Se nourrir dans une ville durable

7 Juin 2017

Plus de 9 miliards. C’est le nombre d’habitants dans les aires urbaines projeté d’ici à 2050. Aujourd’hui, c’est plus d’un habitant sur deux qui vit en ville. Et toutes ces personnes ont un point commun : elles doivent se nourrir. Oui, mais à l’heure de la défiance alimentaire à cause de scandales en tous genres (viande de cheval vendue pour du boeuf, conditions d’élevage et d’abattage des animaux régulièrement dénoncés, usage des pesticides ou des OGM…) on peut se demander si se nourrir dans une ville durable relève du luxe ou si des solutions alternatives et accessibles peuvent réellement être mises en place. Alors comment pourra-t-on se nourrir dans une ville durable ? Quelle place pour la nourriture dans la ville durable ?

la place de la nourriture dans les villes durables

Quelle place pour la nourriture dans une ville durable ? (c) Adélie Dautriche

Nourriture et ville durable ?

Étudier la nourriture en ville pour un designer, c’est étudier les secrets de fabrication de ces milieux urbains. Se nourrir en ville est un acte aussi vieux que les villes elles-mêmes, mais les changements qu’impliquent la mutation de nos villes en villes durables amènent à revoir la place qu’occupe la nourriture dans nos cités. Car comme le dit Carolyn Steel dans l’ouvrage Hungry City « les villes, comme les gens, sont ce qu’elles mangent ». La place de la nourriture dans la ville durable est un témoin des enjeux économiques, sociaux et environnementtaux et permet de mieux les comprendre. La qualité de la nourriture y est la garante du bon fonctionnement de celle-ci. Mais le lien entre nourriture et ville est encore plus ténu. Car en effet, nos modes de consommations façonnent et transforment le paysage urbain. L’apparition des premiers supermarchés a marqué le premier pas vers l’étalement urbain et la périurbanisation en déplaçant les centres de la consommation alimentaire vers la périphérie. Ville et nourriture sont donc intimement liées, l’une se transformant au rythme des mutations de l’autre. Mais si pendant des années la nourriture s’est extraite de la ville, aujourd’hui la tendance est à l’inverse, la faire revenir à l’intérieur des murs de nos cités.

schéma du développement de la ville

Schéma montrant le développement d’une ville (c) Adélie Dautriche

La nourriture dans la ville : pas toujours une évidence…

Aujourd’hui, les citadins revendiquent à leur tour un accès à une nourriture saine en ville. Des jardins partagés poussent dans nos coeurs de villes pour retrouver un lien avec la terre, l’urbaculture est vue comme une solution permettant de réconcilier culture de la terre, nourriture et aménagement du territoire, des modes de consommations alternatifs se développent. Mais certains habitants des villes et consommateurs restent réticents quant à l’introduction de l’agriculture en ville. Des obstacles physiques ou psychologiques s’opposent encore à la présence de la nourriture en ville. Dans un contexte de pollution grandissante on peut se demander si l’agriculture en ville est une bonne idée, si les légumes ou les fruits produits en milieu urbain peuvent être consommables. Les villes militent en faveur du retour de la nature via l’urbaculture dans leurs enceintes. Cependant certains s’interrogent encore sur la faisabilité de tels projets. Si les pesticides sont en voie de disparition dans les parcs et les jardins des agglomérations, ils sont encore présents dans les jardins des particuliers. La réintroduction de la nourriture durable dans la ville durable ne se fera donc pas sans encombre…

réintroduire la nourriture dans la ville

Réintroduire la nourriture dans la ville, pas si évident… (c) Adélie Dautriche

La pause déjeuner : des enjeux particuliers

Le designer pourra difficilement agir sur la pollution ou sur d’autres difficultés à réintroduire la nourriture dans la ville. En revanche, le designer s’intéresse à nos modes de vie et à nos comportements. Et la façon dont nous prenons nos repas est elle aussi symptômatique de la relation que nous entretenons avec la nourriture. Il est un de ces moments primordiaux pour nos journées qui est aujourd’hui particulièrement maltraité : la pause déjeuner. Pour les nombreuses personnes travaillant en ville, ce repas pris en extérieur soulève plusieurs questions et problématiques représentatives de l’alimentation dans la ville. C’est donc à ce moment précis de la journée qu’Adélie Dautriche, étudiante en deuxième année de cycle master Ville Durable à L’École de design Nantes Atlantique, s’est intéressée pour son Projet de Fin d’Études. Elle s’est alors demandée comment concevoir les espaces de pause déjeuner comme des espaces de déconnexion qui englobent les enjeux de alimentaire de la ville durable. Comment concevoir un projet d’urbaculture au niveau de la pause déjeuner ? L’idée est de partir d’un espace proche d’un marché où les producteurs locaux pourraient venir s’installer pour vendre leurs produits, ingrédients qui seront utilisés dans la cuisine adjacente. Les espaces seront intégrés à un projet végétal qui valorise l’agriculture urbaine. Les déchets produits par la cuisine ou amenés par les usagers qui profiteront de l’espace pour manger leur repas du midi acheté ailleurs ou cuisiné par eux-mêmes servira de composte à un jardin partagé et urbain. Dans la cuisine, des cours d’une courte durée seront dispensés autour de la préparation d’un produit ou d’une partie de recette. Le but ici n’est pas d’apprendre comment réaliser une recette de A à Z en une seule fois mais de profiter de la pause déjeuner pour apprendre aux usagers par petits bouts des informations sur des aliments pour qu’ils puissent adapter ce qu’ils ont appris chez eux. Prendre un cours lors de la pause déjeuner permet également aux travailleurs de déconnecter de leur environnement professionnel et d’avoir le sentiment d’accomplir en plus de leur travail autre chose destinée à leur bien être. A côté de ce marché et de cette cuisine se trouvera un espace ouvert pour se poser et manger son repas. Ce lieu sera ouvert également à toutes les personnes qui cherchent un endroit pour s’installer pour déjeuner, qu’ils aient cuisiné leur repas chez eux, qu’ils l’aient acheté ou encore pour ceux qui souhaitent trouver un espace pour lire ou pratiquer des activités reposantes en lien avec la pause de midi.

prendre le temps de déjeuner pendant sa pause

Le projet d’Adélie Dautriche permet de prendre davantage le temps durant sa pause déjeuner pour déconnecter et retrouver un lien plus sain avec son alimentation (c) Adélie Dautriche

Par Adélie Dautriche, étudiante en deuxième année de cycle master Ville Durable à L’École de design Nantes Atlantique, et Zélia Darnault, enseignante

L'École de design Nantes Atlantique

Vos réactions

Anne POIRIER 10 juin 2017

Nourriture et nutrition en ville, un sujet passionnant. Intéressée par l’idée de cette étudiante sur la fabrication commune de repas des employés lors de la pause méridienne. Pourrait être développée en lien avec bien d’autres pratiques urbaines, d’ailleurs…

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