Réutiliser les eaux usées à des fins domestiques : l’exemple du projet Jourdain

Plan de l’usine d’affinage Veolia – Crédits Véolia
19 Mai 2023 | Lecture 3 minutes

En pleine crise de l’eau, la réutilisation des eaux usées est une solution pleine de bon sens qui peine à se développer en France. Sur ce sujet, un projet unique en Europe va voir le jour en Vendée : un réseau en circuit-fermé qui permet de récolter les eaux usées, de les traiter et les renvoyer vers le réseau de distribution.

La question de la raréfaction de la ressource en eau est plus que jamais d’actualité ces derniers mois en raison de fortes anomalies liées au réchauffement climatique. L’été 2022 avait ainsi été particulièrement sec et chaud, entraînant une forte sécheresse agricole et des tensions sur la ressource dans plusieurs centaines de communes. L’année 2023 ne démarre pas sous de meilleures auspices avec déjà de fortes restrictions dans le sud du pays, notamment dans les Pyrénées-Orientales.

Et d’après les prévisions de l’ONU,  cette problématique va toucher de plus en plus de monde. D’ici 2050, 40% de la population mondiale sera confrontée à des pénuries d’eau. Dans ce contexte, la gestion durable des ressources en eau est devenue une priorité pour atteindre les Objectifs de Développement Durable. Il existe pourtant des solutions pour économiser l’eau. L’une d’elles est particulièrement prometteuse pour améliorer la gestion de l’eau, notamment dans les pays développés comme la France. Il s’agit de la réutilisation des eaux usées.

Un processus connu depuis longtemps et déjà largement utilisé dans d’autres pays, notamment en Israël, où près de 80% des eaux usées sont réutilisées, ou encore à Singapour, où le taux est de 30%. En Europe, l’Espagne atteint 14%, mais en France, le pourcentage n’est que de 0,6%. Un chiffre qui devrait augmenter dans les années à venir car le gouvernement a récemment donné son feu vert à une accélération sur le sujet.

Une station d’épuration vue du ciel © Thurtell sur Getty Images

Une station d’épuration vue du ciel © Thurtell sur Getty Images

La REUT peut-elle être envisagée pour l’eau courante des ménages ?

En France, la réutilisation des eaux usées est encadrée de manière très stricte grâce à deux décrets de 2010 et 2014. Elle se limite ainsi à l’irrigation de cultures ou d’espaces verts. Dans le cadre de la Loi AGEC, un décret publié le 11 mars 2022 autorise de nouveaux usages pour les eaux usées traitées : le lavage de voirie, l’hydrocurage des réseaux, mais aussi pour la recharge de nappe ou la lutte contre les incendies. De quoi décupler l’intérêt de cette solution.

Mais avec seulement une centaine de stations d’épuration sur 33 000 qui sont équipées pour pratiquer la REUT, la marge de progression reste énorme. D’autant qu’à l’avenir, on pourrait espérer que la réutilisation des eaux usées puisse aussi servir à alimenter le réseau d’eau potable, ce qui serait une belle manière de faire évoluer notre rapport à l’eau dans une logique circulaire. C’est tout l’idée d’un projet unique en son genre et qui va voir le jour prochainement en Vendée.

Dans ce département français, il existe en effet une spécificité sur la gestion de l’eau puisque la grande majorité de l’eau potable provient des eaux de surface. Or, ces eaux sont particulièrement sensibles et exposées aux sécheresses. L’idée de ce projet consiste donc à les stimuler grâce aux eaux usées traitées. Ce serait une première en Europe.

Le front de mer de Sables d’Olonne © Philippimage sur Getty Images

Le front de mer de Sables d’Olonne © Philippimage sur Getty Images

Alimenter en eau potable 100 000 foyers

Le projet “Jourdain” consiste donc à récupérer une partie de l’eau en sortie de la station d’épuration des Sables d’Olonne et de lui faire passer un processus de traitement en cinq étapes au sein d’une usine d’affinage. Ces traitements visent à éliminer les composés pharmaceutiques, les résidus de pesticides, bactéries et autres micropolluants industriels. Une fois traitée, cette eau est acheminée par canalisation sur 27 km jusqu’à la retenue du Jaunay, en amont du barrage du même nom, où elle est rejetée dans une zone végétalisée.

Là-bas, en pleine nature, cette eau traitée retrouve la rivière afin de reprendre son cycle traditionnel qui la mène du cours d’eau jusqu’à l’usine de production d’eau potable et, finalement, le réseau d’eau courante. Un processus intéressant qui mise notamment sur un retour de l’eau à son état naturel et qui devrait voir le jour d’ici 2024.

La capacité de traitement de cette usine sera de l’ordre de 150 mètres cubes par heure jusqu’en 2027, le temps d’évaluer dans la durée les impacts. Si tout est au vert, le débit passera alors à 600 mètres cubes par heure. À terme, L’objectif des porteurs de projets sera de traiter jusqu’à 1,5 million de mètres cubes d’eaux usées, soit un tiers des eaux usées traitées par la station d’épuration des sables d’Olonne. De quoi alimenter en eau potable l’équivalent de 100 000 foyers.

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