La rue de demain, un logiciel libre

© Rue Commune - Leonard
7 Avr 2023

L’année dernière, une consultation publique a été portée par l’Ademe pour imaginer la rue de demain. Cette année, un guide méthodologique (à paraître en mars) doit sortir pour donner aux collectivités des billes concrètes de transformation du paysage.

Des décennies à modeler la ville pour la voiture, l’arrivée soudaine de micro-mobilités et du libre-service, l’urgence environnementale, la pandémie mondiale… En quelques années, l’espace public et la rue, données immuables de l’urbanisme, ont été remis en question. La posture descendante de la fabrique de la ville – la tradition planificatrice – a été peu à peu contestée au profit d’une posture partant du bas, c’est-à-dire des besoins et des usagers. En 2035, la rue est désormais reconnue comme un bien commun, à penser et à aménager collectivement. Elle est centrée sur le piéton pour augmenter le bien-être en ville. Ainsi, l’emprise de la voiture est en net recul. L’arrêt des véhicules y est conditionné et le stationnement interdit. L’aspect écologique de cette nouvelle rue est également central : le sol est pensé pour être perméable et laisser s’infiltrer les eaux de pluie, la biodiversité y est partout protégée et encouragée. La végétation est devenue structurante, c’est elle qui compose l’agencement du bâti et du mobilier urbain pour toujours avoir accès à la fraîcheur et à l’ombre. 

Baptisé Rue Commune, ce scénario est en fait un travail exploratoire sur l’avenir des rues, porté par un groupement d’experts et d’acteurs de la fabrique de la ville (Richez Associés, Franck Boutté Consultants et Leonard, la plate-forme de prospective et d’innovation de VINCI). L’idée est de se pencher sur l’espace public d’aujourd’hui, et de chercher à l’adapter aux problématiques de demain. 

Demain la rue

Au-delà de réinventer les fondamentaux de la rue, leur ambition est de créer une dynamique collaborative qui puisse emporter un maximum de forces vives avec elle. Son point de départ a été de produire un manifeste, comme un texte de référence pour aligner les intentions. « Faire avec le vide et pas seulement avec le plein (le bâti), avec ces lieux qui nous sont communs, en intégrant les enjeux de mobilité, de transformation du sol et des usages de la rue, tels sont les fondements sur lesquels repose la démarche Rue Commune pour répondre à un double enjeu essentiel de résilience et de sociabilité. »

© Mobilités douces - Smovengo

© Mobilités douces – Smovengo

Toutes les rues n’ont pas vocation à être transformées de la sorte : les principaux axes ne sont pas concernés. C’est sur le réseau secondaire de desserte que porte le programme. Il s’agit de transformer la rue ordinaire, celle qui n’a jamais fait l’objet de grandes réflexions, celle qui est là par la force des choses et dont on peut changer le visage sans trop d’effort. De cette manière, on peut révéler de nouvelles qualités urbaines dans la ville profonde.

La démarche s’appuie sur une initiative assez intéressante de l’Agence de la transition écologique (ADEME) qui en mars 2021 a lancé une création de communs. Cet appel à projet (rebaptisé appel à commun) vise à rassembler tous les acteurs volontaires pour produire des ressources ouvertes en faveur de la résilience des territoires.

Démarche sans copyright

La méthode de transformation d’une rue suit plusieurs phases, la première est un diagnostic dit sensible. Il donne la parole aux différents usagers pour comprendre « le génie du lieu » et détermine un ou plusieurs scénarios à même d’améliorer la rue. Une seconde étape consiste à mettre au point un plan d’action. Celui-ci ne doit pas être plaqué clé en main sur le territoire mais doit chercher des solutions spécifiques et locales. Ensuite, la mise en œuvre commence toujours par une phase d’expérimentation. À la manière de l’urbanisme tactique, c’est une mise en place low tech du dispositif, avec retour sur expérience pour évaluer son efficacité. Lors du bilan, si l’expérience est positive, le dispositif est étendu et pérennisé à l’intégralité de la rue.

© Marché gourmand - Ville de Rodez

© Marché gourmand – Ville de Rodez

À terme, c’est donc un réseau d’expériences et de connaissances qui se développe et s’améliore de manière contributive. En cela, l’approche ouverte des communs semble assez stimulante car le programme va s’enrichir et se perfectionner en avançant. La prochaine étape du programme Rue Commune est de publier un guide méthodologique qui s’adressera aux collectivités et leur permettra de mettre en œuvre pas à pas la transformation de leurs espaces publics. Prévu initialement pour la rentrée 2023, il est annoncé pour mars.

Usbek & Rica
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