Démographie et écologie : quel urbanisme de transition ?

La ferme du Chant des Cailles est un projet d’agriculture urbaine de l’agglomération bruxelloise - Ferme du Chant des Cailles
14 Nov 2019 | Lecture 3 minutes

Cet été, l’association Urbanistes en Transition dirigeait plusieurs études sur l’urbanisme de transition à l’heure des défis climatiques. La restitution au Sénat début octobre a été l’occasion de découvrir les expérimentations menées en Europe, que ce soit sur les mobilités douces, le logement ou l’agriculture urbaine.

Documenter la décroissance

Nous les avions rencontrés fin 2018, il y a presque un an. À l’époque, ces étudiants de l’école urbaine de Sciences Po s’efforçaient d’introduire les questions climatiques dans la maquette pédagogique de leur master, via l’association Villes et Décroissance. Conscients de l’urgence environnementale et déterminés à faire émerger des alternatives pour y faire face, ils se lançaient au même moment dans un autre défi : celui d’étudier et de documenter les expérimentations d’urbanisme de transition en Europe.

« On avait remarqué pendant nos ateliers lecture qu’il n’y avait pas beaucoup de matière scientifique sur les villes en transition et les politiques alternatives. On a donc essayé d’en faire nous même » résume Benjamin Rougier, membre de l’association. Villes et Décroissance diffuse donc un appel à candidature sur les réseaux sociaux pour mener une série d’études. Les volontaires doivent soumettre un dossier expliquant le territoire sur lequel ils iront pendant trois semaines et leur problématique. Ils s’engagent ensuite à produire un rapport sur leurs conclusions. De son côté l’association s’engage à trouver des financements pour la mission et à apporter un soutien pédagogique.

L’étude “flygskam”

La méthode est inspirée par le stage d’été annuel organisé par une autre association, « Urbanistes du Monde » avec laquelle un partenariat est conclu. Créée il y a bientôt quinze ans par Jacques de Courson, cette dernière est spécialisée dans l’étude de villes du Sud en voie de développement. Une approche similaire mais dans un contexte très différent : les villes concernées ont souvent une forte croissance démographique et économique. Villes et Décroissance (rebaptisée « Urbanistes de Transition » à l’occasion du partenariat) revendique ici son approche décroissante : les étudiants partiront uniquement en Europe et sans prendre l’avion pour limiter leur impact carbone.

Les questions de la crise démographique et écologique se posent aussi au monde développé, notamment au monde rural

explique Benjamin Rougier.

À Dessau en Allemagne où l’exode rural est fort, la municipalité a mis en place le projet « Claims » permettant aux habitants d’acquérir gratuitement des friches urbaines abandonnées (de 400m2 chacune) et d’en définir l’utilisation - Doreen Ritzau/IBA-Stadtumbau-Büro Dessau-Roßlau

À Dessau en Allemagne où l’exode rural est fort, la municipalité a mis en place le projet « Claims » permettant aux habitants d’acquérir gratuitement des friches urbaines abandonnées (de 400m2 chacune) et d’en définir l’utilisation – Doreen Ritzau/IBA-Stadtumbau-Büro Dessau-Roßlau

Les huit candidatures retenues vont de la petite ville à la capitale mondialisée, en passant par la campagne. À Londres par exemple, la densification de l’artère Old Kent Road pose des questions de mobilité, quand à l’inverse la ville allemande de Dessau doit faire face depuis plusieurs décennies à un exode urbain critique. À chaque territoire ses spécificités historiques, géographiques et économiques, qui mettent en jeu une diversité de réponses sur les problématiques de mobilité, de stratégie territoriale, de logement ou d’agriculture urbaine.

Expérience de la sobriété

Lisbonne, Madrid, Budapest, Londres, Bruxelles, Dessau, Biovallée (projet dans la Drôme) et Revin (dans les Ardennes)… À chaque fois les candidats doivent se débrouiller pour le transport, le logement et la nourriture avec l’enveloppe qui leur est attribuée (500€ par étudiant). Selon les groupes, c’est l’occasion de se lancer dans des road-trips saugrenus et d’aller à la rencontre des habitants. Un étudiant propose un travail sur Revin où vit sa grand mère. À mi-chemin entre l’exigence éthique et la contrainte financière, cette démarche de sobriété donne un caractère physique et sensible à l’étude.

Le projet Biovallée est un partenariat public-privé de développement durable dans la Drôme doté de 10 millions d’euros - Biovallée

Le projet Biovallée est un partenariat public-privé de développement durable dans la Drôme doté de 10 millions d’euros – Biovallée

Seul groupe à ne pas avoir eu de financement, trois étudiantes se démènent pour mener à bien leur mission à Bruxelles. Aidées par un financement participatif, elles se lancent dans un road-trip en vélo depuis le nord de la France. Logées ensuite pendant trois semaines en Couchsurfing chez des bruxellois, les étudiantes font de nouvelles rencontres qui marquent leur travail, notamment celles d’un apiculteur et d’un artiste paysagiste. Leur rapport final donne presque autant à lire sur l’expédition et ces nouvelles solidarités que sur l’analyse de fond, comme si l’un et l’autre étaient indissociables. En cela, les études contribuent presque à mettre en scène la décroissance, à la tester, la comprendre et la rendre palpable.

La ferme du Chant des Cailles est un projet d’agriculture urbaine de l’agglomération bruxelloise - Ferme du Chant des Cailles

La ferme du Chant des Cailles est un projet d’agriculture urbaine de l’agglomération bruxelloise – Ferme du Chant des Cailles

Modèle à suivre ?

Contre toute attente, les volontaires ont des profils variés : ce sont bien sûr des urbanistes mais aussi des designers, paysagistes, juristes et géographes. « On est très fiers de nos stagiaires, certains rapports sont de très bonne qualité, affirme Benjamin Rougier. J’étais impressionné par leur engagement, d’autant plus que les fonds étaient assez faibles, ils ont donc dû tenir un budget très strict. »

Les travaux des deux associations sont restitués en même temps au Sénat début octobre. Les problématiques européennes et des pays du sud se croisent ainsi autour du thème de l’année 2019 : « Urgence démographique et urgence écologique, quels urbanismes de transition ? ». La variété des sujets et des approches fait tourner la tête, de la montée des eaux à Alexandrie aux villes autogérées au Canada en passant par l’acupuncture urbaine en Colombie. Dans certains cas, les pratiques de transition sont à l’initiative de la puissance publique ou de partenariats public-privé. Dans d’autres cas, ce sont des communautés autonomes ou des projets associatifs. Certains ont le soutien de laboratoires de recherche ou de la communauté européenne…

La synthèse formulée par la chercheuse Paula Macé Le Ficher donne à voir une certaine cohérence dans cette mosaïque de cas particuliers. Selon elle, pour faire face aux situations de crises démographiques et écologiques, « il n’est ni possible ni souhaitable de mettre en place un plan à généraliser ». Chaque territoire suppose des enjeux locaux propres auxquels des modèles duplicables de transition ne pourraient pas répondre. Mieux vaudrait alors se concentrer sur l’identification d’invariants clés comme des méthodes ou acteurs.

Usbek & Rica
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Vos réactions

Jean Tondel
4 janvier 2020

Merci pour ce partage.

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