désertés comme Masdar City aux Émirats Arabes Unis ou critiqués par leur manque de réelles mesures écologiques.

Le projet s’étend sur une position stratégique de développement, entre le port et le centre de Stockholm avec une mixité fonctionnelle puisque seront présents des logements, mais aussi des bureaux, un terminal portuaire, ou encore des lieux de loisirs. Cela garantit la croissance du quartier et son peuplement au fur et à mesure de la construction. Tout l’inverse d’un urbanisme fonctionnel donc, qui séparerait les espaces en zones de logement, zones de commerces et zones de bureaux. Enfin, le projet du Stockholm Royal Seaport répond à la croissance démographique importante depuis les années 70 notamment par l’arrivée de nouvelles populations, dont certaines issues de l’immigration.

La “smart city” est aussi un “smart harbour”

Le projet est immense, l’un des plus grands projets de développement urbain en Europe. Il s’étale sur 20 ans, du début des travaux en 2009 jusqu’à l’arrivée des derniers habitants prévue pour 2030. Le réseau électrique est mutualisé et contrôlé par une instance publique, à l’instar du compteur Linky en France, les habitants auront accès à leurs relevés.

Le futur projet proposera différentes innovations écologiques

Le futur projet proposera différentes innovations écologiques ©Stockholm Royal Seaport

Sa force réside dans la mutualisation du réseau énergétique et sa consultation en temps réel qui permettra la constitution d’une smart grid, c’est à dire un réseau d’énergie intelligent qui optimise l’utilisation d’énergie en s’adaptant à la consommation grâce aux informations transmises entre les zones de production (éolienne, hydraulique, solaire, géothermique et nucléaire…) et les zones de consommation (bureau, logement, transport…). Grâce à cela, la consommation énergétique globale peut être grandement réduite.

Dans le quartier du Stockholm Royal Seaport, l’énergie est produite par le quartier lui-même, il sera donc autonome. Les bâtiments consomment 3 fois moins d’énergie que le reste de la ville et fonctionnent essentiellement via les énergies produites par le solaire, la géothermie, mais aussi par la biomasse issue des déchets du quartier.

De plus, afin de limiter la circulation des camions et de collecter les déchets en fonction des besoins énergétiques, le système de collecte de déchets est lui aussi mutualisé. Ils sont triés et envoyés dans des circuits propulsés à l’air ! La chaleur produite par l’incinération des déchets organiques est redistribuée dans les bâtiments. Pour le reste, ils sont recyclés. La Suède a développé une capacité de réutilisation des déchets qui a même rendu obsolète les décharges du pays au point qu’elles importent des déchets depuis la Norvège pour maintenir leur activité.  Une technologie pour laquelle les suédois sont très en avance, puisque depuis 2009, cette énergie est devenue avant le pétrole, la première source d’énergie dans le pays !

Un modèle purement suédois ?

Le projet du Stockholm Royal Seaport est donc un exemple du développement urbain moderne intégrant l’écologie et la durabilité. Il serait donc logique que d’autres villes puissent désirer emprunter le même chemin. Depuis une vingtaine d’années, la création des écoquartiers connaît un véritable engouement en Europe. Leur apparition en Scandinavie ou en Allemagne a lancé une nouvelle dynamique dans les projets urbains, de nombreuses villes désirant à leur tour accueillir un écoquartier. Cependant, il faut repositionner ce projet dans un contexte politique plus large. Alors est-ce un modèle que l’on peut appliquer en France ? Pas si simple.

En effet, le Stockholm Royal Seaport répond à des normes qui sont demandées par la ville elle-même, mais aussi par la Suède, donc ce projet novateur à l’échelle de l’Europe ne s’est pas fait en quelques jours mais suit l’évolution que la Suède a entrepris. Il s’agit de choix politiques effectués depuis les années 90, puisqu’en effet, le pays a depuis des décennies pris des mesures en faveur de la transition écologique notamment pour faire face à l’évidence des limites de ressources fossiles du pays.

Certes, des projets d’écoquartiers fleurissent en France, essentiellement en périphérie des métropoles, mais ils sont souvent d’une ampleur bien moindre que ceux de la Suède. Car si Stockholm arrive à construire des écoquartiers aussi importants, c’est que de nombreux paramètres lui sont favorables, comme la réduction drastique de l’utilisation de véhicules en centre-ville et des engins polluants en général. L’importance de l’écologie chez les suédois fait aussi partie d’une culture de l’écologie et des usages écologiques comme l’explique la pratique massive du vélo (même en plein hiver les suédois prennent leur vélo et les pistes cyclables sont déneigées en priorité). Autant d’éléments essentiels pour comprendre le succès de tels quartiers dans le pays !

Pour transposer le modèle en France, il faut donc déjà faire émerger des politiques très incitatives sur ce genre de sujet, ou du moins, à l’échelle locale avoir une véritable volonté politique accompagnée de réalisations concrètes mais aussi d’une diffusion massive de la culture de l’écologie. C’est pour ces raisons que des villes comme Nantes obtiennent de bons résultats en matière de développement urbain écologique. La ville a su développer une politique de mobilité cohérente et vertueuse avec différents aménagements qualitatifs par exemple,  mais aussi privilégier  la réutilisation d’espaces en friche (L’île de Nantes) à l’étalement urbain et la préservation d’espaces verts en ville. Une politique globale à l’échelle de la ville et ambitieuse qui fait contraste avec quelques écoquartiers de façade, loins d’atteindre les objectifs escomptés..

Le modèle suédois est souvent évoqué comme exemplaire en matière d’écologie, poussant ainsi les villes à vouloir le copier. Mais s’il peut être un exemple à suivre, le modèle suédois ne peut être pensé indépendamment de son contexte, il n’est pas un miracle inexpliqué mais bien le fruit d’une histire, d’une politique globale, de l’état aux quartier, qui s’appuie sur des objectifs ambitieux vers des villes plus circulaires et qualitatives.

Lumières de la Ville

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