Et si nos villes étaient aménagées comme des villages-vacances ?

11 Sep 2017

Chaque année, c’est la même chose. Après une longue année de travail, de stress, fatigués du quotidien, nous partons en vacances. Pendant quelques jours, voire quelques semaines, nous nous déconnectons de notre mesure habituelle du temps. Pour certains, nous nous rendons dans ce que nous appelons les villages-vacances. Pendant une courte période, nous abandonnons voitures, mauvaises habitudes et renouons avec le temps long. On prend le temps de bien manger, ou de savourer les spécialités locales. On passe la journée à lire. On s’arrête pour savourer un paysage. On prend le temps.

C’est au cours de la seconde partie du XXème siècle que cette forme de tourisme à destination du grand public s’est commercialisée. Dans cette ère de la consommation, on conçoit ces lieux comme des espaces de repos. Ce que l’on doit apporter au client est la détente. Il ne doit en aucun cas renouer avec les stress et les aspects négatifs de son quotidien. Pour cela, les villages vacances sont méticuleusement pensés.

Comment parvenons-nous à construire des « villages » conçus de manière à favoriser le bien-être, le repos, des villages qui cassent avec les codes de notre quotidien pour nous apporter le confort perdu tout au long de l’année ? Selon quels principes sont-ils conçus ? Si nous parvenons à la réalisation de ces structures, pourquoi ne pas appliquer les mêmes principes à l’aménagement de nos villes au quotidien ?

“Le tourisme contemporain est l’héritier des formes élitistes”, Marc Boyer (1972)

La notion et l’acte de faire du tourisme s’inspirent de la pratique accrue du Grand Tour par les élites au cours du XVIIIème siècle. Une fois ses études terminées, un jeune homme instruit se doit de faire le Tour de l’Europe, pour se rapprocher des vieilles pierres de l’Antiquité, rencontrer d’autres horizons et en revenir grandi.

La notion et l’acte de faire du tourisme s’inspirent de la pratique accrue du Grand Tour par les élites au cours du XVIIIème siècle.

Source : http://blog.evaneos.com/dico-du-voyage-1-le-grand-tour/

Dans la période contemporaine de la révolution industrielle, le tourisme change de forme. Dans son ouvrage, Le Tourisme, Marc Boyer, historien français spécialisé dans le tourisme, explique l’origine du tourisme de masse, qui débouchera sur la création de ces villages-vacances.

Celui-ci prend sa source dans le tourisme aristocratique de la période romantique. A cette époque, les rentiers, privés de toute forme de pouvoir par la révolution industrielle et la bourgeoisie, quittent le devant de la scène. De là, naît une volonté de reconstitution d’un mode de vie, à travers lequel on exerce la pratique d’un sport, on vit dans un entre-soi et on s’adonne à l’oisiveté. Au XIXème siècle apparaissent donc les centres de villégiatures. Ils sont situés dans des zones de montagne, sur les côtes (Biarritz, Arcachon Deauville, Le Touquet) ou encore autour des lacs (Genève et Annecy).

Ainsi, l’historien éclaire les origines des villages-vacances, héritiers des formes élitistes d’un autre temps. Au cours, du XXème siècle, le tourisme se démocratise progressivement. Cela commence surtout à partir de 1936, avec l’obtention des congés payés. Mais c’est au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, dans un contexte sociétal de consommation que les villages-vacances tels que nous l’entendons ici et le tourisme de masse émergent. Les mots d’ordre de ces structures sont hédonisme et bien-être.

Structures et usages des villages-vacances

Un village-vacance est un regroupement spatial d’hébergements touristiques de formes diverses.

Source : http://www.capvacances.fr/village-vacances-herault-la-grande-motte.html

Un village-vacance est un regroupement spatial d’hébergements touristiques de formes diverses. On y retrouve des appartements, des bungalows, des chalets, etc. Autour de ceux-ci s’organisent des équipements d’activité et de loisirs : piscines, terrains de sports, terrains de pétanque, etc. Des services sont également assurés par la société de tourisme associée. Ainsi, vous pouvez y retrouver des boulangeries, laveries, supérettes, garderies ou autre. En un mot, les villages-vacances sont pensés de manière à vous apporter un confort maximal, afin que vous n’ayez pas à sortir de l’enceinte du village au cours de vos vacances autre que pour des activités récréatives et de loisirs, comme la visite du village voisin.

La mise à disposition de cet ensemble favorise un certain mode de vie, tout est optimisé pour le repos. Premièrement, tout est pensé pour se déplacer à pied ! Aller chercher le pain à pied le matin ? Ok ! Aller au cours d’aquagym ? C’est à 5 minutes ! Faire ses courses ? Le marché du village-vacances se déroule un jour sur deux, sinon il y a la supérette ! Envie d’aller au restaurant ? C’est au bout de la rue ! La plage ? C’est juste là !

Ensuite, ces villages sont pensés pour que chaque membre de la famille puisse profiter du séjour. Quel que soit votre âge, vous êtes autonome. Des garderies pour les plus petits sont mis à disposition, des activités, loisirs et centres sont organisés pour les plus grands. Sinon, aucune crainte de laisser ses enfants vadrouiller toute la journée. Le club est fermé, les voitures sont très peu nombreuses et roulent au pas. Pour la surveillance ? Une sorte de bienveillance s’installe entre les vacanciers. On rencontre un voisin sur le court de tennis, ou à la soirée organisée. On connaît donc rapidement son voisinage, avec qui on a envie de passer du bon temps. Envie de passer du temps en famille ? Des activités parents-enfants sont proposées.

Pour ce qui est de la sociabilité et du lien social, tout est favorisé pour la rencontre. Alors effectivement, ce sont les vacances ! Les barrières tombent. Mais les structures sont également pensées pour favoriser le dialogue. On met en place des ateliers, des cours, des soirées, etc. Dans les villages-vacances, on fait tout ce qu’on ne fait pas forcément pendant l’année. Comme dire bonjour à son voisin, ou prendre un café avec quelqu’un qu’on ne connaissait pas une heure auparavant.

Et dans la vraie vie ?

Au regard de la description de ces structures, certaines questions se posent. Notamment, pourquoi ne pas aménager nos villes selon la même logique ? Alors, certes, ce sont les vacances, nous sommes plus détendus moins conditionnés par les horaires, peut-être plus enclins à la rencontre et à l’oisiveté. Mais formes et usages ne sont-ils pas étroitement liés ?

Des zones d’aménagement mixtes permettraient de rencontrer nos voisins.

Source : https://www.wedemain.fr/Entraide-entre-voisins-Mon-P-ti-Voisinage-devient-Smiile-et-part-conquerir-l-Europe_a2520.html

Pourquoi, au sein de nos unités urbaines, ne pas penser des zones d’aménagement mixtes, où nous retrouverions en bas de chez soi services de proximité et infrastructures de loisirs. Où chaque semaine nous aurions la possibilité de rencontrer nos voisins, de partager un repas avec l’un d’entre eux ou de rencontrer de nouvelles personnes au club de sports du coin. Où nos enfants joueraient avec leurs amis dans les espaces publics sans crainte des voitures ou des autres. Où nous aurions également le choix de ne pas avoir de voiture.

Tout cela pourrait être possible sans pour autant tomber dans l’urbanisme fonctionnaliste rêvé de Le Corbusier, ou ce que l’on appelle l’urbanisme de dalles, l’archétype d’un urbanisme sans voiture. Car si nous y regardons de plus près, l’ensemble de ces critères de proximité ne répondent-ils pas au besoin de retour au local que notre société exprime actuellement ?

Pourtant, nous pourrions penser que ces situations ne sont pas comparables. En effet, les villages-vacances répondent à un besoin temporaire. Pendant cette période, et dans cet espace, le nombre d’usagers est choisi et ne sera pas dépassé. Les services ne sont pas adaptables à une variation trop importante d’utilisateurs.

Par ailleurs si ces structures fonctionnent, c’est aussi parce qu’elles ne sont pas soumises au critère de la diversité sociale. Les personnes qui y résident sont souvent originaires des mêmes milieux sociaux, avec les mêmes rythmes de vie. Une certaine homogénéité sociale y règne donc. La mixité est-elle donc évitée ? Si les villages-vacances répondent aux critères d’une ville agréable, propice à la détente, le resteraient-ils dans l’esprit de ceux qui y résident, une fois cette mixité réintroduite, et les contraintes quotidiennes, telles que le travail, ajoutées ?

Si le modèle ne correspond pas entièrement à la réalité de nos villes, nos villes pourraient pourtant s’en inspirer, en commençant par exemple à poser le bien-être et la détente comme priorité à l’aménagement ?

Lumières de la Ville

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