Réenchanter le monde : expo-manifeste sur l’art d’habiter

5 Sep 2014

La Cité de l’Architecture et du Patrimoine présente « Réenchanter le monde », une exposition mettant en scène plus de 100 projets architecturaux qui contribuent à la définition d’un avenir plus durable. À découvrir jusqu’au 6 octobre 2014.

Le pavillon d’accueil de Wakan, dans le parc national de Pamir (Afghanistan). Copyright : Afir Architects

Le pavillon d’accueil de Wakan, dans le parc national de Pamir (Afghanistan).
Copyright : Afir Architects

Une « exposition-manifeste sur l’avenir du monde habité ». Voilà en quels termes Marie-Hélène Contal, directrice adjointe de l’Institut français de l’Architecture définit l’exposition « Réenchanter le monde », à découvrir jusqu’au 6 octobre 2014 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine.

L’exposition s’appuie sur le savoir-faire et la vision du monde des 40 lauréats du Global Award for Sustainable Architecture. Créé en 2007 par l’allemande Jana Revedin, ce prix récompense chaque année cinq architectes qui proposent des voies nouvelles et des contre-modèles à la pratique même de l’architecture. Loin de promouvoir les standards du développement durable dans son acception classique, ces défricheurs conçoivent leur métier comme un art de résistance permettant de construire le monde qui vient, au lieu de le subir. La preuve : la moitié d’entre eux déploient leur expertise dans les pays émergents, un tiers travaille exclusivement dans le secteur non marchand, et 18% ont déjà créé une fondation ou une ONG pour développer leurs projets.

La démarche des lauréats du Global Award – et, par extension, celle des architectes qu’ils ont choisi de présenter dans cette exposition – consiste à remettre en question les grandes transitions de notre monde contemporain, qu’il s’agisse de l’urbanisation, de la croissance démographique ou de la crise écologique. « Un architecte n’est contemporain que s’il affronte ces réalités, met en cause les programmes, les modes de production et de décision que nous avons hérité de l’ordre industriel moderne », peut-on lire en guise d’introduction sur le premier mur de l’expo. Une manière, en somme, d’interroger le progrès à travers une architecture « en mouvement, complexe, foisonnante », permettant de créer, sur les cinq continents, « des fragments du monde, tel qu’il pourrait être. »

La réhabilitation de la savonnerie Heymans (Belgique, 2011)

L’agence d’architecture MDW a transformé les restes de la savonnerie Heymans en une véritable « petite ville », abritant 42 logements sociaux, une grande cour, un square et même un jardin d’enfants. C’est l’une des réalisations européennes les plus emblématiques en matière de réhabilitation de friches industrielles. Les architectes sont parvenus à introduire du « neuf » dans l’espace déjà existant pour le rendre plus résistant, et ce sans trahir l’identité architecturale d’origine. Par exemple, l’air du parking est extrait par la vieille cheminée d’usine, et le mur d’enceinte du site a simplement été abaissé pour permettre un ensoleillement optimal des logements.

La savonnerie Heymans de Bruxelles, transformée en un ensemble de 42 logements sociaux par les architectes de MDW. Copyright : Filip Dujardin

La savonnerie Heymans de Bruxelles, transformée en un ensemble de 42 logements sociaux par les architectes de MDW. Copyright : Filip Dujardin

L’orphelinat Safe Haven (Thaïlande, 2009)

L’architecture d’urgence répond, comme son nom l’indique, à des situations extrêmes, et donc à des processus particuliers. Le programme et le projet architectural sont notamment étudiés dans le même temps, directement sur le terrain. C’est ce qui s’est passé en Thaïlande pour l’agence norvégienne Tyin Tegnestue avec son projet d’orphelinat baptisé Safe Haven (« Le refuge »). Construit à Noh Bo pour les enfants des réfugiés birmans de l’ethnie karen, ce chantier a duré trois mois. S’il a pu aboutir aussi vite, c’est parce qu’il a mobilisé aussi bien des étudiants norvégiens en architecture de Trondheim que les réfugiés. Quarante petites maisons ont été bâties, dont six pavillons ayant une ossature en bois et des parois en bambou, tressées directement par les karens. « La nécessité d’économiser mène à une architecture plus soutenable, adaptée aux économies locales », peut-on lire sur le carton de présentation du projet.

Les pavillons en bois et bambou tressé de l’orphelinat Safe Haven, en Thaïlande. Copyright : Pasi Aalto

Les pavillons en bois et bambou tressé de l’orphelinat Safe Haven, en Thaïlande.
Copyright : Pasi Aalto

Construire ensemble – le Grand Ensemble à Tourcoing et Boulogne-sur-Mer (2009-2013)

Pour rompre avec la logique du logement social tel qu’il est conçu aujourd’hui, l’architecte Patrick Bouchain a conçu un laboratoire appelé « Construire ensemble – Le Grand Ensemble », dont les premières expériences ont été menées à Tourcoing et Boulogne-sur-Mer. Le principe : faire de l’architecture avec les habitants pour éviter que certains quartiers ne soient totalement rasés et reconstruits. Au lieu d’importer un énième projet d’écoquartier aseptisé, des maisons locatives sociales ont pu être aménagées, qui préservent le patrimoine architectural de la région. Cette opération de réhabilitation a coûté 480 euros/m2, quand une démolition et une reconstruction auraient coûté au moins 1400 euros/m2…

Construction et rénovation de 30 maisons en accession et location sociale à Tourcoing. Copyright : Cyrille Weiner

Construction et rénovation de 30 maisons en accession et location sociale à Tourcoing.
Copyright : Cyrille Weiner

La bibliothèque du collège de Gando (Burkina Faso, 2004)

Originaire du village de Gando, l’architecte burkinabé Diédibo Francis Kéré a « transformé la terre d’Afrique en matériau d’architecture. » Après avoir étudié les fondements de l’architecture bioclimatique à Berlin, il a créé une association et levé des fonds pour lui permettre de redessiner plusieurs bâtiments de son village natal (bibliothèque du collège, logement des professeurs, etc.). Sa priorité : valoriser les matériaux locaux, comme la terre rouge. Les bâtiments conçus par Kéré ont des murs en claustras et des toits ventilés en tôle avec d’importants débords pour protéger les murs de terre des pluies violentes.

Le logement des professeurs du village de Gando (Burkina Faso), construit en 2004. Copyright : Diébédo Francis Kéré

Le logement des professeurs du village de Gando (Burkina Faso), construit en 2004.
Copyright : Diébédo Francis Kéré

Porch House, la maison à Véranda (Texas, 2010)

Les architectes de l’agence Lake & Flato Architects entendent respecter « l’efficacité et la frugalité des structures et des matériaux vernaculaires, la clarté de leurs réponses aux conditions environnementales. » Ils ont donc imaginé des maisons préfabriquées en bois, qui s’inspirent dans leur disposition de l’aménagement d’un ranch. Sont pris notamment en compte l’orientation, le paysage et le sens des vents dominants. Une structure de base identique – couverte de panneaux photovoltaïques pour permettre un bilan à énergie zéro – est livrée à tous les clients qui souhaitent acquérir une Porch House. Ces derniers peuvent ensuite ajouter et personnaliser les autres pièces de la maison (l’auvent, la véranda, les abris, etc.).

Système de préfabrication ouvert pour la construction de maisons, conçu par Lake & Flato Architects. Copyright : Frank Ooms

Système de préfabrication ouvert pour la construction de maisons, conçu par Lake & Flato Architects. Copyright : Frank Ooms

Le campus de Xiangshan à Hangzhou (Chine, 2002-2013)

Wang Shu est dépité par la marche forcée vers la modernité entreprise par son pays, la Chine, à la fin des années 1970. Il regrette notamment qu’elle se traduise par la disparition rapide et violente de tout un patrimoine architectural : « La ville de Hangzhou a été détruite à 90% en trente ans », constate l’architecte. Pour renouer avec la tradition sans pour autant renoncer au progrès technique, il a décidé de travailler sur des « constructions cycliques » en briques et bois, des matériaux renouvelables à l’infini. Pour construire le campus étudiant de Xiangshan, il a réintroduit le wapan, un type de maçonnerie sèche qui permet de recycler les débris ramassés sur les chantiers. Un projet pensé comme « la fusion entre architecture moderne et tradition, entre architecture et nature, pour que l’homme soit heureux dans son milieu. »

Le campus de l’Académie des Beaux-Arts de Xiangshan (Hangzhou, Chine), conçu par Amateur Architecture Studio. Copyright : François Ged

Le campus de l’Académie des Beaux-Arts de Xiangshan (Hangzhou, Chine), conçu par Amateur Architecture Studio. Copyright : François Ged

Usbek & Rica

Réagissez sur le sujet

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiéeTous les Champs sont obligatoires

 

articles sur le même thème


Connexion
Inscription
  • Vous avez déjà un compte identifiez-vous
  • Mot de passe oublié ?
  • Vous n'avez pas de compte, créez le ici
  • * Champs obligatoires
  • Max 200ko / Min 100x100px
    choisir