Les randonneurs urbains, ces nouveaux acteurs de la métropole

1 Juin 2017

Ces dernières années, nos pratiques urbaines ont pris un goût de ruralité. Agriculture, siestes extérieures, développement des balades… Comme un besoin de retour à une temporalité plus mesurée, nos imaginaires et nos comportements n’opposent plus la ville et la campagne. Parmi ces pratiques émergentes, la randonnée.

Depuis 2010, les « Sentiers Métropolitains » développent des itinéraires de chemins dits de grande randonnée (GR®) en milieu périurbain. Le premier parcours voyait le jour 2013 avec l’ouverture du GR13 de Marseille. Aujourd’hui, le GR1, constitué autour de Paris il y a 70 ans, est en cours de réappropriation. Autour de Paris, d’autres associations comme le Voyage métropolitain proposent des randonnées découvertes. Pendant une ou deux journées, ils vous proposent de partir à la rencontre d’un nouveau territoire.

Entre banlieue et périphérique, la dimension aventurière et exploratrice de la pratique pourrait en faire douter plus d’un. Pourtant, les randonnées métropolitaines deviennent un véritable loisir, une bouffée d’air pour les citadins. Quels bénéfices peuvent-ils tirer de cette expérience ? Mais surtout quel intérêt avons-nous à valoriser cette nouvelle pratique urbaine ?

La marche et ses vertus exploratrices seraient alors à l’origine d’une réappropriation du territoire. A l’heure où nous sommes confrontés à des fractures territoriales et sociales importantes liées à une urbanisation rapide, la marche urbaine ne serait-elle pas le ciment d’une métropolisation réussie ?

La randonnée urbaine gagne du terrain à Paris.

Des randonneurs sur la Butte d’Orgemont (95) / © Marie Genel
Source : http://enlargeyourparis.blogs.liberation.fr/2017/04/22/la-ville-nouveau-terrain-de-jeu-des-randonneurs/

L’évolution de la pratique de la marche et ses vertus

Marcher, cela nous semble inné. Chaque jour, nous nous déplaçons. Un pied devant l’autre, puis nous recommençons. Naturellement. Nous en oublions même qu’il a fallu un jour apprendre à marcher. Marcher relève de l’identité humaine. Un jour, l’être humain a décidé de se lever et de se déplacer autrement. La marche fait donc parti d’un processus de civilisation.

Avec le temps, la marche devient une pratique sociale. C’est au cours du 19ème siècle que la pratique de la randonnée voit le jour. La marche devient un loisir, pratique d’une élite. C’est un moment d’oisiveté et de découverte, souvent collectif, qui sort de notre cadre quotidien. Au cours de ce siècle, la marche devient également urbaine. L’aménagement de Paris en particulier répond à cette pratique. On crée des balades urbaines et l’art de flâner se développe. Sur les grandes allées, on met en scène des paysages urbains propices au développement d’un art de flâner. « Errer est humain, flâner est parisien » disait Victor Hugo dans Les Misérables. Une affirmation qui révèle également la valeur élitiste de cette pratique, car associée à une capacité sensible d’apprécier l’expression artistique de son environnement.

Le film Midnight in Paris valorise la flânerie dans Paris.

Une scène du film Midnight in Paris. Source : http://www.cheatsheet.com/entertainment/10-amazing-locations-from-midnight-in-paris.html/?a=viewall

La marche a des vertus thérapeutiques et introspectives qui induisent une forme de lâcher prise. En marchant, nous nous laissons surprendre. Nous accueillons l’expérience et nous sommes prêts à regarder autrement notre environnement dans un but exploratoire. Elle inspire et induit une forme d’introspection chez le marcheur. L’écrivain Louis-Sébastien Mercier, auteur des Tableaux de Paris, revendique le lien entre sa capacité d’écriture et sa pratique de la marche. L’artiste parisien, dans l’imaginaire collectif, est celui qui visite la ville, qui découvre, qui se laisse aller au détour des rues, prêt à vivre chaque aventure qui s’offre à lui.

« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux. », écrivait Marcel Proust dans A la recherche du temps perdu.

Depuis quelques temps, la pratique de la randonnée urbaine émerge. Sur internet, plusieurs organisations proposent des itinéraires à réaliser seuls, ou en groupes, en ville. A Bordeaux par exemple, des refuges ont même été mis en place à destination de ces randonneurs.

De plus en plus, ces pratiques se révèlent être de véritables voyages. Elles immergent leurs adeptes en les engageant pour au moins une journée. Partis à l’assaut d’une nouvelle aventure, c’est l’état d’esprit du participant qui lui permet de regarder ce territoire autrement et de découvrir.

 

Marcher en ville répond à un besoin de nature en ville.

Les moutons de l’association Clinamen au parc de La Courneuve (93) / © Pierre-Yves Brunaud – Picturetank

Depuis 2010, l’association Sentiers Métropolitain redonne une seconde jeunesse aux GR périurbains. Cela a commencé avec le GR13, qui parcourt l’aire métropolitaine marseillaise. Depuis 2014, un chemin balisé entre nature et ville a également été renseigné autour de New-York. D’ici peu, la capitale française devrait pouvoir offrir la même balade avec la réouverture du GR1. Ces randonnées peuvent donc se faire en totale autonomie, aussi bien qu’en groupes organisés.

D’autres associations, comme le Voyage Métropolitain, proposent de véritables excursions. Depuis 2014, des marches urbaines, collectives et exploratoires sont organisées à travers l’Île-de-France. Chose surprenante, les voyages s’effectuent parfois sur deux jours et offrent donc une nuit sous la tente. Des randonnées dépaysantes, qui se vivent à plusieurs.

Ces pratiques s’inscrivent dans une dynamique générale d’un besoin de retour à l’expérience et de retour à l’émerveillement. En effectuant ces balades, les marcheurs répondent à un besoin de reconnexion à la nature en particulier et à un besoin de conquête de leur territoire en général. La marche est aussi une découverte collective qui, par les émotions qu’elle délivre, permet le partage. L’occasion pour chacun de vivre une expérience hors du commun, près de chez soi.

 

La marche ou comment répondre aux défis de la métropolisation à venir ?

Pour ces associations organisatrices, les vertus actuelles de la randonnée urbaine sont bien plus larges que le simple fait de se ressourcer collectivement autour de ce besoin d’expérience.

En 2014, Wael Sghaier, originaire de Seine-Saint-Denis, partait à la découverte de sa région. De cette expérience « au coin de la rue » est né le reportage « Mon Incroyable 93 ». A travers celui-ci, nous partons à la rencontre des habitants et de différentes activités locales. Un voyage dépaysant, qui a également permis de redonner de la valeur à ce territoire en dévoilant ses potentiels et en dépassant les a priori qui lui sont associés.

Dans cette vertu de revalorisation territoriale que possède la marche, Enlarge your Paris, A Travers Paris et le Voyage Métropolitain se sont associés pour un Tour d’Horizon(s). En septembre dernier, ils rassemblaient près de 700 marcheurs pour un relais de 48h non-stop autour de Paris sur 120 km. Pour valoriser cette expérience, les organisateurs ont alors fait appel à des photographes. Le récit de l’aventure, nommé « Walk in Progress », est exposé actuellement à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme d’Île-de-France.

Ces balades sur plusieurs villes permettent alors de créer un fil rouge entre la diversité des territoires, des paysages et des identités. La redécouverte de ces espaces permet à la fois d’établir un échange entre les participants, mais aussi de recréer un sentiment de fierté et d’appartenance chez ces voyageurs. D’abord vues comme une nouvelle forme de tourisme, la dimension exploratoire et l’émerveillement qui découle de ces excursions permettent de changer la perception d’un territoire.

Dans une vision plus pragmatique, marcher la métropole permet également d’en tester les aménagements. Au cours de leurs parcours, les randonneurs rencontrent des passages à risque. Si cela peut faire partie de l’aventure, cela les pousse en même temps à se questionner sur la viabilité des aménagements du quotidien. La ville est-elle toujours adaptée à nos usages ? Les aménagements urbains sécurisent-ils toujours leurs piétons ?

En ville, la randonnée a de beaux jours devant elle.

Source : http://enlargeyourparis.blogs.liberation.fr/2016/10/02/grand-paris-pied/
Crédits associés : © Line Francillon

La randonnée urbaine, c’est un moyen de rendre ses habitants acteurs en visitant, explorant, s’appropriant et testant le territoire le temps d’une journée ou plus. Le voyage est un outil de questionnements, de compréhension, d’analyse de l’espace. Par la dimension collective, cette excursion permet ensuite de discuter son ressenti et son analyse afin de se forger une opinion sur ce territoire et son fonctionnement. A travers la marche, les habitants constituent leur expertise du territoire. Une forme d’empowerment qui leur permet par la suite de vouloir prendre part à la constitution de ce territoire, tout en maîtrisant certains enjeux. La marche constitue un média vecteur d’expérience et, à ce titre, de connaissance. Cela laisse augurer le développement d’un usage plus riche et étendu des périphéries urbaines par ses habitants.

Ces dimensions sont à prendre en compte dans un contexte encore récent de métropolisation de nos aires urbaines. En effet, la métropole du Grand Paris n’a pas encore fêté ses deux ans.

L’inclusion d’une expertise d’usage, ainsi que le renforcement des coutures territoriales sont deux enjeux pour la ville de demain. Par l’appropriation et les échanges qu’elle sous-tend, la randonnée contribue à la constitution d’un cadre d’échange et d’expression sur un territoire métropolitain. Les habitants, trop souvent écartés des processus de décision des aménageurs, deviennent ainsi acteurs grâce à la constitution d’une expertise.

 

Lumières de la Ville

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