Vers la ville « pop up » ?

4 Nov 2013

The Beatles – Popup Bus
© Wikimedia Commons

Depuis quelques semaines déjà et pour quelques mois, La London Street de Londres (celle où se trouve notamment la fameuse boutique Fortnum & Mason) accueille dans des boutiques éphémères des jeunes marques qui jusqu’alors ne vendaient que sur internet. On y trouve des bijoux mais aussi de la gelée de bacon, bref des choses dont seuls les Anglais sont capables.

Boutiques éphémères, ventes d’un jour, le commerce s’est saisi avec enthousiasme de la nouvelle mode des boutiques pop-up. Ils se déclinent en usages luxueux ou low cost.

Plus généralement cependant, la pop up culture concerne la capacité à créer de l’éphémère en ville et pas seulement de l’évènementiel. Elle peut tout autant viser l’installation de mobiliers ponctuels, l’occupation informelle de lieux laissés à l’abandon ou en attente de réoccupation ou de transformation, bref tout un champ d’interventions ponctuelles.

Bref, la pop up city, sous son nom barbare, est la promesse que la ville peut être à nouveau surprenante. On se plaint que les villes sont parfois fades et qu’elles se répètent avec ses commerces si semblables, ses aménagements si prévisibles, son style si original et…si international.

Or la ville doit être imprévisible, inédite et surprenante. C’est tout du moins ce qu’écrivait il y a plus de 50 ans Jane Jacobs dans son classique Life and Death of great american cities (1961). La ville vit par sa diversité et par le fait, précisait-elle, qu’on ne sait jamais ce qui peut se trouver au coin d’une rue. Ainsi, la culture pop-up ne se limite pas à la simple installation de commerces temporaires et éphémères, elle offre la possibilité de la surprise, ce qui n’est pas rien.

Une partie de l’explication de l’engouement pour la culture pop-up tient certes au fait qu’aujourd’hui, il est possible de créer un afflux de population, une actualité, en quelques tweet ou quelques posts : l’imprévisible s’organise désormais à moindre frais. Cela tient au fait, si on se limite au seul commerce, que les marques cherchent à créer de l’évènement et que dans la concurrence qu’elles se mènent sur internet, une présence ponctuelle et festive dans la ville redevient un moyen d’entrer de manière originale en contact avec le consommateur.

Le projet Pop-Up House par l’artiste Gilles Desplanques à Marseille
© http://projets-architecte-urbanisme.fr/

Il y a aussi des raisons plus pratiques, liées au fonctionnement de la ville. La ville a horreur du vide et plus encore des conséquences du vide. Inoccupation signifie dégradation, désincarnation signifie insécurité. De fait, les villes doivent gérer des espaces et des temps mous, soit que la destination d’un endroit n’est pas définie, soit qu’il soit en cours de redéfinition ou de requalification. Cela se traduit très concrètement par les boutiques aux volets clos, aux terrains clôturés en attendant que les travaux ne commencent. Bien souvent, le pop up ne peut être spontané, il doit être organisé et c’est alors que cela peut devenir plus compliqué.

Il n’est pas anodin d’installer un mobilier sur l’espace public, celui-ci est soumis à un très grand nombre de réglementations publiques, suffisamment lourdes pour qu’elles dissuadent le plus emballé des activistes urbains. On n’occupe pas non plus innocemment un rez de chaussées d’immeubles ou un immeubles tout entier abandonné ou en cours de restructuration. Il y a souvent un propriétaire qui en attend un loyer ou du moins une compensation. Il y a néanmoins un intérêt à faire du pop up un concept clé de l’animation des villes. Il s’agit d’abord d’un procédé peu onéreux qui on se contente bien volontiers d’aménagements sommaires si on sait que c’est éphémère. Il est aussi une forme de maximisation de l’espace, denrée rare dans les territoires métropolitains contemporains. Il optimise la ville. Il est enfin un terrain d’expérimentation diverse, plus acceptable socialement et politiquement car temporaire, plus recevable car moins coûteux, plus agréable car fondamentalement participatif. De nombreuses initiatives, du programme parklets à San Francisco, au movable theater au Japon en passant par le manifestation LQC planning (lighter, quicker and cheaper planning) aux Etats-Unis souligne la vitalité du mouvement.

Parking Day 2008 © sv johnson / Flickr

Il y a évidemment aussi un risque, qu’on décèle sans le reconnaître. Le pop up, rien que son nom, est une manière polie et branchée de désigner des formes d’occupation alternative de la ville et on sent bien qu’il est nettement plus sympathique à une collectivité d’avoir un vendeur de hamburger bio qu’un vendeur de kebab dans une dent creuse ou un ancien espace de stockage de la ville de Paris. Comment faire pour que la  culture pop up ne soit pas que l’apanage de la classe créative ou un simple outil marketing dévolu aux vendeurs mais d’en faire une forme d’intervention utile ? A voir.

SciencesPo Paris Cycle d'Urbanisme

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