Quelle place pour l’intimité en ville ?

30 Mai 2016

La ville durable est une ville dense. A trop vouloir suivre ce précepte, la proximité est devenue le maître mot de la conception de nos villes. Et cette proximité se ressent aussi bien à l’échelle de l’habitat (où l’on partage de plus en plus de biens, d’espaces et de services avec nos chers voisins) que dans l’espace public où l’on a tendance à vivre les uns sur les autres. La frontalité des bâtiments peut elle aussi entraîner un point de vue direct sur les espaces de vie privés des personnes qui habitent en face, créant soit une réaction de défense, et donc de camouflage, soit une réaction démonstrative, liant vie privée et vie publique. La frontière immédiate entre l’habitat intime, les parties communes collectives et l’espace urbain, peut donc être floue, et l’on peut donc se poser cette question : quelle place pour l’intimité en ville ?

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Quelle place pour l’intimité en ville ? © Hugues Louradour

Quand trop de partage tue le partage

Intimité et espace public, voilà deux notions qui a priori semblent antinomiques. Car l’espace public, qui appartenant à tous au final n’appartient à personne, est le lieu où s’exerce le partage. Entre espace de flux et de rencontres, la cohabitation y est obligatoire. Pourtant, à trop vouloir se forcer à partager avec nos concitoyens, on en vient à réclamer des moments d’intimité, y compris dans l’espace public. En témoigne, par exemple, les nombreux individus qui, scotchés à leur smartphone ou ayant les écouteurs vissés dans les oreilles dans la rue ou les transports en commun, cherchent à créer autour d’eux une bulle d’intimité. Le message est alors clair : merci de ne pas m’aborder et de me laisser seul. Les transports en commun symbolisent à eux seuls ce besoin de davantage d’intimité : qui n’a jamais rêvé, coincé sous l’aisselle du voisin dans un métro bondé de se retrouver, l’espace d’un instant, seul, loin de la foule ? Mais ce malaise urbain doit-il pour autant signifier la fin de l’espace partagé ?

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Pour contrer le manque d’intimité créé par la haute fréquentation de la High Line (New York), les habitants fourmillent d’idées créatives (ici un sticker collé à la fenêtre) © abakedcreation

S’approprier la rue : quand l’intimité déborde sur l’espace public

Aujourd’hui, l’espace public invite à de nouvelles formes de partages, non plus subies mais voulues. Et cela fait toute la différence ! Le phénomène d’appropriation de l’espace public, ou de hacking urbain, permet donc à l’usager d’avoir le choix : est-ce que je veux partager un moment d’intimité et m’ouvrir à la rencontre, ou pas ? Par exemple, le projet « Mon jardin dans ma rue » propose aux riverains d’habiller les potelets disgracieux qui ornent nos trottoirs grâce à des pots de fleurs connectés. Selon les concepteurs, derrière la simple idée de végétaliser la rue, l’idée est également d’inviter à « vivre des moments agréables entre voisins ». D’autres fois, cette invitation à l’échange peut être organisée par la collectivité. C’est le cas, par exemple, à Nantes où, sur les bords de Loire, on peut trouver des tables et barbecues en libre-service où, les soirs d’été, les riverains accourent pour passer un bon moment autour d’une grillade.

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Mon jardin dans ma rue : une initiative pour amener à la rencontre et à l’échange dans l’espace public © Mon jardin dans ma rue

Vers des formes d’intimité urbaine

Au-delà de ces nouvelles formes de partage choisies, l’espace public peut-il aussi être le lieu pour une nouvelle forme d’intimité urbaine ? C’est en tout cas ce que croient certains designers qui cherchent à redonner une place au singulier dans le collectif. Cela peut passer, par exemple, par le mobilier urbain. C’est ce qu’ont proposé Alix Charrier et Claire Camisoli, étudiantes à l’École de design Nantes Atlantique promotion 2013 avec le projet Entracte urbain, un aménagement de l’espace public qui prend en compte les activités solo et collectives. C’est en s’inspirant des formes de la courbe et de la contre-courbe que les deux jeunes filles ont imaginé un espace où l’on pourrait à la fois avoir des espaces de rencontres (courbe) et des formes d’intimité (contre-courbe).

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Avec le projet Entracte urbain, Alix Charrier et Claire Camisoli jouent sur les formes du mobilier urbain pour créer davantage d’intimité © Alix Charrier et Claire Camisoli

Ce besoin d’intimité se fait encore davantage ressentir la nuit, comme l’a constaté Hugues Louradour, étudiant en deuxième année de cycle master Ville Durable à l’École de design Nantes Atlantique. Ce dernier a souhaité pour son Projet de Fin d’Études créer un itinéraire urbain nocturne grâce à des projecteurs connectés, intitulés Héméra. Ainsi, le passant qui déambulerait la nuit dans un quartier pourrait trouver projetées au sol des informations telles que : les activités et services proposés aux alentours, les horaires des transports en commun ou encore des informations liées à l’orientation. Une façon d’apporter un sentiment de sécurité, propice à l’intimité, sans être sécuritaire et d’inviter à la déambulation sans tomber dans l’errance.

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Avec le projet Héméra, Hugues Louradour s’intéresse à la notion d’intimité dans la ville nocturne © Hugues Louradour

L'École de design Nantes Atlantique

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