Et si la France changeait de capitale ?

2 Déc 2013

Bien sûr, il y a le Grand Paris, qui devrait permettre de déconcentrer un peu la capitale sur les plans économique et démographique. Mais aussi ambitieux soit-il, ce projet ne sera peut-être pas suffisant pour parachever la décentralisation dont notre pays a besoin. Et s’il était temps pour la France de prendre un nouveau départ en changeant de capitale ?

« Paris et le désert français ». En 2013, la célèbre formule imaginée en 1947 par le géographe Jean-François Gravier, conserve toute son actualité. Malgré sa petite taille, malgré une densité difficilement supportable, malgré une qualité de vie de plus en plus remise en question, Paris conserve son statut de noyau économique et culturel français. Certes, des « clusters » et autres « pôles de compétitivité » émergent avec succès pour dynamiser l’activité économique des régions. Certes, plus personne ne regrette le déménagement de l’École nationale d’administration (ENA) à Strasbourg. Certes, les réseaux de transports s’émancipent progressivement de l’aimant parisien. Mais dans les faits, la France n’est toujours pas parvenue à se débarasser de sa mentalité monarchique centralisatrice. On a beau louer ses bienfaits à longueur de discours et de rapports parlementaires, la décentralisation nous apparaît encore comme un processus contre-nature.

Vue du centre-ville du Havre, en grande partie reconstruit après les bombardements de la Sonde Guerre Mondiale.
© Erik Levilly / Wikimedia

Déclic vs. déclin

La France est souvent décrite comme un pays morose, sclérosé, qui n’en finit plus de pleurer sa grandeur passée. Un constat un peu caricatural mais pas sans fondement. La France va mal. Elle a besoin d’un électrochoc, d’un grand projet mobilisateur, d’une ambition à même de ressouder les Français, de les faire rêver de nouveau. Pour éviter le déclin, la France a déjà besoin d’un déclic. Et si le meilleur moyen de sortir le pays de sa torpeur, c’était de changer de capitale ? Au premier abord, l’idée peut paraître saugrenue, romantique, utopique. Elle rappelle le souhait de l’architecte Roland Castro de déménager les Palais de la République en banlieue parisienne. C’est une belle idée, un peu naïve, qui semble impossible à mettre en oeuvre tant elle bouscule nos habitudes. La portée symbolique d’un changement de capitale est évidente. Mais il s’agit peut-être du préalable indispensable à une décentralisation économique et politique qui tarde à se matérialiser dans les faits. Louée depuis un demi-siècle, la décentralisation est devenue le mantra des politiques publiques. Depuis 2002, les métropoles régionales peuvent mener leur propre politique en matière de formation professionnelle, de transports ou de financement de l’activité économique. Et s’il était temps d’aller plus loin en envoyant un signal fort à tout le pays, en particulier aux quatre français sur cinq qui ne vivent pas en Ile-de-France ? D’autant que la simple adoption d’un texte de loi permettrait d’acter le déménagement. En effet, « Paris, capitale de la France » n’est qu’un principe relevant de la coutume : aucun texte juridique français n’entérine cet état de fait !

L’exemple sud-africain

Un pays avec plusieurs capitales, ça existe déjà. L’Afrique du Sud en possède même quatre ! Un héritage historique, la conséquence d’un compromis datant du début du XXème siècle entre communautés Boers et Britannique. Ville des ambassades, Pretoria est aussi le siège du gouvernement, tandis qu’à l’autre bout du pays, Le Cap abrite le Parlement fédéral. S’y ajoutent Bloemfontein, capitale judiciaire avec sa Cour suprême, et Johannesburg, poumon économique de la nation arc-en-ciel. Bien sûr, entretenir quatre capitales coûte cher à l’Afrique du Sud post-Apartheid, à cause des déplacements incessants de dossiers et des services dédoublés. Mais l’exemple sud-africain a le mérite de démontrer que changer de capitale, c’est possible. La nécessité historique a également fait loi en Allemagne, où le déménagement de capitale de Bonn à Berlin symbolisait la réunification d’un peuple traumatisé par des décennies de séparation. D’autres pays ont suivi le même chemin, souvent pour de mauvaises raisons ou avec moins de réussite. C’est le cas du Brésil, où l’utopie socialo-futuriste de l’architecte Oscar Niemeyer et de l’urbaniste Lucio Costa s’est heurtée au principe de réalité. Plus près de nous, en 2005, ce sont les généraux birmans qui ont annoncé, du jour au lendemain, que tous les fonctionnaires devaient quitter Rangoon pour rejoindre Naypidaw, cité construite en pleine jungle dans le plus grand secret… On pourrait aussi citer les exemples du Kazakhstan, du Nigeria, de la Russie et de bien d’autres pays encore. Bref, à l’échelle du monde, changer de capitale n’a rien d’exceptionnel. C’est même plutôt banal. Même en France. C’est seulement en 486 que Clovis, roi des Francs, choisit de s’installer à Paris, emplacement stratégique entre ses terres du nord et les territoires nouvellement conquis dans le centre et le midi. Les rois fainéants, puis Hugues Capet, promènent leur cour au gré de leurs humeurs et de leurs pérégrinations, de Compiègne à Senlis en passant par Laon. Plus près de nous, Paris a également perdu ses galons de ville numéro un sous la contrainte : face à la menace prussienne (1870) puis, plus tard, à celle des nazis (1940), les villes de Tours et de Bordeaux – sans parler de Vichy – firent office, pour quelques semaines ou quelques mois, de capitale temporaire.

Marseille vs. Le Havre

Marseille est deux fois plus grande et cinq fois moins peuplée que Paris.
© Charlotte Ségurel / Fotopedia

Rien n’interdit donc d’envisager de changer de capitale, d’autant que Paris a le désavantage considérable de ne pas être une ville côtière, alors que la France est la deuxième puissance maritime au monde et que 80% du commerce mondial passe toujours par la mer. En 2008, Jacques Attali remettait à Nicolas Sarkozy le rapport final de la « Commission pour la libération de la croissance ». Dans ce texte, l’ancien conseiller de François Mitterand plaidait pour que la France assume enfin son statut de puissance maritime en se dotant de trois grands ports à dimension européenne : Marseille, Le Havre et Nantes. Convaincu que les pays qui ont marqué l’Histoire de leur empreinte rayonnaient en grande partie grâce à leurs ports, le prospectiviste imaginait ainsi Paris en capitale maritime à part entière, grâce au regroupement des « trois ports autonomes du Havre, de Rouen et de Paris autour d’un commandement unique, dont on aura compris qu’il devra être courageux. » Pour donner un coup d’accélérateur à l’aménagement du Grand Paris, la France pourrait donc tout à fait accorder au Havre le statut de capitale bis. Métropole-boa ondulant sur 175 km autour de la Seine, la cité normande a des airs de Los Angeles à la française, en moins glamour certes. Malgré un faible revenu par habitant et un taux de chômage supérieur à la moyenne nationale, elle bénéficie d’un emplacement stratégique qui en fait la candidate idéale au statut de nouvelle capitale. Sa seule rivale crédible se trouve 800 km plus au sud. Située sur un site naturel extraordinaire, en plein coeur de l’espace euro-méditerranée, bénéficiant d’un climat idéal et d’une densité de population cinq fois moins importante qu’à Paris, Marseille a tous les atouts pour devenir la capitale de la France. Bien sûr, la cité phocéenne doit agrandir sa capacité d’accueil, doper l’activité de son arrière-pays et, bien sûr, régler les problèmes d’insécurité qui plombent son attractivité depuis trop longtemps. Privée de centre et de périphérie, Marseille est une ville sans unité réelle, faite de villages agglutinés aux identités bien distinctes. Ce qui n’a rien d’un handicap, au contraire. D’une certaine manière, le Grand Marseille existe déjà puisque la superficie de la ville est deux fois plus grande que celle de Paris… Pour s’épargner des débats sans fins, la France pourrait finalement opter pour le scénario sud-africain : non pas déménager la capitale mais la partager avec ses deux grands ports du nord et du sud. Une France aux trois capitales : voilà un projet ambitieux, à même de susciter l’enthousiaste des urbanistes, des architectes, et surtout des Français.

Quelle ville autre que Paris serait la plus à même de devenir la capitale de la France ?

Usbek & Rica

Vos réactions

Gérard IZISEL 22 février 2017

Bonjour,

J’ai publié un livre sur le sujet : une nouvelle capitale pour la France.
Si vous êtes intéressés, je peux vous adresser un exemplaire.

Rakotonandrasana 14 mai 2017

Très intéressant comme analyse ! La macrocéphalie de Paris empêche un développement économique homogène sur l’ensemble du territoire. Il me semble tout à fait justifier de changer en tout cas la capitale politique du pays. Ainsi, nous devrions penser à délocaliser les instances gouvernementales vers une ville moyenne qui aurait besoin d’un essor économique.

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