Un ambitieux projet de reboisement dans le nord de Paris

15 Mai 2018

Dans la plaine de Pierrelaye-Bessancourt à 25 kilomètres de Paris, plusieurs communes se sont réunies pour faire naître une forêt de 1350 hectares. En connectant la forêt de Montmorency, celle de St-Germain-en-Laye et le Parc naturel régional du Vexin, ce projet d’une ampleur inédite en France veut consolider la ceinture verte au nord-ouest de Paris et reprendre la main sur des terres polluées et inexploitables. Un projet ambitieux et résolument tourné vers l’avenir qui entend notamment limiter l’étalement urbain grâce aux arbres.

carte du projet

La future forêt fera également un lien entre la Seine et l’Oise – SMAPP

 

Un territoire à récupérer

Créer une forêt de 1350 hectares à 25 kilomètres de Paris, voilà l’ambitieux projet du Syndicat Mixte pour l’Aménagement de la Plaine de Pierrelaye-Bessancourt (SMAPP). Une entreprise de long terme qui espère épargner cette plaine agricole de l’étalement urbain, préserver l’espace naturel et donner un second souffle au territoire. Inédit en France par son envergure et sa revendication environnementale, un tel programme recueille un large consensus institutionnel. Le SMAPP est ainsi constitué des sept communes de la plaine (Bessancourt, Frépillon, Herblay, Pierrelaye, Méry-sur-Oise, Saint-Ouen l’Aumône et Taverny), ainsi que de la région Ile-de-France et du département du Val-d’Oise. De nombreux partenaires se sont associés au projet dont la Ville de Paris, qui reconnaissent tous son intérêt. « 60% du territoire de notre ville sera protégé, c’est très important » affirme Jean-Christophe Poulet (maire de Bessancourt), en référence au statut espace naturel qui serait reconnu à une partie de sa commune. Une telle déclaration est moins anodine qu’elle n’en a l’air : la plaine est marquée par un contexte historique particulier sur lequel les élus veulent reprendre le contrôle.

Classé au schéma directeur de la région Île-de-France, la plaine ne peut pas être urbanisée car elle se situe dans la ceinture verte. « Mais force est de constater que pendant les dernières décennies, les franges ont été urbanisées et la zone a été grignotée » explique Bernard Tailly, maire de Frépillon et président du SMAPP à Demain la Ville. Dès lors, « à l’échelle du long terme, seul l’arbre résistera à l’urbanisation ». La végétation permet de récupérer un territoire et de lui donner une nouvelle vocation durable. En effet, certaines terres abandonnées sont aujourd’hui devenues des décharges sauvages ou font l’objet d’occupation illégales.

photo d ordures en bordure de route

Dépôts sauvages d’ordures en bordure de route près de Bessancourt – SMAPP

Accepter la pollution

Autre défi majeur, la plaine de Pierrelaye-Bessancourt est en partie polluée aux métaux lourds. Autrefois largement boisée, elle se tourne vers l’agriculture suite à un décret de 1896 y autorisant l’épandage des eaux usées de l’agglomération parisienne. Boosté par les matières organiques, un maraîchage intensif s’y développe tout au long du XXème siècle. C’est seulement en 1992 que la « loi sur l’eau » interrompt la pratique d’épandage et attire l’attention sur ses conséquences sur l’environnement. Plusieurs études constatent alors la pollution et l’agriculture à destination humaine y est rapidement interdite. Dépréciée et peu viable, l’activité agricole se retrouve sous perfusion et la question de requalification de la plaine s’impose aux pouvoirs publics. Mais que faire de ces terres polluées ?

photo d un chemin de randonnee

Un chemin de grande randonnée (GR) traversera la forêt – Shutterstock

Pour Bernard Tailly : « on ne connaît pas de moyens de dépolluer les 350 hectares les plus touchés. Enlever 50 centimètres de terre sur 350 hectares ça fait 1,75 millions de mètres cubes de terre. Qu’est ce qu’on en fait ? Et par quoi on remplace la terre enlevée ? C’est impossible ». Jean-Christophe Poulet renchérit : « on nous a fait plein de propositions : des tulipes ou des salades qui permettraient de dépolluer naturellement… Mais rien n’est scientifiquement prouvé. On ne va pas attendre qu’une solution certaine nous tombe sous le nez, il faut cesser le statu quo ». L’aménagement forestier semble alors la « moins pire » des solutions : « le site n’est pas dangereux à condition de surveiller et de veiller à ce que la pollution n’évolue pas de manière négative », conclut Bernard Tailly. En effet, en maîtrisant le pH des sols pour éviter leur acidification, il est possible d’éviter que les polluants ne descendent dans la nappe phréatique.

photo de la concertation publique du 5 mars 2018

Concertation publique à Frépillon le 5 mars 2018 – SMAPP

C’est dans une salle des fêtes pleine à craquer qu’a lieu la concertation publique du 5 mars. Elle est organisée à Frépillon afin de présenter le projet aux habitants et leur permettre de s’exprimer. Malgré la centaine de personnes, l’écoute est attentive. Certains connaissent le dossier sur le bout des doigts. Si la mise en place du corridor écologique est un projet inspirant pour l’avenir du Grand Paris, la question de la pollution inquiète inévitablement la société civile. Les esprits s’échauffent lorsqu’un habitant réclame plus de transparence quant à la nature de la pollution. Une dame prend la parole, excédée par ce qu’elle pense être un mauvais procès : « À vous entendre on a l’impression que tous ces élus ont l’intention de faire un épandage dans la plaine. On l’a l’épandage ! Moi j’habite Bessancourt depuis 1967, je le subis l’épandage, je sais de quoi je parle. Là on est en train de trouver une solution au problème ! »

illustration chiffres clés du projet

SMAPP

Autres sujets sensibles, la reconversion des activités agricoles et la nécessaire expropriation de certains occupants. En effet, pour prendre la main sur le territoire, la SMAPP doit acquérir le foncier de la future forêt. Une enquête publique attendue fin 2018 devra mettre en place la médiation avec ces populations qui pourront faire valoir leurs droits ou construire un projet de reconversion. Suite à l’enquête publique, le SMAPP pourra obtenir la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) qui lancera la phase d’acquisition foncière. Les propriétaires seront indemnisés et les expropriations commenceront. Ensuite seulement, la plantation d’arbres et les aménagements forestiers pourront commencer pour la dizaine d’années à venir.

Télécharger le dossier de présentation du projet (pdf, 10 Mo)

Usbek & Rica

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