Lyon Confluence, l’expérimentation au service de la ville durable 2/2

7 Nov 2017

Hier, nous vous présentions le projet de Lyon Confluence, qui a remporté le Prix de l’innovation urbaine le Monde Smart Cities en avril dernier. Retour avec Maxime Valentin, Responsable Innovation et Développement Durable à la SPL Confluence, sur les process innovants mis en œuvre dans le cadre de ce projet urbain remarquable.

Trois piliers d’innovation urbaine, au service des habitants

L’objectif du consortium en charge du projet Eureka Confluence est de concilier exigences environnementales et anticipation des besoins actuels et futurs des usagers. Et cela commence par la question énergétique.

« Dès le début, en 2003, on s’est posé la question de l’approvisionnement énergétique et du niveau de performance des bâtiments. On a cherché à améliorer cette performance tout au long du développement du projet urbain en mettant au point des projets de bâtiments à énergie positive, des bâtiments intelligents et d’autres bâtiments à venir qui pourront consommer eux-mêmes leur propre production. […] »

Mais comment cela fonctionne-t-il concrètement ? Les bâtiments sont-ils connectés aux usagers ? S’agit-il d’analyse de données en temps réel ?

« Sur la question de l’énergie nous avons mis en place une architecture de type smart grid qui est toujours en développement constant, mais qui est déjà en place depuis 2011. Ce smart grid récolte des données de production et de consommation énergétique des ménages et des entreprises. Avec ces données que nous analysons, nous amenons une nouvelle pratique, qui est liée à l’actualité la plus urgente, c’est celle de l’auto-consommation. »


La navette autonome Navya à Confluence

Au niveau des mobilités aussi, des innovations ont déjà été testées, comme la navette Navya et des réflexions sont en cours pour en créer de nouvelles, toujours à partir du même principe, s’adapter aux usages et envisager les futurs.

« Au niveau de la mobilité, l’idée c’est maintenant de mettre en place la navette sur voirie. Ces innovations doivent servir un dessein plus large que le seul quartier de Confluence. Et toujours avec ce réseau intelligent global, qui nous livre des données brutes que nous analysons et que nous utilisons de manière intelligente, nous souhaitons mettre en place des services de mobilité qui prendront en compte toutes les formes de mobilités y compris les mobilités émergentes. Ainsi des trottinettes en libre-service seront mises en place, en plus des modes de mobilité “classiques”, ou encore des stations de covoiturage local et connectées avec la start-up ECOV. »

Le Living-Lab Confluence : au service de la santé et du bien-être des habitants

L’idée est donc toujours la même, que ce soit pour les mobilités ou l’énergie, grâce à la data, l’aménageur lyonnais imagine des services qui donnent un bien-être supplémentaire aux habitants. Et pour cela, différentes initiatives sont également en pleine expérimentation ou devraient voir le jour dans les prochains mois :

« Sur la partie implication citoyenne, on a deux axes principaux de travail. Le premier c’est un club d’habitants qui existe depuis bientôt un an. Ils sont mobilisés tous les mois. Ils se réunissent, on leur donne de l’information sur ce qui est fait dans le quartier. On leur a notamment fait tester l’application qui a été développée par ENEDIS pour mesurer la production et la consommation énergétique du quartier. Aujourd’hui, on va faire un appel à projet citoyen pour mettre en route des projets d’innovation que les habitants voudraient voir arriver dans leur quartier. Enfin, nous développons en ce moment même avec Smiile, un réseau social de quartier. On essaie de mettre en place par ce biais là des services collaboratifs et citoyens. »

Bien qu’elle soit donc globale et transversale à toutes les expérimentations, la volonté de créer des innovations pour œuvrer au bien-être des habitants, n’est pas seulement productrice d’innovations dans différents domaines, elle est même une réflexion globale sur les nouveaux process technologiques à utiliser dans le cadre d’une concertation habitante :

« Sur la question du bien-être, on est en train de mettre en place un indicateur de bien-être qui permet à travers la collecte classique de données quantitatives, de récolter des données issues du partage d’avis provenant d’habitants volontaires. Cet indicateur de bien-être va être mis en lien avec un espace de santé qui va avoir comme objectif d’une part d’animer les réseaux de professionnels de santé autour des problématiques issues de cet indicateur de bien-être, mais aussi de pouvoir faire de la prévention auprès des habitants du quartier sur les problématiques de santé circonstancielles. »

Par ailleurs, en termes de santé connectée, les expériences urbaines se sont également portées sur une nouvelle manière de penser l’habitat des seniors : « Des systèmes d’altimétrie vont surveiller l’activité des personnes seniors chez elles, afin qu’elles puissent rester le plus longtemps possibles à leur domicile. Le logement est équipé de nombreux capteurs, qui permettent de détecter les éventuelles ruptures de comportement pour ensuite envoyer, lorsque c’est nécessaire, des messages à des professionnels de santé. »

Un territoire aux innovations réplicables ou juste une bulle urbaine hypra-intelligente ?

Plusieurs réflexions émergent lorsqu’on observe d’un peu plus près les nombreuses innovations mises en place par Lyon Confluence. Parmi elles, la question de savoir si ces innovations seront réplicables ailleurs pour alimenter le dessein de la ville durable. Maxime Valentin a son avis sur la question : « Notre idée n’est pas de faire de Confluence un quartier qui recouvre toutes les innovations possibles et imaginables. On teste ces innovations et leur réplicabilité pour aller au-delà du territoire de la Confluence. L’idée est de répercuter les innovations qui fonctionnent à l’échelle du territoire de la métropole. Quant aux industriels, ils ont une autre ambition plus large encore pour mettre en place ces innovations sur d’autres territoires. »

Mais tout ceci coûte cher et l’on peut imaginer que la population de Confluence reste tout de même assez privilégiée. Si bien que la ville durable pourrait alors devenir des bulles réparties sur le territoire et réservées à certaines populations et certains quartiers ?

« Tester des innovations c’est aussi tester le business model de ces innovations. Lorsqu’on fait de l’innovation, les coûts sont inévitablement plus importants que lorsqu’on développe de manière plus massive. Par contre, nous menons une réflexion pour cela puisse être réplicable. Le business model fait également partie de l’expérimentation. Certains projets ont été mis en œuvre et n’ont par exemple pas trouvé leur business model. »

Certaines innovations fonctionnent déjà dans le quartier, tandis que d’autres sont actuellement en cours d’expérimentation. Le programme DIVD durant 5 ans, la route de l’innovation sera encore longue et de nouvelles perspectives devraient probablement voir le jour dans les prochaines années, puisque Eureka Confluence n’a pour l’instant qu’un an d’existence. Mais au-delà, que nous apprend Confluence sur la ville durable et notre capacité à la mettre en place ?

« Nous vivons actuellement de nombreuses ruptures, technologiques, sociales, dans notre rapport à l’information, ou à la planète. Face à cette nouvelle donne qu’il nous est nécessaire de penser et de créer, certains sont laissés de côté, d’autres non. Mais nous sommes en pleine transition du côté du développement urbain. Notre ambition aujourd’hui pour s’adapter à cette nouvelle donne, c’est de trouver des innovations qui correspondent à nos nouveaux besoins. Mais on ne peut pas innover seul dans son coin. Si on veut amener une vision plus innovante, il faut qu’on soit ouvert à l’innovation partagée.

Un territoire aux innovations réplicables

Un territoire aux innovations réplicables ou juste une bulle urbaine hypra-intelligente ? Source : © Jérôme Boucherat / SPL Lyon Confluence

Et c’est tout l’objet du modèle reposant sur des partenariats massifs. La ville durable est faite de process à renouveler, à commencer par l’idée que les vieilles procédures légales et encadrant l’aménagement urbain ne fonctionnent peut-être plus. Il faut, à l’image de l’innovation produite, penser l’innovation dans le mode de faire mais aussi bien plus en amont, à savoir les cadres légaux et procéduriers qui nous permettent de fabriquer la ville. Autrement dit, pour libérer les énergies de la ville durable, il faut déconstruire et envisager d’autres cadres plus souples et plus générateurs de créativité, mais aussi d’adaptabilité.

« Il faut des terrains de test pour les industriels, il faut une idée précise du marché, de ce qu’on est capable de faire, du business model qu’il y a derrière… Et en cela, nous devons généraliser ce mode de process car les acteurs publics ne peuvent pas faire les choses tous seules, tout comme les acteurs privés ont besoin de terrains pour imaginer, créer et tester leurs expérimentations. »

Cela commence donc par le mise en place de temps plus longs, nécessaires à l’expérimentation. Mais aussi la mise en place plus systématique de partenariats public-privé à grande échelle et réunissant de nombreuses entreprises et institutions. Car il faut réinstaurer de la confiance, pour libérer les énergies et apporter des solutions chacun dans son domaine tout en baissant les coûts liés à l’innovation.

Lumières de la Ville

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