Tiny house, drôle d’Eldorado

Le blog "Tiny House Giant Journey" raconte le quotidien dans une tiny house itinérante - Guillaume Dutilh/Wikipédia
2 Oct 2019 | Lecture 3 minutes

Aux États-Unis, alors que les maisons uni-familiales font en moyenne autour de 200m2, un mouvement baptisé « tiny house » prône la réduction de cette surface à une dizaine de mètres carré. Vantées comme un lifestyle minimaliste par des séries Netflix, faciles à construire et à déplacer, relativement peu onéreuses, ces micro-maisons sont désormais disponibles à la commande sur Amazon.

Si l’on rêve facilement d’un logement plus grand, on rêve rarement d’un logement plus petit. L’idée de vivre volontairement dans un logement minuscule peut sembler énigmatique. C’est pourtant le cas des adeptes du « tiny house movement », disposés à vivre dans de minuscules maisons d’une dizaine de mètre carré. Venu des États-Unis, ce phénomène se propage doucement dans certains pays développés (Australie, Japon, Allemagne…). À cheval entre un mode de vie durable et une solution contre le mal-logement, ouvrira-t-il de nouveaux horizons ?

Rien de nouveau dans l’idée d’une petite maison. Les peuples indigènes et nomades ont toujours préféré les petites habitations faciles à construire et à démonter. Faute de mieux, les ouvriers, pêcheurs ou bûcherons vivaient parfois dans des constructions similaires. Sans être nommées tiny houses, des petites maisons sont commercialisées juste après l’ouragan Katrina en 2005 aux États-Unis pour offrir de meilleures conditions de vie que celles des préfabriqués distribués par le gouvernement. Deux ans plus tard, la crise des subprimes aggrave les difficultés à se loger des familles modestes. La tiny house apparaît pour certains comme une solution de logement d’urgence à moindre coût.

Mais au delà de ces circonstances subies, l’idée d’un amoindrissement volontaire de l’espace de vie fait son nid. Le mouvement trouve sa source dans différentes inspirations. Dans Walden, ou la vie dans les bois, l’écrivain américain Henry David Thoreau fait la critique de la société occidentale à travers le récit de sa retraite dans une petite cabane dans les bois. Décrite dans les moindres détails, cette cabane d’une pièce glorifie un mode de vie rudimentaire synonyme d’élévation spirituelle. En 1987, l’architecte Lester Walker publie un recueil de photographies et de dessins de petites maisons qui fait forte impression aux États-Unis.

Le bricoleur Jay Shafer construit sa première maison en 1999. Il en commercialise les plans rapidement et pose les bases de la tiny house que l’on connaît aujourd’hui. Dix ans plus tard, le journaliste Alec Wilkinson réalise le portrait de cet homme qui se dit « claustrophile », devenu leader du mouvement malgré lui. Dans les pages du New Yorker, il  explique que

la rhétorique de la tiny house moderne commence avec le constat que les grandes maisons, en plus d’être disproportionnées et nuisibles à l’environnement, sont la prison de leur débiteur.

La tiny house devient alors l’étendard d’une petite communauté d’adeptes d’un mode de vie alternatif, minimaliste et proche de la nature.

Souvent de forme rectangulaire, la tiny house consiste en une pièce principale parfaitement optimisée. Calquée sur le plan d’une caravane, sa hauteur lui permet d’accueillir une mezzanine. Plus petite qu’une maisonnette, elle se distingue d’une cabane par la présence d’une salle de bain et d’une cuisine aménagées. À cette structure s’accompagne un soin particulier pour minimiser la consommation énergétique et réduire l’impact environnemental. Les matériaux sont souvent bio-sourcés, l’habitat est pensé pour une basse consommation.

Statue de Henry David Thoreau et réplique de sa cabane, près de l'étang de Walden dans le Massachusetts - Wikipédia

Statue de Henry David Thoreau et réplique de sa cabane, près de l’étang de Walden dans le Massachusetts – Wikipédia

Pour la rendre mobile, mais surtout par opportunisme juridique, la maison est souvent posée sur des essieux. En effet dans certains états, la loi interdit les habitations dont la superficie est trop petite. De cette manière, la tiny house n’est qu’une simple caravane et son propriétaire est affranchi de taxe foncière. Contrepartie pénible, il est difficile de trouver un endroit où installer son inclassable « maison sur roues », entre les jardins et les parkings.

Les choses se compliquent pour cet OVNI, qui est de moins en moins l’apanage des familles modestes, en transition ou des idéalistes. Sans surprise, le marché s’empare de l’idée et la tiny house se transforme en véritable lifestyle. Livres, blogs, podcasts et séries Netflix vantent ce nouveau phénomène culturel. Trois séries baptisées Tiny House World, Tiny House Nation et Tiny House Hunting déploient toutes les recettes des reality show américains pour apprendre à trouver la maison de ses rêves, apprendre à la décorer etc. Depuis quelques années, des kits pour fabriquer sa propre tiny house se trouvent sur Amazon.

La cinquième saison de la série Tiny House Nation est en court de diffusion sur Netflix et Amazon - Netflix

La cinquième saison de la série Tiny House Nation est en court de diffusion sur Netflix et Amazon – Netflix

Sans surprise le rêve de dépouillement de Thoreau s’est heurté à une vague de consommation. Les tiny houses rivalisent désormais de fonctionnalités et d’équipements high tech et elles ressemblent plus à des camping-cars de luxe qu’à des cabines de pêcheur. S’il faut un véhicule pour les remorquer, leur taille croît parfois jusqu’à une cinquantaine de mètres carré. Loin d’une logique solidaire et durable, la tiny house embrasse davantage un rêve d’autonomie individualiste dans les grandes plaines américaines, peut-être aussi teinté de survivalisme.

En juillet 2014, la ville de Spur dans le Texas vote au conseil municipal une résolution visant à encourager la venue de tiny houses. Jouant d’un champ lexical des pionniers et de la conquête de l’ouest, elle annonce fièrement être la première ville « tiny house friendly » du pays. Elle espère ainsi se donner un second souffle en surfant sur deux vagues : celles des néo-ruraux et bien sûr le mouvement tiny house. Cet étonnant marketing territorial implique un semblant de planification urbaine : la ville impose aux « pionniers » de se raccorder au réseau électrique et à celui des eaux usées. Bon coup de communication ou programme immobilier à l’oeil ? On imagine déjà pousser les suburbs de tiny houses…

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