Le sonomation : un outil participatif innovant pour écouter la jeunesse

12 Mar 2026 | Lecture 3 min

Bureau d’études expert de la participation citoyenne, Nalisse accompagne les acteurs et actrices de la fabrique urbaine dans l’élaboration de projets concertés et co-construits. Son équipe pluridisciplinaire et complémentaire en quête de solutions innovantes a récemment développé un outil dédié au recueil de la parole des jeunes : le sonomation.

Échange avec Anne-Sophie Asselin, la fondatrice, pour comprendre la genèse et l’intérêt de concevoir de tels outils.  

Né d’une forte appétence pour le terrain et la concertation, le bureau d’études Nalisse porte depuis maintenant 9 ans une ambition claire : accompagner les dynamiques de participation citoyenne avec exigence et sincérité. Votre parcours professionnel débute au sein de collectivités territoriales. Pour quelles raisons vous êtes-vous lancée dans cette aventure entrepreneuriale ? Pouvez-vous nous parler des problématiques et des publics que vous rencontrez quotidiennement ?

“Mon expérience en mairie m’a beaucoup appris sur les liens au quotidien et les politiques publiques. Celle en intercommunalité m’a, quant à elle, permis d’acquérir plus de connaissances et compétences sur les grands projets d’aménagement à l’instar d’écoquartiers ou de réseaux de transports en commun. Par la suite, j’ai eu la volonté de développer ma propre structure, afin d’ancrer davantage les démarches participatives et de me placer au plus près des besoins immédiats des territoires et de leurs habitants.

Dès le début, ce sont bien les enjeux démocratiques et participatifs qui ont animé l’agence. Et progressivement nous nous sommes positionnés en bureau d’études, revendiquant une véritable expertise et technicité dans la sociologie des acteurs, la qualité des animations ou encore l’attention portée à la gouvernance.

Aujourd’hui, l’équipe rassemble cinq personnes qui travaillent majoritairement sur des projets en Auvergne-Rhône-Alpes pour une question de proximité, de confort des salariés et d’éthique écologique. Concernant les publics rencontrés, si les habitants restent au cœur de nos missions, notre rôle consiste également à croiser les regards pour enrichir les retours, en intégrant des entreprises, des associations, des collectifs citoyens…”

© Nalisse

Coordonner tout un écosystème d’acteurs et d’actrices aux regards, besoins et revendications souvent différents, parfois même éloignés, est-ce l’étape la plus délicate d’une concertation  ?

“Le principal frein rencontré n’est pas tant la coordination d’acteurs ou même l’opposition des habitants comme on pourrait le croire, que le manque de clarté sur ce qui est réellement ouvert à discussion. Une bonne concertation repose d’abord sur une posture honnête, transparente, et un cadrage clair entre commanditaires, techniciens et citoyens. Même quand cela ne nous est pas demandé, nous abordons ces sujets de gouvernance, d’attentes, de conditions pour concerter. Et cela, afin d’établir de solides liens de confiance et d’inclure concrètement dans le projet urbain ou la politique publique, l’expertise d’usage des personnes interrogées.

Ensuite, il s’agit naturellement d’assurer la prise en compte et l’écoute de chaque personne. Les publics éloignés de la concertation sont nombreux : jeunes, personnes précaires, en situation de handicap ou non francophones. Et bien que cela soit utile dans certaines situations, l’aller vers ne peut pas tout résoudre. C’est pourquoi chez Nalisse nous plaidons pour des démarches inclusives, pensées en amont avec les maîtrises d’ouvrage.”

Comment votre équipe s’adapte-t-elle aux besoins spécifiques de certaines personnes ?

“Pour chacune de nos missions, nous essayons de mettre en place des dispositifs spécifiques selon les contextes (gardes d’enfants, interprètes), nous élaborons des supports accessibles (FALC, pictogrammes, polices adaptées)… Mais l’inclusion ne se décrète pas : elle se construit patiemment, avec humilité, en s’appuyant sur les relais de terrain et en tirant des enseignements de chaque action.

Parfois, ce sont les collectivités locales qui définissent elles-mêmes des cibles prioritaires. Nous venons, par exemple, de collaborer avec une mairie pour les accompagner sur la concertation de leur contrat local de santé. La nécessité d’aller vers des personnes précaires, en l’occurrence sans-abris, pour évoquer des sujets liés aux soins paraissait ainsi évidente. Notre équipe prend également des initiatives et invite souvent les habitants à partager leurs besoins spécifiques mais ce n’est pas si simple. Il faut essayer, analyser et évaluer les bonnes pratiques pour faciliter la venue de toutes et tous.”

Et justement, à force d’expériences et d’expérimentations, vous vous êtes concentrés sur la parole des jeunes, avec la création d’un outil innovant : le sonomaton. Pouvez-vous nous rappeler le climat social dans lequel cet outil est né ? Quels ont été les résultats ?

“Nous avons débuté cette mission dans un contexte particulier, de défiance envers le pouvoir public, d’injustices et d’incompréhension, pendant les émeutes de 2023 survenues juste après la mort de Nahel. Une commune nous a contactés après avoir assisté à leur toute première émeute, avec le sentiment d’avoir loupé quelque chose. L’équipe municipale nous a alors confié son besoin de laisser s’exprimer et d’écouter les revendications des jeunes de deux quartiers prioritaires.

© Nalisse

Rapidement, nous avons convenu que ni des réunions publiques ni des ateliers participatifs classiques n’allaient permettre de libérer la parole. Nous avons, de fait, développé une méthodologie sur-mesure, centrée sur le terrain et l’aller vers, rythmée par des micro-trottoirs dans l’espace public, devant les abris-bus, des stands dans les équipements éducatifs, des permanences dans les salles de sport… Partout où la jeunesse était, nous nous rendions pour assurer sa représentativité.

Le Lab01 nous a accompagnés sur toute la partie design pour assurer sa simplicité d’usages et son attractivité. Le principe : un espace sous la forme d’un isoloir avec un micro et trois questions. La personne interrogée choisit le sujet qui l’intéresse et partage son point de vue, à l’abri des regards, en toute confiance et confidentialité. Pour ces assises de quartier, nous espérions une centaine de témoignages et en avons collectés plus de 1200. Nous avons, pour terminer cette mission, participé au plan d’actions réalisé par la mairie détaillant les préoccupations principales de la jeunesse et comprenant conjointement des thèmes généraux et des aménagements précis.

Le dispositif est aujourd’hui réutilisé pour d’autres publics, comme les personnes en situation de handicap visible et invisible, notamment atteintes de troubles cognitifs. Pour l’ensemble de ces personnes, la parole devient un médium accessible, direct et authentique, qui facilite une restitution fidèle des vécus et attentes.”

Tout un écosystème professionnel de la fabrique urbaine se mobilise depuis quelques années pour démocratiser davantage les processus participatifs et la prise en compte de l’expertise d’usage des citoyens et citoyennes. Cependant les prochaines années vont être rythmées par de nouvelles élections et des changements politiques comme économiques dans de nombreux territoires. Quelle vision d’avenir portez-vous ?

“Je ne m’avancerai pas sur une vision optimiste ou pessimiste du futur et de la place réservée à la participation citoyenne dans les années à venir. En revanche, je suis convaincue de la responsabilité que nous avons en tant que prestataire dans les mots que l’on emploie et dans les actions que nous mettons en œuvre. Assurer la prise en compte des avis et revendications des citoyens, c’est être honnête sur la réalité et clair sur les termes.

Il s’agit aussi de se décloisonner et de réapprendre à débattre, ensemble. Le contexte politique et économique incertain renforce d’ailleurs cet enjeu de maintenir vivantes les démarches participatives, de transmettre les savoir-faire et de contribuer à (re)faire société.”

 

 

LDV Studio Urbain
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