SOS sans-abris : de la prise de conscience à l’action urbanistique (1/3)

11 Déc 2014

Les inégalités sociales et financières représentent un fléau sociétal majeur, et ce n’est pas en ville que l’on nous contredira. La présence de personnes en quête de domicile ne manque pas dans les rues du globe, et les cités sont bien souvent de piètres hôtes pour les plus démunis. Et si on essayait de les comprendre, pour mieux les aider ?

Le mal-logement en France est loin d’être une chimère, les chiffres sont accablants et ne font qu’augmenter depuis une dizaine d’années. Que des questions sociales soient mises en cause, comme la hausse du chômage et la “crise du logement”, c’est un fait. Cependant certains facteurs complémentaires sont loin d’alléger le sort de ces personnes défavorisées. Mais que fait l’urbanisme ?

Au plus bas de l’échelle sociale

Sans-abris guitare - Bath ; Copyright : Daz Smith / Flickr

Sans-abris guitare – Bath ; Copyright : Daz Smith / Flickr

La condition des mal-logés, aujourd’hui en France ne concerne pas une pincée de gens, mais bel et bien près de 4 millions d’individus.

“En France, 3,6 millions de personnes sont soit sans domicile personnel, soit vivent dans des conditions très difficiles (privation de confort ou surpeuplement), soit sont en situation d’occupation précaire (hôtel, caravanes…). Le nombre de sans-abris a ainsi augmenté de 50 % depuis 2011 pour atteindre le chiffre de 141 500 personnes, dont 30 000 enfants début 2012. Le numéro d’urgence, le 115, qui gère les places d’hébergement d’urgence, est saturé. En décembre 2013, 43 % des sans-domicile-fixe qui ont composé ce numéro n’ont pas obtenu de place à Paris, 61 % en province.”

A noter qu’une étude encore plus récente de l’Insee précisait que parmi ces personnes dépourvues de logement, une sur quatre travaille.

Face à ces chiffres alarmants, la prise de conscience doit impérativement être dépassée par une somme d’initiatives de communication et d’assistance. Les villes apparaissent dès lors comme le berceau social adéquat pour prêter main forte à ces habitants dépourvus de “chez eux”. Et pourtant…

L’urbanisme mis en cause

Fraternité des fakirs - Paris ; Copyright : Petit Louis / Flickr

Fraternité des fakirs – Paris ; Copyright : Petit Louis / Flickr

Pour ne rien gâcher aux conditions dramatiques des personnes dépourvues de maison, il semblerait qu’un nombre croissant de villes se soient liguées contre ceux qui pâtissent de cette conjoncture difficile. En effet, plusieurs études, pamphlets et autres documents dénonciateurs relativement récents ont montré par divers aspects le mépris que les espaces urbains développent via à vis des sans-domicile. Et on ne parle pas ici du jugement dépréciateur ressenti personnellement par certains citadins envers ces “vagabonds”.

Cette déconsidération relève en effet du bon vouloir d’un espace tout entier, et non d’une poignée de personnes peu empathiques. Ainsi, c’est au sein de l’urbanisme lui-même que se cristallise cette véritable chasse aux nécessiteux. La faute aux faiseurs de ville, donc, qu’ils soient incarnés par la municipalité ou par d’autres agents.

Dans ce cadre, on remplit de l’espace avec du bâti ou du mobilier – souvent absurde et peu esthétique, parfois très agressif – pour faire reculer les “squatteurs” potentiels. Pour vous faire une meilleure idée, voici un florilège de mobiliers anti-sdf mis en scène par Gilles Paté, dans son célèbre “repos du fakir”. Au vu de ces images, peut-on vraiment dire que nos villes sont des terres d’accueil où il fait bon vivre ?

Première étape : comprendre ce mal urbain

Inversement, certaines personnes bienveillantes entreprennent ici et là des initiatives pour tenter de sensibiliser le monde à la cause sans-abris.

En août dernier, le candidat républicain au poste de gouverneur de Californie Neel Kashkari incarnait un sans-logis pendant une semaine complète dans le but de “comprendre les problèmes des Californiens pauvres”, rapportait le magazine en ligne Slate. Si la démarche est louable sur le papier, on espère toutefois que cela est allé plus loin qu’une simple semaine “en terre inconnue”.

Dans un autre temps, de plus en plus de productions culturelles ont pour objectif d’attirer l’attention des personnes plus aisées sur les conditions déplorables des personnes en manque d’habitat. On pense ainsi aux articles du type “Une journée dans la vie d’Eric, SDF à Paris”, ou encore au film documentaire de Claus Drexel “Au bord du monde”, sorti sur les écrans français en janvier 2012 et consacré à la vie quotidienne d’un groupe de SDF parisiens.

Un avenir meilleur pour les personnes sans-logis est-il possible ? Si les conjonctures économiques et sociales ne sont pas forcément favorables à une amélioration rapide de ces situations de crise, l’air du temps semble relativement clément envers les plus démunis… si tant est que les villes cessent cette “chasse aux pauvres” qui fait du tord aux plus vulnérables. Entre prises de conscience individuelles et campagnes d’avertissement plus massives, on espère profondément que les villes et les citadins de demain prendront cette cause à coeur. Nous verrons ainsi dans un prochain billet une multitude d’initiatives proprement urbaines, prises en faveur de ces citoyens privés d’espaces domestiques.

Pour aller plus loin :

Lire la 2ème partie de l’article SOS sans-abris : de la prise de conscience à l’action urbanistique

[pop-up] urbain

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