Mieux vivre sa ville : les processus de création pour favoriser la cohésion

28 Fév 2018

Il n’y a qu’à voir le succès des différents salons de la création, le boom des pratiques de type do it yourself, jusqu’aux cahiers de coloriages pour adultes censés être porteurs de vertus anti-stress pour s’en persuader : la créativité prend de plus en plus de place dans notre vie. Elle nous permet de nous exprimer à travers une activité libératrice et porteuse de sens puisque l’on pourra voir l’objet fini : un rainbow cake, une broderie, une cocotte en origami… Toute une énergie au service d’un valorisant « c’est moi qui l’ai fait ! ». Mais alors, pourquoi n’en serait-il pas de même pour la ville ? Puisqu’il s’agit de notre environnement immédiat, pourquoi ne pourrions-nous pas nous aussi la customiser, prendre une part active à sa construction ?

Car force est de constater que les processus participatifs mis à l’œuvre jusqu’à présent débouchent rarement sur une réelle implication citoyenne quant à la fabrique de la ville. Face à une urbanisation toujours plus complexe, on pourrait expérimenter une nouvelle forme de concertation citoyenne. Et si celle-ci passait par la créativité ? Revue de projets qui donnent envie de prendre le crayon pour dessiner la ville de demain !

Créativité pour le développement de la ville

La créativité peut-elle favoriser le processus de participation à la fabrique de la ville ? (c) Agathe Chupin

S’il vous plaît… Dessine-moi une maison

Quoi de mieux pour commencer à intéresser l’usager que de lui parler de son environnement immédiat : son logement ? A moins de faire construire sa maison particulière, on a rarement l’occasion de pouvoir imaginer son logement de A à Z. À Marseille, le promoteur Bouygues Immobilier a fait le pari de la participation citoyenne, et ce à l’échelle d’un immeuble. Les futurs usagers sont ainsi invités à exprimer leurs envies autour d’une question centrale : quelle serait la résidence de vos rêves ? Via une plateforme numérique, tout le monde est invité à exprimer ses désirs pour former les contours de ce que serait une résidence la plus idéale possible. Les questions posées tournent autour de la vie quotidienne, des équipements, des services, des prestations, mais aussi de problématiques plus terre à terre comme le prix que l’on est prêt à payer pour tel ou tel service. Les propositions sont aussi les bienvenues, celles qui remporteront un maximum d’adhésion pourront être réalisées. En attendant la livraison du projet au premier semestre 2019, il est toujours possible de participer, même si l’on n’est pas un futur habitant du quartier.

Pour donner votre avis et en savoir plus : https://bouygues-immobilier.fanvoice.com/chateau-valmante/

Coconstruction résidence Valmante Bouygues Immobilier

Bouygues Immobilier propose d’imaginer et de co-construire la résidence de nos rêves (c) Bouygues Immobilier

Outiller l’habitant pour favoriser le processus de création

La créativité peut aussi être porteuse de sens à une échelle plus large, celle du quartier, voire de la ville. Agathe Chupin, étudiante en deuxième année de cycle master Ville Durable à L’École de design Nantes Atlantique, s’est intéressée à cette notion de créativité appliquée au projet urbain pour son Projet de Fin d’Études. Pour Agathe, la créativité permet à l’homme de s’adapter au monde mais aussi de l’inventer, de le construire, de le faire évoluer. Appréhender la créativité est un processus lent qui demande à se tromper pour parfaire les erreurs et parvenir à des innovations dans une problématique de bien-être collectif. Grâce à l’implication de tous, la créativité est une réelle force pour la construction de la ville et une plus-value pour la mise en valeur de l’identité urbaine. La singularité de chaque ville par la créativité tend à la rendre plus appropriable et donc plus désirable par le citadin, c’est cette désirabilité qui petit à petit fait naître une prise de conscience chez les habitants et fait apparaître des nouveaux modes de gouvernance qui favorisent les actions sociales dans une problématique de ville durable. La question qui se pose concerne donc le comment : comment fédérer les habitants autour d’un projet commun.

Pour Agathe, le designer se doit d’outiller les habitants pour leur permettre d’exprimer leur créativité en tant qu’experts de leur propre ville : « En utilisant les outils du design thinking au sein d’un collectif d’habitants, nous avons pu mettre en avant des besoins citoyens. En résumé, ils ont la volonté de concevoir eux-mêmes des espaces conviviaux favorisant l’esprit de communauté et des valeurs rurales, dans un but pédagogique. Pour répondre à leur demande, j’ai imaginé un mobilier multi-usages en kit dont les habitants pourront choisir parmi différentes combinaisons, et construire ensemble le mobilier qui leur convient. Dans un souci d’urbanisme tactique, le projet se veut déclinable dans la ville. Ainsi, le processus créatif développé en design peut répondre à la question de la conception de l’espace urbain par les habitants pour leur permettre de mieux vivre leur vi(ll)e ».

La gamification et le design thinking pour développer la ville

Comme chaque jeu, le design thinking est soumis à des règles, résumées ici par Agathe Chupin (c) Agathe Chupin

 

Mobilier urbain multiusages en kit

Agathe Chupin a imaginé un mobilier multi-usages en kit appropriable et déclinable (c) Agathe Chupin

Et pour les plus jeunes ?

Si intéresser les adultes au projet urbain semble parfois compliqué, pour les usagers un peu plus jeunes, notamment les adolescents, cela peut relever du sacerdoce. Entre timidité et besoin de reconnaissance, la créativité des adolescents n’est pas toujours facile à libérer ou à canaliser. Et pourtant, en tant qu’usagers de l’espace urbain, ils pourraient eux-aussi concourir à sa fabrique.

Pour Romane Lecué, étudiante en deuxième année de cycle master Ville Durable à L’École de design Nantes Atlantique, il est important que les adolescents puissent se servir de l’espace pour s’exprimer : « c’est à travers un service qui met en avant les leviers que comportent les espaces numériques et l’espace public, que les adolescents vont pouvoir s’exprimer aux yeux de tous. Le projet « We Are Here » propose un espace d’expression personnelle alliant design de service, d’espace et d’interactivité. Il s’agit d’un projet qui permet aux adolescents de s’affirmer et d’exister, dans l’objectif d’être valorisé à nouveau au sein de notre société ».

We Are Here consiste à diffuser le potentiel des adolescents en offrant un support comme repère dans la ville permettant de créer une interaction avec la société. Il s’agit d’un mobilier connecté à une application mobile : les adolescents s’expriment directement dans l’espace public. Ce concept rend l’expression artistique et personnelle dans l’espace urbain légal, à la différence du tag et du graff. Pour Romane, « à travers ce service, l’adolescent obtient une reconnaissance de la part des autres citoyens sans pour autant de jugement direct car il n’y a ni « like », ni commentaire. Cela efface toutes craintes du regard des autres tout en favorisant l’expression personnelle au sein de l’espace urbain ».

mobilier urbain connecté pour les adolescents

We Are Here ! : un mobilier urbain connecté favorisant l’expression et la créativité des adolescents dans l’espace urbain (c) Romane Lecué

À travers ces projets, les designers invitent tous les citoyens à participer à la création de leur ville. Pour Agathe Chupin, « ensemble, on peut en effet s’autoriser à imaginer, rêver pour réinventer notre cadre de vie, et mieux vivre notre vi(ll)e ».

 

Par Zélia Darnault, enseignante à L’École de design Nantes Atlantique

 

 

L'École de design Nantes Atlantique

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