Les femmes à l’assaut de la ville

20 Nov 2014

Depuis une dizaine de mois se multiplient, dans notre veille, les articles et études reprenant de façon plus ou moins pertinente la problématique de la place donnée aux femmes dans les espaces urbains. Cet été, c’est un article de Télérama qui faisait le tour de la question, recensant quelques-uns des maux dont souffrent les femmes dans la ville. Exclues de l’espace public, soumises à de nombreuses agressions physiques ou verbales, ou plus généralement marginalisées dans les processus de co-création… les travers de la « ville au masculin » sont nombreux, et le féminisme contemporain compte bien s’y attaquer.

Collage Paris "Je ne suis pas ta jolie" Osez le féminisme - par Jeanne Menj sur Flickr

Collage Paris « Je ne suis pas ta jolie » Osez le féminisme – par Jeanne Menj sur Flickr

Avant toute chose, il est nécessaire de tracer en pointillés les contours de cette fameuse question qui rassemble “genre et ville” dans une complexe équation. Sans entrer dans le détail, on peut la définir comme l’ensemble des problématiques mêlant sexisme (et lutte contre le sexisme) et espaces urbains (qu’il s’agisse de la rue, des transports publics, etc.).

C’est donc, plus globalement, un combat social en faveur de l’égalité entre femmes et hommes, mais appliqué à la ville dans ses moindres recoins. Dès lors, interroger la place du “genre” revient à révéler, dénoncer et corriger les avatars de la domination masculine telle qu’elle se retranscrit dans la vie citadine.

Slutwalk 2013 - par Marianne Fenon sur Flickr

Slutwalk 2013 – par Marianne Fenon sur Flickr

La rue, terre genrée

La bonne nouvelle est que le petit monde des penseurs et des faiseurs de villes commence progressivement, sous cette influence, à intégrer ces problématiques au sein de ses réflexions… Il aura toutefois fallu un certain temps pour que celles-ci se démocratisent, mais mieux vaut tard que jamais ! C’est notamment une étude menée à Bordeaux, réalisée par le géographe Yves Raibaud en 2011, qui aura particulièrement marqué les esprits francophones, en témoigne sa récurrence dans les articles relatifs à ce sujet.

“Les femmes ne font que traverser l’espace urbain, elles ne stationnent pas », explique le chercheur. « On constate que les femmes traînent moins souvent dans la rue sans avoir quelque chose de précis à y faire et se déplacent rapidement d’un endroit à un autre », confirme Patricia Perennes, d’Osez le féminisme.”

L’une des clés de ce rapport se situe en effet au niveau de l’occupation de l’espace public par les femmes, de jour comme de nuit. Généralement conçues par et pour les hommes, la plupart de nos villes sont de fait majoritairement occupées par des personnes d’obédience masculine – de vrais mâles, parfois lourdingues et agressifs. Et ces derniers représentent bien souvent, pour la gent féminine, une pression – voire une véritable menace -, devenue banale et prenant de multiples formes.

Des expressions symptomatiques, telles que “harcèlement de rue” ou le hashtag “safe dans la rue” (“en sécurité dans la rue”, popularisé sur Twitter où des femmes explicitaient leurs “stratégies” pour éviter les agressions dans l’espace public), en sont un parfait révélateur. Il existe d’ailleurs une bande dessinée qui recense ces fragments de sexisme ordinaire (“Projet Crocodiles”), et de nombreux collectifs et associations proposent des méthodes pour y échapper.

Quid de la ville “au féminin” ?

Devant ce constat amer, les décideurs et constructeurs urbains tentent peu à peu d’intégrer ces questions à leurs métiers. Enfin ! Encore faut-il assimiler les enjeux de ce problème social si complexe avec la finesse qu’il requiert… Construire des salles de danse plutôt que des stades de football, comme le proposent certaines études, n’est-ce pas simplifier un peu trop ce sujet ? (et même le teinter d’un certain sexisme, serait-on tenté d’ajouter…) Toute la difficulté réside dans la nécessité de concilier les principes de l’urbanisme (espace partagé pour tous) avec la réalité de ses usages (espace dominé par les hommes), sans que cela ne se fasse au détriment de certaines populations. Equation complexe, on l’a dit !

"Ni dieu ni maître ni patron ni mari" - Donny Bocquet sur Flickr

« Ni dieu ni maître ni patron ni mari » – Donny Bocquet sur Flickr

Dès lors, une majorité de pistes de réflexions concluent sur la nécessaire “féminisation” de l’espace urbain par petites touches : un peu plus d’équité dans les budgets, des campagnes de prévention in situ, un éclairage plus sécurisant… Mais les solutions pour redonner du pouvoir aux femmes sont loin de se résumer à une poignée de détails. L’existence, dans certains pays, de rames de métro et de taxis exclusivement réservés aux femmes, fait par exemple partie des remèdes efficaces à l’insécurité nocturne ressentie par la majorité des citadines. De telles solutions, que d’aucuns pourraient juger radicales, sont-elles l’horizon nécessaire pour rendre la ville plus vivable aux femmes ?

Cela reste en réalité une solution d’urgence, qui ne panse aucunement les innombrables problèmes de fond que le tandem “genre et ville” transporte avec lui. Nom de rues et art public hautement représentés par le masculin, marketing genré, culture sexiste, harcèlement de rue banalisé… La liste est longue, et les urbanistes ne seront pas les seuls à pouvoir redonner à la communauté féminine une place égale à celle des hommes dans le territoire qu’ils se sont appropriés. Penser la reconquête des villes par les femmes implique de faire résonner un ensemble de voix qui, de concert, pourront permettre de rééquilibrer les débats – et la ville ne s’en portera que mieux.

Pour aller plus loin :

[pop-up] urbain

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