La portière hollandaise, quand les mobilités s’apaisent

24 Oct 2016

Connaissez-vous la technique de la portière hollandaise ? Si ce n’est pas le cas, alors vous êtes comme la majorité d’entre nous – et la majorité des non-Hollandais, à vrai dire -, qui avons découvert cette expression au détour d’une vidéo publiée il y a peu, et largement relayée sur les réseaux sociaux. Cette technique, baptisée « Dutch Reach » dans ladite vidéo, gagne pourtant à être connue : elle contribue en effet à réduire l’accidentologie des cyclistes en villes… Un enjeu de premier plan, si l’on veut démocratiser l’essor des mobilités douces et donc apaiser nos rues !

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Crédits : “trafic” – cc Sheila Tostes

L’art hollandais d’ouvrir sa portière

Mais commençons par le commencement : qu’est-ce que la « Dutch Reach », exactement ? Derrière ce nom de baptême un peu cryptique se cache en réalité une astuce particulièrement simple, mais pas simpliste pour autant : au lieu d’ouvrir la portière d’une voiture de la main gauche, comme il est de coutume dans la majorité des pays du monde, le conducteur hollandais est invité à l’ouvrir à l’aide de la main droite. Ce faisant, il force son corps à se tourner dans la direction de la route, lui permettant le cas échéant de voir arriver un cycliste… et ainsi de lui éviter de percuter ladite portière. Pour mieux comprendre ce geste aussi basique qu’efficace, rien ne vaut une vidéo :

Image de prévisualisation YouTube

Pour qui a déjà fait du vélo dans une métropole peu aimable à l’égard des cyclistes, le geste est plus que salutaire. Selon la vidéo, le geste serait enseigné dans une majorité d’auto-écoles néerlandaises, mais aussi de Suède, du Danemark ou d’Allemagne selon divers internautes l’ayant commentée. Mais après tout, peu importe qu’il s’agisse ou non d’un mouvement proprement hollandais : l’important réside ici dans son efficacité en matière de réduction des risques, mais aussi dans la symbolique qu’il transmet…

Le sens des responsabilités

En effet, ce simple geste porte en lui un changement de mentalité non négligeable, que l’on pourrait résumer au message suivant : ce n’est plus au seul cycliste de faire attention à ce qui se trouve devant lui (et cela est particulièrement difficile dans le cas d’une portière s’ouvrant sans qu’on ne puisse vraiment l’anticiper), mais aussi au conducteur dont on sait très bien qu’il oubliera de regarder le rétroviseur s’il est distrait ou trop pressé. Autrement dit, l’automobiliste reste responsable de la sécurité des usagers qui l’entourent, même quand sa voiture est à l’arrêt, et qu’il n’est donc plus à proprement parler un « conducteur »…

Sur le papier, bien sûr, cela relève de l’évidence. Dans la réalité, toutefois, le constat est plus nuancé. On le sait, la culture automobile s’est aussi construite dans une culture de supériorité à l’égard des autres modes, et nombreux sont les automobilistes à oublier qu’ils partagent la rue avec d’autres usagers. Evidemment, il ne s’agit pas ici de faire de l’automobiliste le « bouc émissaire de la sécurité routière », comme se plaisent à le dire certains lobbyistes du secteur, mais simplement de rappeler une logique de fait : en matière d’accidentologie, voitures et modes doux ne jouent pas à armes égales !

Dans l’habitacle d’une voiture, un automobiliste prendra toujours moins de risques qu’un piéton, un cycliste, un skateur ou un usager sur hoverboard et autres modes bizarroïdes. Dans ce contexte, la technique de la portière hollandaise vient rappeler l’automobiliste à ses responsabilités vis-à-vis des autres modes… sans pour autant déresponsabiliser les autres usagers, qui devront quand même garder l’œil ouvert pour éviter de se prendre une portière.

Enfin, la ville apaisée ?

En réalité, ce débat sur le partage des responsabilités entre véhicules et modes doux n’a rien de vraiment nouveau, et le fait que l’on « découvre » en 2016 cette technique vieille de plusieurs années en dit long sur la prégnance de nos habitudes en termes de sécurité routière. Pourtant, l’heure n’est plus aux tâtonnements en la matière. Au fur et à mesure que le vélo se démocratise dans les villes du monde, les frictions entre cyclistes et automobilistes se multiplient. Les derniers reprochent aux premiers leur imprudence, quand bien même les études montrent que celle-ci est moins en cause que le manque d’attention des conducteurs eux-mêmes.

Dès lors, tout miser sur une culpabilisation des cyclistes (qui seraient jugés trop peu soucieux du code de la route), et faire reposer sur leurs épaules la majorité des injonctions à faire attention, se révèle un dangereux contresens. On pensera par exemple au récurrent débat relatif à l’obligation du port du casque pour les cyclistes, véritable fausse bonne idée de la sécurité routière. Malgré la progression du vélo, il semble encore nécessaire de rappeler qu’un cycliste dans la rue est un citadin particulièrement vulnérable, quand bien même il aurait sa part de responsabilités dans certaines prises de risque. Pour ce faire, il ne faut pas cesser de rappeler aux conducteurs le danger qu’ils peuvent représenter, même à travers une innocente ouverture de portière.

Les campagnes de communication habituelles, aussi réussies soient-elles parfois, n’ont qu’un effet limité sur les comportements. En réalité, quoi de plus efficace que d’inscrire ce changement de comportement dans les gestuelles les plus basiques, celles qui sont répétées chaque jour et qui gravent dans le marbre un nouveau partage des responsabilités dans la ville ? C’est ce que propose la « Dutch reach », et il n’y a qu’à voir les succès du vélo néerlandais pour se convaincre de sa potentielle efficacité. Voilà un geste qui ne coûte littéralement rien à personne, et qui pourrait contribuer à apaiser durablement nos voiries en l’absence de pistes cyclables. Dès lors, pourquoi ne pas diffuser le message auprès des futurs conducteurs ?

 

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