Nigéria : l’école flottante de Makoko

14 Jan 2016

L’urbaniste et architecte nigérian Kunlé Adeyemi a trouvé la réponse à la montée des eaux qui menace la communauté lacustre de Makoko, à Lagos. Structure flottante, sa Floating School symbolise la résistance au changement climatique et s’inscrit dans le mouvement global de « l’architecture bleue ».

L'aménagement de l’école flottante de Makoko est une chance pour une communauté longtemps menacée d’expulsion par le gouvernement nigérian. Copyright : ©  NLÉ Works

L’aménagement de l’école flottante de Makoko est une chance pour une communauté longtemps menacée d’expulsion par le gouvernement nigérian.
Copyright : © NLÉ Works

Le plus long pont d’Afrique est au Nigéria. Long de 10 km, reliant la métropole de Lagos à son aéroport, le Third Mainland Bridge (c’est son nom) surplombe un bidonville entièrement lacustre. Bienvenue à Makoko, où plus de 100 000 personnes vivent dans des cabanes construites sur pilotis. Il s’agit, pour la plupart, de pêcheurs originaires du Bénin voisin. À Makoko, on manque de systèmes d’assainissement, d’eau courante, d’électricité et de transports. Et on se déplace en barque. Pourtant, c’est ici que s’invente une architecture responsable et durable, la contrainte du milieu favorisant une certaine pertinence créative. À bien des égards, Makoko incarne ainsi les défis posés à l’Afrique côtière dans un contexte de réchauffement climatique rapide.

L’architecte nigérian Kunlé Adeyemi, fasciné par les « water-based » communautés qui vivent « de et sur l’eau », se considère lui-même comme un « waterholic » – un terme que l’on pourrait traduire par « accro à l’eau ». « Habiter sur l’eau, c’est un style de vie, donc la question est de savoir comment améliorer les conditions de vie, comment relever les défis que cela implique de façon sûre et saine tout en respectant l’environnement » explique-t-il dans une interview accordée à l’AFP.

La centaine d'enfants scolarisés à la Makoko Floating School se rendent à l’école en bateau. Copyright : © DR

La centaine d’enfants scolarisés à la Makoko Floating School se rendent à l’école en bateau.
Copyright : © DR

Une structure adaptée à toutes sortes d’usages

L'école flottante de Makoko est un espace ouvert. Quand l’établissement est fermé, les pêcheurs peuvent venir y réparer leurs filets au sec. Copyright : © NLÉ Works

L’école flottante de Makoko est un espace ouvert. Quand l’établissement est fermé, les pêcheurs peuvent venir y réparer leurs filets au sec.
Copyright : © NLÉ Works

Pour donner corps à ces principes, Kunlé Adeyemi, a notamment pensé et aménagé sur place une école de forme triangulaire, qui s’étire sur trois étages, s’élève à 10 mètres de hauteur et flotte grâce 250 bidons en plastique. Elle couvre une surface totale de 220 m2 et bénéficie « d’un faible centre de gravité. » Inaugurée en février 2013, l’école a été citée en exemple dans le cadre de la COP21 pour démontrer les liens entre climat et architecture. L’école flottante de Makoko est aussi présentée comme « une solution pour lutter contre le dérèglement climatique et accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone » par la Cité de l’Architecture et du patrimoine. Une centaine d’enfants bénéficient aujourd’hui de cours dans cette école qui récolte les eaux de pluie, fonctionne grâce à l’énergie solaire et s’adapte aux marées et aux variations du niveau de l’eau.

« Il s’agit juste d’une structure qui peut être adaptée à toutes sortes d’usages. On pourrait utiliser le même prototype et en faire des maisons, des hôpitaux, un théâtre, un restaurant. L’essentiel, c’est que nous ayons développé un prototype de bâtiment et d’architecture sur l’eau en utilisant des matériaux et des ressources locaux, et la technologie disponible ». Le projet de Makoko a vu le jour grâce aux efforts communs du fond des Nations Unies pour le développement, du gouvernement nigérian, de la fondation Heinrich Boell et de la Makoko Waterfront Community.

Flotille de maisons

L'école de Makoko n’est encore qu’un prototype qui pourrait servir à la construction de dizaines d’autres structures similaires. Copyright : © NLÉ Works

L’école de Makoko n’est encore qu’un prototype qui pourrait servir à la construction de dizaines d’autres structures similaires.
Copyright : © NLÉ Works

À 39 ans, Kunlé Adeyemi a fondé l’agence de design et d’urbanisme NLÉ Works, qu’il dirige depuis Amsterdam, capitale mondiale de l’architecture flottante. Le jeune architecte, formé à Lagos et à Princeton, a travaillé près de dix ans à l’Office for Metropolitan Architecture (OMA) de Rem Koolhaas. Aujourd’hui, l’agence NLÉ se concentre avant tout sur les villes en développement. L’école flottante de Makoko s’inscrit ainsi dans le mouvement mondial dit de « l’architecture bleue », qui travaille à une exploitation optimale et raisonnée de la surface marine et océane, sur une planète recouverte à 71% d’eau. Cofondateur de l’agence Waterstudio, l’architecte néerlandais Koen Olthuis est l’un des principaux théoriciens ce mouvement : « D’ici 2050, 70% de la population mondiale vivra dans des zones urbanisées. Or, les trois quarts des plus grandes villes sont situées en bord de mer, alors que le niveau des océans s’élève. Cette situation nous oblige à repenser radicalement la façon dont nous vivons avec l’eau », assure Olthuis. Le manifeste Blue Revolution synthétise les idées majeures de ce mouvement qui voit dans la mer la prochaine frontière. « Ce siècle verra l’émergence sur l’océan de nouvelles cités durables. Elles contribueront à offrir un haut standard de vie à la population, tout en protégeant les écosystèmes. Un rêve ? Non, la réponse au principal défi du XXIe siècle », écrivent les architectes de DeltaSync, une autre agence néerlandaise.

Grâce à son école, le bidonville de Makoko, longtemps menacé de destruction, entretient l’espoir d’une métamorphose. Kunlé Adeyemi entend maintenant y bâtir une « flotille » de maisons s’inspirant des préceptes de la Blue Revolution. Le Ministère d’État nigérian à l’aménagement du territoire et du développement urbain a d’ailleurs annoncé en 2015 son intention d’« intégrer l’école au sein d’un plan global de régénération pour l’ensemble de la communauté. »

Usbek & Rica

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