3 ans après la pénurie, comment la ville du Cap s’adapte pour devenir un modèle de ville économie en eau?

© Omar Al-Samarrai by Getty Images
29 Juin 2022 | Lecture 2 min

En mars 2018, la ville du Cap et ses 4,7 millions d’habitants sont passés à quelques jours d’une catastrophe terrible suite à une sécheresse inédite. Depuis, la ville a été récompensée par l’Association internationale de l’eau comme étant la première ville à avoir réduit de moitié sa demande en eau. Et en seulement 3 ans. Un modèle à suivre ?

Selon l’OMS, chaque personne a besoin de 50 litres d’eau par jour pour répondre à ses besoins de base. Une quantité qui est loin d’être la norme puisqu’actuellement, on estime que 2 milliards de personnes, soit 30% de la population mondiale, sont exposés au stress hydrique.

Ce stress, la ville du Cap, située dans l’une des zones les plus méridionales d’Afrique du Sud, l’a particulièrement expérimenté en 2018. La ville est en effet sujette à une baisse des précipitations depuis quelques années. Cette tendance, qui ira croissante dans les décennies à venir, a atteint un point critique entre 2015 et 2018, avec une crise hydrique causée par une sécheresse persistante.

À cette époque, au début de l’année 2018, la ville avait d’ailleurs annoncé un plan d’action pour le « Jour Zéro », soit le jour prévu, en avril de la même année, où le niveau des réservoirs alimentant la ville devait tomber à un seuil critique. Ces mesures mises en place ont alors permis de réduire la consommation quotidienne d’eau de la ville de 40%, soit environ 500 millions de litres par jour.

Comstock © Photo Images

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« Cape Town Strategy », un programme visant à rendre la ville plus économe en eau

Dans la foulée de cet épisode historique, la stratégie mise en place par la ville, baptisée « Cape Town Strategy », comprenait 5 engagements visant à garantir l’approvisionnement en eau à 99,5% d’ici 2030. Les enjeux de cette stratégie étaient multiples, puisqu’ils étaient aussi de nature socio-économique, dans la mesure où les personnes les plus vulnérables aux situations de stress hydrique sont généralement celles déjà fragilisées économiquement et socialement.

Car en moyenne, avant la mise en place de la stratégie, les ménages les plus pauvres consommaient gratuitement environ 50 litres d’eau par jour, soit la recommandation de l’OMS. Toutefois, pour les ménages les plus riches, la moyenne s’élevait à 87 litres d’eau consommés gratuitement par jour.

Ainsi, parmi les mesures initiées par la « Cape Town Strategy », la première visait à garantir un accès sûr à l’eau et à l’assainissement de base pour tous les résidents. La ville s’est ainsi engagée à travailler avec les communautés des quartiers informels pour améliorer l’expérience quotidienne de l’accès à l’eau et à l’assainissement.

La stratégie appuyait également sur la nécessité d’encourager l’utilisation rationnelle de l’eau par le biais de la tarification, de la réglementation et des campagnes de sensibilisation du public. La municipalité a ainsi mis en place une tarification de l’eau pour décourager le gaspillage, tout en restant néanmoins abordable. La ville affirmait aussi dans ce plan sa volonté de veiller à ce que l’eau soit disponible en quantité suffisante et de manière fiable, et ce en provenance de diverses sources, c’est-à-dire dans les eaux souterraines ou encore par le biais des processus de dessalement. Dans cette optique, un programme visant à augmenter l’approvisionnement en eau disponible de plus de 300 millions de litres par jour au cours des 10 prochaines années est actuellement en préparation. Ce programme, qui favorise notamment le développement de nouvelles sources d’eau, représentera un coût d’environ 5,4 milliards de rands, la monnaie locale, soit plus de 300 millions d’euros.

La ville du Cap © THP creative pour Canva

La ville du Cap © THP creative pour Canva 

La nécessité de coordonner l’action des différents acteurs

Lors de cette crise, la ville s’était également engagée à renforcer la coopération entre les divers acteurs du système d’approvisionnement en eau de la province du Cap-Occidental, dans le but de s’assurer que les avantages économiques, sociaux et environnementaux découlant des ressources en eau partagées étaient maximisés. Pour ce faire, la responsabilité de chaque acteur a été mieux définie, tandis que la collaboration au sein des services municipaux a été renforcée. La Chambre de commerce du Cap a ainsi amélioré ses relations avec la municipalité, afin de faciliter les liens avec les entreprises qui nécessitent elles aussi un approvisionnement en eau constant.

Enfin, la stratégie visait à faciliter activement la transition du Cap vers une ville sensible aux ressources en eau, en encourageant notamment un usage optimal des canalisations d’eaux pluviales et des voies d’eau urbaines pour le contrôle des inondations, la recharge des nappes phréatiques et les loisirs.

Ce programme s’adressait à tous les acteurs de la ville, habitants, représentants politiques, entreprises ou employés. Son objectif était également de s’assurer que la probabilité de restrictions sévères en termes d’approvisionnement en eau serait réduite à l’avenir. Le Cap a ainsi su faire preuve d’une gestion efficace des ressources en eau, et cette stratégie démontre l’importance d’une bonne coordination entre les différents services, ainsi que la nécessité des métropoles de prêter attention à la façon dont le changement climatique affecte leurs ressources en eau.

Pour Michael Webster, le directeur exécutif du programme « Water and Waste » de la ville du Cap, « les dures leçons que nous avons tirées de notre confrontation avec le Jour Zéro nous ont, en un sens, permis de prendre les devants pour renforcer la résilience face au changement climatique ».

Et si des pistes peuvent encore être envisagées pour améliorer ces capacités d’adaptation, comme une meilleure souplesse des autorités locales, la stratégie adoptée par la ville du Cap est une piste de réflexion pour les villes qui, à l’avenir, seront confrontées au problème de l’approvisionnement en eau.

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