L’architecture interstitielle, habiter les failles de la ville

7 Mar 2014

Le vide. Le mot a tendance à nous effrayer, à une époque où l’on voudrait que nos vies soient remplies. Pourtant, le promeneur attentif peut remarquer que nos villes sont pleines de vides, résultats des transformations successives qu’elles ont subies. Ce sont ces véritables failles dans la ville qui viennent troubler l’uniformité des façades dans des quartiers qui ont connu des évolutions à différentes périodes historiques. A l’heure où la place en ville est une denrée rare et chère, investir ces interstices semble être une solution à envisager. Tour d’horizon des enjeux et pratiques.

A Nantes, 5 interstices viennent perturber le rythme des façades du Quai de la Fosse

A Nantes, 5 interstices viennent perturber le rythme des façades du Quai de la Fosse

Une solution pour densifier les villes

Un mince espace entre deux choses, c’est ainsi que l’on définit l’interstice. Cette notion floue doit faire l’objet d’une véritable étude sur le terrain afin d’être bien cernée. Il s’agit donc de se placer à l’échelle d’un quartier, généralement situé au centre de la ville, pour envisager ces failles urbaines. A l’instar du développement durable, la ville durable a elle aussi ses propres piliers, parmi lesquels la densification. Dans un centre-ville déjà saturé, cet enjeu paraît difficilement atteignable. Et c’est là que l’on peut s’appuyer sur l’héritage laissé par les évolutions de nos villes qui ont fait apparaître des failles dans le système. Ces espaces délaissés car peu attrayants (peu de gens auraient envie de se frayer dans ces coupe-gorges) doivent aujourd’hui être repensés et vus comme une opportunité.

S’approprier les interstices

Le projet RedBall de Kurt Perschke, ici à Toronto, s’attache à montrer le potentiel des interstices. © Christopher Woo

Le projet RedBall de Kurt Perschke, ici à Toronto, s’attache à montrer le potentiel des interstices. © Christopher Woo

« C’est dans le vide que réside vraiment l’essentiel (…) Le vide est tout puissant parce qu’il peut tout contenir ». Cette phrase de Lao Tseu, certains artistes ont choisi d’en faire leur crédo en s’appropriant les interstices. Si les façons de faire diffèrent, le but reste, lui toujours le même: révéler un espace et son potentiel. Depuis quelques années, d’étranges ballons rouges viennent prendre place dans ces vides. Ce projet du plasticien américain Kurt Perschke fait le tour du monde avec à chaque fois le même leitmotiv : investir le vide. Avec RedBall, Kurt Perschke permet au citadin de prendre conscience de l’espace qui l’entoure. Révéler le potentiel d’un interstice, c’est également ce qui a habité les étudiants de l’école d’architecture de Nantes pour la première édition du Voyage à Nantes. Profitant d’une faille urbaine, les apprentis architectes ont monté leur installation éphémère sur le Quai de la Fosse dans le but d’offrir un nouveau point de vue sur la ville. L’artiste révèle donc un potentiel, le designer va s’attacher à lui trouver un usage.

Habiter les interstices

Le projet Micr’Home de Myrtille Drouet s’insère dans un interstice d’1,96 mètres de large en proposant un triplex

Le projet Micr’Home de Myrtille Drouet s’insère dans un interstice d’1,96 mètres de large en proposant un triplex

C’est sans doute du côté de l’habitat que l’on peut voir des solutions innovantes. Les microarchitectures ont le vent en poupe : cabanes, containers sont désormais régulièrement transformés en logement. En se plaçant dans les interstices, il s’agit cette fois-ci d’investir le centre des villes. Pour Myrtille Drouet, étudiante en 5ème année à l’Ecole de design Nantes Atlantique, il faut revenir à la notion d’habitat essentiel pour rendre cet espace restreint habitable avec un coût réduit. Son projet intitulé Micr’Home propose de créer un triplex regroupant les fonctions primaires de l’habitat, qui correspondent aux besoins physiologiques de chacun, dans les interstices nantais du Quai de la Fosse. « Micr’Home doit être surélevé afin de garantir le passage aux habitants des immeubles mitoyens. J’ai choisi de développer mon projet sur trois niveaux et 1,96 mètres de large pour montrer les potentialités de ce type de logement, mais on pourrait très bien aller davantage à l’essentiel sur deux niveaux. En réalité, le principal défi est de gérer les circulations verticales tout en garantissant une luminosité suffisante dans le logement. C’est plus habitable qu’on pourrait le penser ». En choisissant d’habiter les failles de la ville, le designer revient donc aux usages essentiels pour densifier raisonnablement le centre de nos villes.

Par Myrtille Drouet, étudiante en 5ème année à l’Ecole de design Nantes Atlantique option Mutations du cadre bâti et Zélia Darnault, enseignante

L'École de design Nantes Atlantique

Vos réactions

Alexandre Mendia 11 août 2014

Bonjour,

quelle idée inovante, mais qui reste propriétaire de cet espace vide avant toute construction?
En tant qu’intermittant du sptectacle basé à Tours et devant regulièrement me rendre sur Nantes, je suis très intéressé par cette idée.

Dans l’attente de vous lire,

Alexandre

Drouet Myrtille 7 septembre 2014

Bonjour,

la question du statut de ces espaces est effectivement très importante, et plus compliquée qu’il n’y parait.
L’interstice dans lequel j’ai choisi d’implanter le projet est un terrain privé, le plan de cadastre Nantais le répertorie comme tel. D’autres interstices sont en réalité des rues, et sont donc public. Cependant on retrouve souvent dans grilles à leurs entrées qui suggèrent une utilisation privée.

Cordialement

Myrtille

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