Solar Décathlon : Imaginer l’habitat du futur

27 Août 2014

Mettre en compétition les constructeurs de demain pour imaginer l’habitat du futur : c’est le pari du Solar Decathlon, dont l’édition 2014 s’est déroulée dans le parc du château de Versailles. Présentation de quatre projets particulièrement innovants.

Des bandes de peinture intelligentes permettent de contrôler les appareils électriques. Copyright : Sara Zaïmov

Des bandes de peinture intelligentes permettent de contrôler les appareils électriques.
Copyright : Sara Zaïmov

Lancé en 2002 par le Département américain de l’énergie, le Solar Decathlon est une compétition internationale qui vise à promouvoir des habitats solaires autonomes en énergie. Dix critères de notation sont pris en compte pour évaluer les différents projets (architecture, ingénierie, innovation, durabilité, urbanisme, etc.). Vingt équipes d’universitaires venus de seize pays différents ont participé à l’édition 2014 du Solar Decathlon, qui s’est déroulé à la Cité du Soleil, un espace spécialement aménagé dans le parc du château de Versailles, du 28 juin au 14 juillet.

Le thème de cette neuvième édition du Solar Decathlon était la réhabilitation. Autant dire que la prise en compte de l’environnement et de la densification urbaine était un critère de choix. Les participants ont rivalisé d’imagination pour désengorger et émanciper l’habitat, tout en dynamisant l’espace qui l’entoure. Ils ont eu deux ans pour réaliser des prototypes de logements à taille humaine, autonomes en énergie, et conçus pour s’inscrire dans des quartiers déjà existants. Dix-sept des vingt habitats présentés sont « positifs » sur le plan énergétique, c’est-à-dire qu’ils produisent entre 1,5 et 2 fois plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Et c’est finalement l’équipe italienne qui a remporté de justesse le « Grand Prix » avec un projet baptisé « Rhome for Density ». Intéressons-nous ici aux trois projets récompensés par le jury, mais aussi au projet chilien, notre coup de cœur de cette édition 2014.

Sublimer les bidonvilles

Avec son projet Rhome for DenCity, l’équipe italienne a souhaité revigorer le quartier romain de Tor Fiscale, zone à la dérive, en y intégrant une dimension smart. Comment ? En y aménageant des logements sociaux et en connectant les commodités alentour (système de vélos partagés, jardin public, marché, fablab…) afin d’optimiser la mobilité des habitants. Une nouvelle manière d’impliquer le citoyen, trop souvent exclu du débat urbanistique.

Le modèle exposé à Versailles est un appartement imaginé pour le dernier étage d’un immeuble (toit compris), qui permet de mesurer ses capacités énergétiques pour le reste du bâtiment. Dès qu’on pénètre à l’intérieur, on est happé dans une chambre dont les murs sont ornés d’étranges bandes de peinture noire. Il s’agit en fait d’une peinture électrique tactile qui fait office d’interrupteur et permet de contrôler les différents appareils électriques de la pièce. Pour le reste, la lumière est optimisée selon des procédés modernes comme les panneaux photovoltaïques ou les échangeurs de chaleur. Rhome for DenCity joue aussi sur des recettes plus traditionnelles, comme l’orientation du bâtiment ou l’aménagement d’une loggia (balcon et terrasse). Tous les systèmes sont dynamiques, c’est-à-dire qu’ils s’adaptent aux besoins quotidiens mais ne sont pas pour autant autonomes : « Ils doivent être encadrés par la conscience humaine », expliquent les créateurs du projet.

Fertiliser les anciens quartiers industriels

Le projet Philéas a été conçu par les Nantais d’Atlantic Challenge. Copyright : Bettina Horsch / Ronan Cornec / Solarphileas.com

Le projet Philéas a été conçu par les Nantais d’Atlantic Challenge.
Copyright : Bettina Horsch / Ronan Cornec / Solarphileas.com

Philéas, c’est une structure en béton et en bois surplombée d’une serre. L’édifice est un « morceau » du bâtiment en béton armé nantais Cap 44, abandonné depuis 2012. L’équipe d’Atlantic Challenge a été attirée par sa structure en béton armé et par sa localisation en bord de Loire, dans un ancien quartier industriel : « un cadre intéressant pour impulser l’espace environnant », raconte l’équipe nantaise.

Le projet Philéas fait penser aux anciennes usines d’armement Siegmuller de la presqu’île André Malraux à Strasbourg, fondées sur le même système en béton armé et bordure de l’eau, qui viennent d’être réhabilitées en logements et autres commodités. Quelle est, alors, la valeur ajoutée du projet Philéas ? D’abord, l’installation d’une serre sur le toit du bâtiment. Celle-ci procure une surface vitrée intéressante, dotée de panneaux photovoltaïques permettant de compléter les apports énergétiques de la structure en béton et de la loggia. Cette serre traduit également la volonté d’Atlantic Challenge de réintroduire l’agriculture en ville et de stimuler la sociabilité de quartier. Dans leur esprit, les serres seraient administrées par des maraîchers qui vendraient les fruits et légumes récoltés dans les commerces situés au rez-de-chaussée du Cap 44. Ils pourraient également enseigner l’agriculture aux habitants afin de favoriser les réseaux de proximité et de sensibiliser le public à la question environnementale.

Renouveler l’épiderme des maisons d’après-guerre

L’équipe de Prêt-à-loger entend concevoir des habitats permettant de lutter efficacement contre la précarité énergétique. Copyright : Sara Zaïmov

L’équipe de Prêt-à-loger entend concevoir des habitats permettant de lutter efficacement contre la précarité énergétique. Copyright : Sara Zaïmov

« Home with a Skin » est un intitulé pour le moins intrigant : de quelle peau pourrait bien se doter l’habitat durable ? L’équipe néerlandaise Prêt-à-Loger répond en s’inspirant de l’histoire de son pays. Après la Seconde Guerre Mondiale, les Pays-Bas ont connu un boom de la construction de logements. Des bâtiments qui se révèlent aujourd’hui voraces en énergie, et où l’espace est très limité puisque ces bâtiments sont souvent cernés par d’autres maisons et des routes. Pour conserver les habitats existants – un patrimoine auquel les Néerlandais sont attachés – tout en les désengorgeant, Prêt-à-Loger a eu l’idée de les recouvrir d’une nouvelle « peau », c’est-à-dire d’une surface qui pourrait assurer l’alimentation de la maison en énergie tout en augmentant la surface habitable disponible.

En effet, cette « peau » offre une extension sur le dehors. Elle fournit un second toit préparé pour accueillir des panneaux photovoltaïques, des échangeurs de chauffage, voire des végétaux. Ce système assure ainsi les besoins de la maison en eau, en lumière, en chauffage et en ventilation. C’est également un moyen intéressant de lutter contre la précarité énergétique. Néanmoins, le coût de cette enveloppe architecturale reste encore très élevé. « La fabrication du prototype nous a coûté cher, mais nous travaillons maintenant sur la façon dont on peut faire baisser les coûts », explique un des créateurs du projet.

Loger durablement des sinistrés

Le logement conçu par l’équipe Fenix est composé de trois modules bien distincts, faciles à assembler. Copyright : Sara Zaïmov

Le logement conçu par l’équipe Fenix est composé de trois modules bien distincts, faciles à assembler. Copyright : Sara Zaïmov

Le projet Casa Fenix se présente comme une solution d’habitat flexible, conçue pour faire face aux catastrophes naturelles qui ravagent régulièrement le Chili, et ce, sans gaspillage. Bien qu’il n’ait pas été récompensé lors du Solar Decathlon 2014, son format évolutif est particulièrement intéressant.

Le Chili est très régulièrement secoué par des catastrophes naturelles (séismes, incendies…). L’État verse alors 30 000 pesos de dédommagements pour les sinistrés, de quoi se procurer un kit de maison pour survivre, que les gens abandonnent une fois la catastrophe passée. L’équipe de Casa Fenix s’est basée sur ce constat pour produire un prototype de logement au même prix que les gens ne quitteront pas. Casa Fenix se compose ainsi d’un premier module de 14 m2, appelé « module de survie », dans lequel les sinistrés peuvent s’abriter rapidement. Il faut trois personnes pour construire un kit en une semaine. Une fois la période d’urgence passée, l’habitat précaire peut être complété par un deuxième module dans lequel seraient installées les dispositifs de stockage énergétique, la cuisine et la salle de bain.

Enfin, Casa Fenix prévoit l’ajout d’un troisième module comme espace de confort qui donne une perspective de sécurité pour les sinistrés, surtout en période de reconstruction. Une surface de panneaux solaires fait office de finition : elle permet de relier les différents modules entre eux et de leur fournir l’énergie nécessaire pour un logement permanent. La modularité permet de s’adapter à différentes latitudes et favorise l’entraide entre les sinistrés. Une façon intelligente de passer de la survie à la vie.

 

Usbek & Rica

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