Portrait sportif d’une métropole

1 Août 2014

L’exposition « Sports, portrait d’une métropole », à découvrir jusqu’au 31 août 2014 au Pavillon de l’Arsenal, à Paris, retrace l’histoire de la capitale à travers celle de ses enceintes et de ses pratiques sportives.

Des amateurs de BMX s’entraînent sur les bords de la Seine. Copyright : Jacques Leroy / Mairie de Paris

Des amateurs de BMX s’entraînent sur les bords de la Seine.
Copyright : Jacques Leroy / Mairie de Paris

Il suffit de mettre un pied dehors pour s’en rendre compte : depuis quelques années, le sport a colonisé la rue. Des joggeurs aux skateurs en passant par les adeptes de la marche nordique et du parkour, les citadins ont fait de la pratique sportive leur loisir de plein air favori. Fini le temps où il fallait forcément aller au stade ou s’enfermer dans des salles moites pour suer. Au XXIe siècle, le sport s’est échappé des enceintes qui lui ont longtemps été dédiés – et qui avaient tendance à le sanctuariser – pour devenir un phénomène proprement urbain. Une dimension que les designers et les architectes ont désormais bien intégré.

Le sport comme laboratoire

À l’aune de cette visibilité nouvelle du sport en ville, l’exposition proposée cet été par le Pavillon de l’Arsenal prend toute sa valeur. Commissaire de l’exposition, Thierry Mandoul, du cabinet NP2F, a choisi de retracer en images l’histoire sportive de la capitale et, plus largement, de l’Ile-de-France, pour mieux comprendre les mutations de l’espace urbain. « Le sport est un laboratoire privilégié pour réfléchir aux évolutions de la ville contemporaine », écrit Thierry Mandoul, pour qui la pratique sportive est un « outil de création urbaine », de par « sa capacité à organiser et mettre en avant des situations où l’espace produit est à la fois un vecteur d’usages et une fin en soi. »

À travers plus d’une centaine de films, de plans et de photographies, l’exposition se présente comme une balade historique à la découverte de l’âme sportive de la capitale, « du Grand Palais au Grand Paris ». Une approche d’autant plus originale que la capitale française est, d’ordinaire, rarement saluée pour être une ville sport friendly.

Un playground éphémère a été installé durant l’été 2014 devant le Pavillon de l’Arsenal. Copyright : Antoine Espinasseau

Un playground éphémère a été installé durant l’été 2014 devant le Pavillon de l’Arsenal. Copyright : Antoine Espinasseau

Des hippodromes aux skateparks

L’histoire du sport à Paris démarre au milieu du XIXe siècle, avec la construction des premiers stades, gymnases et piscines. Vient ensuite le temps des hippodromes et des vélodromes, très prisés à la fin du siècle. L’épreuve des « Six jours du Vélodrome d’hiver » est alors l’attraction la plus populaire de la capitale, réunissant dans une même enceinte toutes les classes sociales. Mais il faut attendre les Trente Glorieuses pour que la pratique sportive s’impose dans les mœurs des parisiens. À l’époque, la France se lance dans l’ouverture de 1000 clubs de jeunes et la construction de 1000 piscines ainsi que de nombreux complexes sportifs évolutifs couverts (COSEC). En 1975 naît aussi l’Insep, un centre de formation sportif planté en plein cœur du bois de Vincennes. Dans les années 1980, de nouveaux types d’espaces sportifs sont construits, ici appelés « microcosmes ». Milieux fermés, à l’image des playgrounds de basket aménagés entre les stations de métro Dupleix et Bir-Hakeim ils « constituent une multitude de petits mondes intégrés dans la ville, avec laquelle ils entretiennent un rapport physique et sensoriel. »

Partie de hockey sur patins à roulettes dans le Marais, en 1941. Copyright : NC

Partie de hockey sur patins à roulettes dans le Marais, en 1941. Copyright : NC

Invention d’une ville mixte

Si l’exposition revient en images sur l’histoire de enceintes les plus fameuses de Paris et sa banlieue (Parc des Princes, Roland-Garros, Stade de France, etc.), son grand mérite est de nous faire (re)découvrir des projets trop vite oubliés, dont certains ne manquaient pourtant pas de panache. C’est le cas, par exemple, du projet de Grand Stade (100 000 places) imaginé en 1936 par Le Corbusier. Censé prendre place dans le Bois de Vincennes, cette arène en demi-cercle était creusée dans le sol, telle une mine à ciel ouvert… Il fallait oser ! Autre enceinte improbable, celle conçue par Bernard Tschumi suite à l’appel à projets lancé en 1989 pour la construction de la Bibliothèque Nationale de France (BNF). L’architecte franco-suisse souhaitait combiner l’espace culturel avec… une piste d’athlétisme. Un « évènement architectural » qui n’a jamais vu le jour, puisque le lauréat du concours fut finalement Dominique Perrault… L’idée de Tschumi n’était pourtant pas nouvelle. En 1893 déjà, Emile Bernard avait aménagé rue de Trévise un complexe avec une piste, un gymnase, une piscine, un théâtre, une bibliothèque et des services sociaux et médicaux…

Si l’on a cherché à l’intégrer au paysage urbain, le sport a su aussi apposer son empreinte sur la ville. La preuve avec ces logements en forme de gradins, à la mode dans les années 1970-1980, ou avec l’aménagement de courts de tennis sur les toitures, qui contribuent à « l’invention d’une ville mixte ».

En laissant les images parler d’elles-mêmes sans imposer de lecture trop théorique, l’exposition « Sports, portrait d’une métropole » réussit à retracer une histoire de la capitale sous un angle original, même si l’absence de vision prospective laisse un peu le visiteur sur sa faim. « Le sport à Paris en 2030 » : voilà un bon sujet d’exposition pour l’année prochaine !

Partie de bike polo au pied du Palais de Tokyo (Paris XVIe). Copyright : Kevin Walsh

Partie de bike polo au pied du Palais de Tokyo (Paris XVIe).
Copyright : Kevin Walsh

Sport en Ile-de-France : les chiffres clés

  • 28 000 équipements sportifs recensés dans toute la région (dont 2 688 à Paris)
  • 459 : nombre de courts de tennis à Paris
  • 126 hectares : espace occupé par les équipements sportifs autour du périphérique, soit 95% de l’offre d’activités sportives en plein air à Paris.
  • 100 000 emplois liés au sport en Ile-de-France
  • 2,3 millions de licenciés, soit 20 licenciés pour 100 habitants
  • 62% des Franciliens âgés de 15 ans et plus font du sport au moins une fois par semaine
Usbek & Rica

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