Exode urbain : qui sont les néo-ruraux ? (1/2)

10 Oct 2013

Les uns fuient le stress. Les autres se plaignent du manque de confort. D’autres encore ne peuvent plus supporter le coût de la vie citadine. Quels que soient leurs motifs, les urbains sont de plus en plus nombreux à quitter la ville pour s’installer à la campagne. Et demain, grâce à la révolution numérique, la grande famille des néo-ruraux pourrait encore s’élargir, nous dit Jean-Yves Pineau, directeur du collectif Ville Campagne.

Vue du célèbre plateau des Millevaches, dans le Limousin, un département qui a su sortir de la crise démographique en attirant les citadins.
© Babsy / Wikimedia

Tout commence à la fin des années 1960, quand quelques milliers de jeunes urbains, sensibles à l’écologie et rejetant la société de consommation, choisissent de quitter la ville pour s’installer à la campagne. Un retour à la terre qui permet, notamment, l’ouverture des premières coopératives agricoles biologiques. Malgré cette première vague migratoire, les campagnes continuent de se dépeupler. Puis, au milieu des années 1990, une deuxième vague de départs relance l’économie et la démographie des campagnes. Cadres, ouvriers, professions intermédiaires… Ces nouveaux migrants quittent la ville non plus pour des raisons idéologiques mais plutôt parce qu’ils en ont raz-le-bol du stress, du bruit, de la pollution et des autres désagréments de la vie urbaine. Il s’agit, en majorité, de jeunes adultes âgés de 30 à 45 ans, souvent accompagnés de leurs enfants en bas âge, qu’ils souhaitent voir grandir dans un cadre plus naturel que minéral. Souvent, ils s’installent sur un territoire rural lié à leur histoire familiale ou visité régulièrement durant les vacances. À cette « motivation résidentielle » s’ajoute un argument beaucoup plus rationnel : le coût de la vie urbaine. La crise économique a ainsi accentué l’exode urbain, poussant les classes moyennes étouffées financièrement (loyer, école, etc.) à quitter la ville. Le Sud et la côte ouest ont particulièrement la cote. La Bretagne et l’Aquitaine arrivent ainsi en tête des régions les plus attractives pour les migrants actifs, tandis que la région Provence Alpes Côte d’Azur (PACA) attire toujours autant les retraités. Et demain ? La migration va-t-elle se poursuivre ? Les villes françaises risquent-t-elles de se dépeupler ? Les réponses de Jean-Yves Pineau, directeur du collectif Ville Campagne, association nationale fondée en 1998 qui poursuit une triple mission : conseiller les citadins qui souhaitent s’installer à la campagne, accompagner les territoires ruraux qui accueillent de nouvelles populations et travailler avec les pouvoirs publics sur les enjeux que révèle cette nouvelle forme de migration.

De plus en plus de Français quittent les villes pour s’installer à la campagne. Peut-on parler d’exode urbain ?

« Exode urbain », c’est une formule journalistique. Après, avec 100 000 citadins qui choisissent chaque année de quitter leur ville pour s’installer dans les territoires ruraux, on peut parler de tendance lourde. La principale motivation de ces migrants demeure la qualité de vie. Ils sont à la recherche d’un cadre de vie plus confortable et plus épanouissant. On dit souvent que les Français « votent avec leurs pieds » et c’est assez vrai. Beaucoup ne supportent plus la vie urbaine et, dès qu’ils en ont les moyens, ils quittent le coeur des métropoles pour être plus tranquilles. Mais les motivations qui entraînent les parcours de migration diffèrent. Certains vont vouloir vivre et travailler dans les territoires ruraux quand d’autres entreprennent une démarche purement résidentielle. Pour d’autres encore, cette migration n’est pas choisie mais subie.

L’arrivée de ces ex-citadins dans les campagnes a-t-elle permis de relancer la croissance démographique et économique des territoires ruraux ?

Oui, très clairement. On s’est aperçu qu’il y a aujourd’hui deux moteurs de développement en France : l’économie dite productive, c’est-à-dire l’agriculture et l’industrie, et puis l’économie résidentielle ou présentielle. De nombreux territoires ruraux ont effectivement profité du renouveau du tourisme ou de la consommation locale pour éviter de sombrer. Certains représentent d’ailleurs une vraie mine d’or et leur potentiel est encore insuffisamment valorisé.

L’image de la vie rurale que se font les citadins n’est-elle pas un peu trop idyllique ?

C’est vrai, la campagne véhicule encore tout un tas de clichés. En tout cas, aujourd’hui, elle n’est plus synonyme d’arriération. Je remarque qu’il existe tout de même un vrai brassage des sociologies et des modes de vie : aujourd’hui, on peut être à la fois urbain, périurbain et campagnard. Les Français qui quittent les villes pour s’installer à la campagne conservent le plus souvent un mode de vie toujours urbain, sans relation directe avec la terre. Pour qualifier cette population, le sociologue Jean Viard préfère d’ailleurs employer le terme d’« extra-urbains » plutôt que celui de « néo-ruraux », qui nous ramène trop, selon lui, aux communautés des années 1970. En fait, nous vivons dans une société du mouvement, avec une explosion des temps de vie et des mobilités. Résultat : les ponts entre ville et campagne sont de plus en plus nombreux et celui ou celle qui naît en ville ne finit plus forcément sa vie dans cette ville.

Quels critères pourraient vous pousser à quitter la ville pour vous installer à la campagne ?

Retrouvez la suite de notre entretien avec Jean-Yves Pineau.

 

Usbek & Rica

Vos réactions

ECCE71 13 mars 2015

Quels critères pourraient vous pousser à quitter la ville pour vous installer à la campagne ?

La question devrait surtout etre posée à destination des entreprises, à vrai dire. Ce sont elles qui malheureusement orientent notre aménagement du territoire aujourd’hui.

Les métropoles sont comme des pots de miel qu’il faut atteindre à tout prix en se battant au péril de ses emplois et de ses salariés. Le nectar foncier étant cher et sa reine clientèle bien fortunée le royaume métropolitain ne se mérite pas comme ça. Il faut faire des sacrifices, ou du moins en faire faire aux ouvrières que ces entreprises pourront capturer. L’esclavage moderne n’est pas loin de cela, non?

Les ruraux savent bien ce que vaut un pot de miel urbain, ça manque de saveur, de texture, de solidarité et d’amour.

Pourtant Elles, ces entreprises, pourraient nous mettre sur une autre voie, ou du moins commencer à réfléchir à une autre organisation du territoire par la conquète des territoires ruraux en concertation avec les services de l’état, des départements et autres collectivités qui tendent à se rapprocher (enfin pas complètement). En se rassemblant, Elles ont les moyens de faire levier sur des thèmes importants comme la mobilité, les télécommunications, le maintien par voie de conséquence du bouquets des services publics de proximité (des sujets à l’ordre du jour pour manuel Valls)

Si Elles font le pas d’une telle démarche et propose une telle exode de leur activité en petit groupe mieux réparti, nul doute que la population qui n’attend que cela, suivra.

Sait-on jamais!

DUDU 5 mai 2015

Pendant la guerre et dans les années 1950, les habitants des campagnes étaient pauvres ( ils n’avaient pas d’argent). Mais dans les familles chacun travaillait et la polyculture leur permettaient finalement de bien vivre et dans une ambiance familiale souvent agréable.
Puis tout a été fait pour vider les campagnes et fournir de la main d’œuvre à l’industrie qui alors était ‘ nationale ‘.
Le plan MARSHAL était lancé.
Le départ des enfants pour les études puis l’industrie démantelait les familles. Les partants devenaient dépendant du marché, on allait pouvoir les traiter d’assistés à la moindre difficulté et demande d’aide.
Pendant ce temps, ceux qui étaient restés pour cultiver les terres étaient amenés par le ‘ système’ à emprunter et hypothéquer les terres.
La finance prenait alors la propriété des usines , des terres, de la création de monnaie….
Ce système instable ne pouvant aboutir qu’a une crise mondiale on arrive à une situation prévisible..
Les usines sont achetées avec de la monnaie de singe puis détruites là ou la finance ne veut pas investir.
L’industrie Mondiale met donc au chômage les personnes dont elle n’a plus besoin.
Que fait donc en ville, cette population devenue
inutile après cet exode ?
Pourquoi les dirigeants élus des pays en voie de désindustrialisation ne lancent-ils pas un retour rural afin que les gens sans travail ne deviennent pas des assistés urbains mais des ruraux autonomes, vivant de leur activité agricole et domestique ?
On dirait que la féodalité financière qui s’installe à la volonté de parquer ces personnes devenues inutiles à leur activité, plutôt que de leur donner une autonomie rurale qui existait du temps de leurs grands parents. Pour le moment, les politiques de tout bord semblent collaborer à cet objectif !
je crains le pire !

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