Les commerces ambulants pour lutter contre l’ultra mobilité en campagne ?

8 Nov 2023 | Lecture 3 min

Si le commerce ambulant existe depuis des siècles, il avait progressivement disparu et il ne restait, dans les villes, que les camions de glace. Mais l’arrivée des premiers food trucks, concept importé des États-Unis, a changé la donne en France. Le Camion qui Fume, qui a ouvert ses portes à Paris en 2011, a connu un succès immédiat. À présent, ces modèles itinérants sillonnent également les zones rurales pour pallier le manque de commerces de proximité.

Les confinements successifs, durant la crise sanitaire, ont indubitablement bouleversé nos habitudes de consommation. Parmi ces changements, on observe un regain d’intérêt pour les commerces ambulants, surtout dans les espaces ruraux isolés. Ce sont désormais les magasins qui viennent aux clients. Et l’offre de services nomades ne cesse de se diversifier ; il existe aujourd’hui des camionnettes de coiffure, de livres, de bien-être ou encore de décoration. Cette pratique durera-t-elle plus longtemps que celle du Click & Collect ? Pour le moment, l’engouement manifesté pour cette forme de commerce semble plaider en sa faveur. Focus sur l’incroyable capacité des commerces ambulants à transformer les habitudes et quotidiens des ruraux.

Pallier le manque de commerces de proximité

Le recul du nombre de commerces de proximité dans les espaces ruraux, marqué depuis les années 1990, est une réalité statistique. En 2021, d’après les données de l’Insee, plus de 21 000 communes ne disposent d’aucun commerce, soit 62% contre 25% en 1980. Le déclin commercial observé dans ces communes essentiellement rurales, déjà confrontées à des fragilités structurelles (vieillissement de la population, décroissance démographique etc.), accentue indéniablement leur manque d’attractivité. Il constitue aussi un revers pour la qualité de vie et le sentiment de convivialité dans ces communes.

Le développement des supermarchés est en grande partie responsable de la fermeture des épiceries, suivie progressivement par les boulangeries et les boucheries. En réalité, les zones d’activités commerciales sont devenues, depuis quelques décennies déjà, les nouvelles sources d’approvisionnement local, bien que souvent, un déplacement en voiture soit nécessaire pour s’y rendre. La situation est donc particulièrement préoccupante pour les individus ayant une mobilité réduite, comme les personnes âgées qui sont moins aptes à conduire, ainsi que les ménages confrontés à des difficultés financières. Comme le soulignent Emmanuel Raoul et Michel Casteigts, “dans les territoires ruraux, les ménages comme les entreprises sont prisonniers de l’usage de la voiture particulière”.

Des avantages pour les commerçants, les clients et la planète

Pour venir en aide à ces habitants isolés, un nombre croissant de Françaises et Français se reconvertissent et optent pour l’acquisition d’une camionnette aménagée en commerce ambulant. Barmans, esthéticiennes, libraires itinérants… ils sont apparus comme de véritables bienfaiteurs pendant la pandémie, apportant de la compagnie autant que des services aux habitants. Néanmoins les atouts de cette forme de commerce ne se limitent pas à la période de crise sanitaire. Ils sont parfaitement alignés avec les aspirations urbaines actuelles qui recherchent davantage de solidarité, de flexibilité, et moins de pollution automobile.

Il existe même des commerces ambulants à vélo comme ce “triporteur” du restaurant Chez Francis à Brive la Gaillarde ©Wikimedia Commons

Il existe même des commerces ambulants à vélo comme ce “triporteur” du restaurant Chez Francis à Brive la Gaillarde ©Wikimedia Commons

Doriane Roche, étiopathe itinérante en Haute-Garonne, reconnaît que c’est plus facile de se constituer une patientèle. Elle explique : “Quand on s’installe en libéral, on n’a pas le droit de faire de publicité. En étant présente sur ce marché [le marché de Montbrun-Lauragais], le bouche-à-oreille marche beaucoup mieux que dans un cabinet traditionnel. C’est plus facile de se lancer”. Il est vrai que les commerçants ambulants n’ont pas besoin d’un plan de communication coûteux puisqu’ils vont directement à la rencontre du client. Horaires flexibles, moins de charges et une mobilité accrue sont fréquemment les facteurs qui encouragent les commerçants à se lancer dans l’aventure ambulante.

Du côté des clients, ils sont en général ravis, comme c’est le cas à Coinces, un village de 500 habitants situé dans le Loiret, où tous les commerces ont disparu. Un bar à vin ambulant s’installe là une fois par semaine, en compagnie d’un food truck. Chaque lundi soir, la place du village de Coinces reprend vie. Pour les habitants, c’est une occasion idéale pour partager un apéro, échanger les dernières nouvelles et s’amuser en bonne compagnie. « C’est jusqu’à 22 heures mais parfois, il y a une bonne petite ambiance, des groupes, des gens qui finissent leurs consommations. On dépasse un peu, on suit l’ambiance » explique Dominique Maillard, le patron du Comptoir des Vignerons.

La présence hebdomadaire des commerces ambulants soulève une question : l’urbanisme devrait-il s’orienter davantage vers des structures et des projets de ce type, conçus pour créer des expériences significatives sans nécessairement être permanents ? Le concept de chronotopie, qui entrelace le temps et l’espace pour susciter des expériences marquantes, offre une approche novatrice. Cette réflexion mérite d’être explorée en profondeur, car elle ouvre des perspectives sur la manière dont nos environnements urbains peuvent encourager la spontanéité et la convivialité.

LDV Studio Urbain
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