Echappées ludiques : convertir la ville aux mondes imaginaires

22 Mar 2017

Il y a quelques semaines, un nouveau phénomène ludique pour promeneurs avertis a été annoncé pour l’été qui arrive à grand pas. Wizar se présente comme un jeu smartphone en réalité augmentée créé pour dynamiser certains lieux historiques français. Les monstres et merveilles de cette fiction géolocalisée appartiennent à l’univers fantastique de l’heroic fantasy… de quoi coller évidemment avec une bonne partie du notre bon vieux patrimoine !

En réalité, l’arrivée de ce Pokémon Go à la sauce médiéval-fantastique n’est que la modeste facette d’un mouvement venu, en quelques années, troubler la grisaille tangible des espaces urbains. Ainsi, un certain nombre d’univers de fiction institutionnalisés sont injectés ici et et là dans nos pratiques urbaines. Nous ne reviendrons évidemment pas sur le cas éculé de Pokémon Go, qui a en quelque sorte accompagné et ouvert le chemin à d’autres urbanités fantasques. Semblables (comme Wizar), ou d’un tout autre genre (les “escape games”), ces nuances ludiques se glissent dans les pratiques des citadin-es comme des bouffées d’imaginaires salvatrices.

View of Tower and Financial District of London

Travailler sur les mystères de la ville – Crédits Bernd Thaller sur Flickr

Salles d’évasions à chaque coin de rue

Et qui dit implantation de nouvelles pratiques urbaines, dit circulation de nouvelles opportunités économiques ! Ces dernières années, la venue en masse dans les villes françaises d’espaces de distraction inédits va en effet de pair avec une vague de bourgeonnements entrepreneuriaux. Baptisés “live escape games” (ou “jeux d’évasion grandeur nature”), ces lieux immersifs ne vous sont probablement pas inconnus. La “tendance” a été plus d’une fois célébrée ailleurs, et à raison ! Le principe, selon le site de référence français Escape Game Paris : “s’échapper d’une pièce en un temps limité (généralement 60 minutes), en équipe, grâce à des indices disséminés dans un espace de jeu. Pendant cette heure, vous serez suivis par un Game Master qui peut intervenir pour vous aider à avancer si vous êtes bloqués.

Au-delà de l’aspect économique frémissant du concept, les “rooms” développées et aménagées dans ce contexte forment de véritables laboratoires créatifs. Game designers, costumier-ères, et autres scénographes collaborent pour monter de toute pièce des univers de fiction immersifs dans un secteur hautement concurrentiel.

une poignée dorée de porte

Trouver la clé en équipe ! – Crédits Yelp Inc sur Flickr

Venu du Japon et d’Europe de l’Est, le phénomène n’épargne à présent aucune région de France. Malgré son jeune âge (dix ans maximum), on compte aujourd’hui 563 escape rooms à jouer partout sur le territoire ! On pointe d’ailleurs souvent le fait que le marché commence sérieusement à être saturé dans la capitale…

Adapter les lieux à l’imagination et vice versa

Parfois comparée à la multiplication éclair des enseignes de cigarettes électroniques au sein de nos rues il y a de cela deux ou trois, l’installation du phénomène en ville ne manque pas de se faire remarquer. Ainsi, la tendance des escape games se démarque tant par les usages qu’ils sollicitent (l’attrait d’une partie de la population pour le jeu, l’expérience marquante, les énigmes, l’enrichissement collaboratif etc.) que par la place qu’elle occupe a fortiori dans le paysage urbanistique.

Les escape rooms constituent des espaces intérieurs clos, que l’on pourrait installer à peu près partout. D’ailleurs, leur aménagement immersif découle bien souvent des formes du bâtiment occupé. Preuve en est : de plus en plus de bâtiments ayant un certain cachet, sont investis par les équipes de créateurs et créatrices pour y rêver et agencer les fameuses salles d’évasion… La tour Jeanne d’Arc à Rouen (Brainscape) s’est vue impliquée dans plusieurs scénarios invoquant l’Histoire locale, tandis que l’ancien laboratoire d’analyses médicale de Caen (Get out !) jongle entre l’affaire Kennedy et Scotland Yard… A Paris en revanche, c’est tout de suite plus compliqué d’acquérir les droits de reconversion de son patrimoine muséifié ! Du coup, les jeunes entreprises en profitent pour se réapproprier des espaces vacants peu ragoûtants (anciens ateliers textiles, places de parking souterrain etc.) à aménager en glaçante salle de torture, luxueuse cabine de paquebot, ou mystérieuse chambre de clinique coincée dans les années 1990…

Cette nouvelle vague urbaine dédiée au divertissement (déjà initiée il y a plus longtemps par d’autres institutions, à l’instar du fameux “Manoir de Paris”) semble prendre le contre-pied d’autres modèles plus anciens comme les parcs d’attraction. Ainsi, on ne construit pas de toute pièce des lieux dédiés à l’imaginaire… On se réapproprie la ville, et on insère de la fiction dans le plus morne du quotidien citadin ! D’ailleurs, certains grands acteurs urbains ont flairé le bon filon, jusqu’à créer leur propre expérience ludique…

Pour aller plus loin :

 

[pop-up] urbain

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