Hanoi au Vietnam : ville sportive et sports urbains

25 Nov 2014

A première vue Hanoi est une ville assez inhospitalière aux activités sportives : peu d’espaces publics, une circulation intense… et pourtant les hanoïens sont nombreux à pratiquer un ou plusieurs sports, parfois déroutants, sachant tirer partie de chaque espace.

Les grands-mères pratiquent leur Tai Chi au bord du lac Hoam Kiem. Crédits : Clément Pairot

Les grands-mères pratiquent leur Tai Chi au bord du lac Hoam Kiem. Crédits : Clément Pairot

Sports de ballon ? Sports de volants !

Hanoi se caractérise par le manque cruel de jardins publics ou de terrains de sport. On en dénombre seulement deux en ville : le parc de la Réunification au sud de la ville coloniale d’une part, le jardin botanique au Nord-Ouest, non loin du mausolée d’Ho Chi Minh d’autre part. La ville dispose d’une piscine publique aussi, souvent bondée. Face à cette situation, les Hanoiens semblent avoir adapté leurs pratiques sportives.

Si vous vous déplacez à mobylette à travers Hanoi, vous ne courez aucun risque de voir se précipiter sous vos roues un adolescent courant après son ballon. En effet, les jeux de ballon semblent être tacitement proscrits. Le basketball est invisible, le volleyball est très rare, et le football est peu pratiqué dans la ville. Et pourtant, l’affection pour ce sport à l’échelle nationale est bien réelle ! Dès qu’on sort de la ville, ou que l’on se rend simplement en périphérie, on trouve souvent un terrain de football en terre – et de nombreux supporters locaux !

Les supporters d'un match amateur dans un village au Sud-Ouest d'Hanoi. Crédits : Clément Pairot

Les supporters d’un match amateur dans un village au Sud-Ouest d’Hanoi. Crédits : Clément Pairot

A ces sports de ballons les hanoiens semblent préférer ceux de…volants. En effet, les deux sports emblématiques de la ville sont le badminton et le Da Câu. Dans un espace public marqué par l’intense circulation de mobylettes et le manque de larges zones dégagées recouvertes de gazons, ces deux sports sont vraiment bien adaptés. Le premier est bien connu des occidentaux. Il est ici pratiqué souvent en équipes doubles, en pleine rue avec ou sans filet, sur un terrain tracé à même le trottoir.

Un joueur de Da Câu. Crédits : Clément Pairot

Un joueur de Da Câu. Crédits : Clément Pairot

Le Da Câu est, quant à lui, un croisement surprenant entre le badminton (pour le projectile), le volley (pour le terrain) et le football (pour l’utilisation des pieds et du corps à l’exception des mains). Il se pratique avec un filet ou dans un cercle qui n’excède par 6 mètres de diamètre. Comme pour le badminton, le projectile est fait pour un terrain de relativement petite taille et ne peut pas être envoyé vraiment loin (faible rebond au sol, impossible de rouler). Enfin, son poids négligeable le rend inoffensif pour n’importe quel automobiliste et surtout motard qui le recevrait par mégarde.

Des espaces de gymnastique dans les jardins…ou ailleurs

Les sports atypiques ne sont pas la seule surprise d’Hanoi sur ce sujet. Les jardins publics réservent d’autres sources d’étonnement. En effet, en dépit de leur faible nombre, ils ont l’avantage d’être équipés pour permettre la pratique de la gymnastique et du sport. Comme dans de nombreux autres endroits en Asie du Sud-Est (Vientiane, Bangkok, Phnom Penh, mais aussi des villes plus petites), des équipements de salle de sport sont installés en plein air. Afin de pouvoir résister aux intempéries ils sont conçus dans des matériaux robustes (principalement du métal) et sont donc assez rudimentaires. Ils sont néanmoins très populaires, et souvent installés de manière stratégique, comme au jardin botanique où ils font face au parc pour enfants avec les balançoires et toboggans. Cela doit être bien moins lassant d’emmener les enfants au parc !

Les équipements sportifs sont installés en face des balançoires et toboggans. Crédits : Clément Pairot

Les équipements sportifs sont installés en face des balançoires et toboggans. Crédits : Clément Pairot

Enfin, les Hanoïens se distinguent par leur capacité à investir des espaces assez inattendus pour les pratiques de sport en groupe. Au lever du soleil, vers 6h, les personnes âgées pratiquent le Taï Chi sur les bords du lac Hoam Kiem à un endroit où le trottoir est un peu plus large. Le soir, c’est plus au nord de la ville, à proximité du marché au fleur, qu’une cinquantaine de femmes de tous âges font de l’aérobie sur un terrain qui sert dans la journée de parking pour un concessionnaire.

Cette pratique du sport révèle un phénomène très clair : le plaisir de se retrouver en groupe pour s’exercer ou se divertir. Dès la sortie des cours ce sont des classes entières, garçons et filles, qui viennent se défier de manière très bon-enfant par des chorégraphies variées sur la place attenante à la Poste principale. Le matin, à quelques mètres de là on pouvait assister – ou participer ! – à un rassemblement dansant dans les allées du tout petit square qui jouxte la rive droite du lac Hoam Kiem. Une telle diversité de populations et une telle animation à six heures du matin ont de quoi surprendre !

Il est 6 heures, Hanoi se déhanche. Crédits : Clément Pairot

Il est 6 heures, Hanoi se déhanche. Crédits : Clément Pairot

Ainsi, la singularité d’Hanoi concernant le sport tient à deux éléments : la capacité à investir les espaces « mixtes » et le choix de sports particulièrement agiles face aux contraintes de l’espace urbain. Les deux traduisent un véritable plaisir à se retrouver pour pratiquer en groupe une activité physique particulièrement inclusive : toutes les générations se retrouvent, la convivialité prime sur la compétition, la santé sur le culte du corps.

Epicurban

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