Mutations de la cuisine : un espace à partager entre hier et demain ? (2/2)

18 Mai 2017

Dans un premier article, nous introduisions certaines questions prospectives liées à la cuisine, pièce centrale de nos habitats. Après s’être intéressés aux enjeux technologiques de l’équipement de cette pièce ancestrale, nous poursuivons nos réflexions en abordant un autre prisme d’évolution maintes fois invoqué à son sujet : la cuisine comme espace de partage. Dans un premier temps, nous envisagerons cette idée à travers la cuisine conviviale, déployée sur l’espace social du séjour. Puis, sur la tendance qui tend à transformer la cuisine en espace partagé entre différents groupes sociaux.

La cuisine est un espace de partage important dans notre habitat.

Cuisiner ensemble, c’est toujours plus chaleureux ! – Crédits Cristian Bortes sur Flickr

La cuisine « ouverte », lieu de tous les partages ?

Une évolution « historique » est bien souvent attribuée à la structure de la cuisine : celle de son ouverture sur le reste du logement. On rappelle ainsi souvent que nous sommes passés d’une pièce fermée – traditionnellement séparée de la salle à manger dans les maisons bourgeoises du XIXe siècle -, à une pièce ouverte – notamment inspirée par certaines formes d’agencement à l’américaine. Ce basculement est daté, en Occident, entre les années 1970 et 1980. Dans l’imaginaire collectif, cette tendance est communément présentée comme une illustration de la « modernisation » des ménages. On passerait d’une cellule familiale divisée par la structure de l’habitat (les taches localisées dans chaque pièce, attribuées à chaque membre) à un espace accueillant où peut s’opérer le partage des activités de l’ensemble du foyer…

« Depuis les années 80, la cuisine ouverte se développe dans les appartements bourgeois en même temps qu’un discours valorisant l’égalité entre les sexes (un discours plus qu’une réalité : la répartition des tâches domestiques étant, dans les classes supérieures aussi, largement inégalitaire). »

Comme l’analysait Pierre Gilbert dans le dossier « Les classes sociales au foyer » publié l’année dernière dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales, l’argument de « progrès social » propre à certaines CSP ancre le discours moderniste et ethnocentrique qui accompagne la mise en œuvre normalisée de cette cuisine ouverte d’inspiration venue d’outre-Atlantique. Point de vue intéressant qui montre à sa manière que les évolutions des formes de l’habitat sont évidemment à prendre avec des pincettes !

Vivre ensemble… dans la cuisine

Comment, dès lors, aborder la deuxième grande tendance régulièrement visée pour figurer la cuisine de demain ? Incarnée par la « cuisine partagée », cette utopie habitable testée ici et là depuis quelques années (en Amérique du Nord ou en Europe, notamment) embrasse en effet quelques-uns des aspects discursifs qui fondent la cuisine ouverte susmentionnée.

La cuisine est une pièce à vivre qui peut rassembler les habitants d'un logement collectif.

La cuisine de restaurant comme inspiration pour la maison ? – Crédits City Foodsters sur Flickr

Récemment ressuscitée par le concept de coliving” (la version logement du “coworking”), elle représente ainsi l’une des pièces à vivre qui rassemble les habitants d’un logement collectif. A l’instar de l’organisation bien connue des auberges de jeunesse bon marché, la cuisine de ces logements privés est le lieu de rencontre investi quotidiennement par la communauté habitante. Devenant théoriquement le centre névralgique de l’échange social communautaire, cette néo-cuisine idéale s’appuie ainsi sur des usages et volontés partagées par certaines personnes : agrandir l’espace de vie malgré un petit budget, lutter contre la solitude, concrétiser une idéologie du vivre ensemble…

Pour conclure, nous dirons que l’acte social du partage et le mode de vie d’un groupe sont des composantes déterminantes pour spécifier l’ossature et les mœurs épousés au sein de cette pièce spécifique.

 

Après avoir tourné autour de cette pièce par le biais de deux tendances délimitées par notre veille, nous pouvons noter une certaine relativité quant à ses usages et ses formes. Si le grenier et le seuil offraient des imaginaires et des constructions mentales assez communes, la cuisine nous semble plurielle dans ses aspects actuels et futurs. Pièce centrale d’une communauté, kitchenette solitaire, espace de vie ou encore lieu déserté, il est difficile de parler d’elle sans préciser un contexte social ou d’usage tant elle peut avoir de formes et de valeurs distinctes. Cœur de la maison ou non, la cuisine se nourrit des modes de vies de chacun et alimentera encore de nombreux imaginaires des sociétés humaines.

Pour aller plus loin :

 

[pop-up] urbain

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