Personne ne plaide pour des villes mortes !

4 Juil 2013

Longtemps négligé, le bruit commence à être reconnu comme une forme de pollution dont souffrent tous les citadins ou presque. Présidente de l’observatoire du bruit en Ile-de-France (Bruitparif), Julie Nouvion, élue Europe Écologie Les Verts (EELV), donne quelques pistes pour lutter contre ce phénomène.

Ville silencieuse

La pollution sonore, dont souffre un grand nombre de citadins, renforce le stress et l’incapacité à se concentrer sur ses tâches, au travail comme à l’école. DR

Pour les uns, c’est le marteau piqueur du chantier d’en face. Pour les autres, c’est la tondeuse à gazon ou la guitare électrique du voisin. Pour d’autres encore, le problème vient surtout du décollage des avions ou des klaxons des automobilistes. En ville, les sources de pollution sonore sont multiples. À tel point qu’à la question « Une ville sans bruit fait-elle rêver ? », posée sur le site de débat Newsring, près de deux tiers (64%) des internautes répondent par l’affirmative. Longtemps ignoré par les municipalités et les associations citoyennes et énvironnementales, la pollution sonore tend à devenir un enjeu urbain de premier ordre, tant en matière de vivre ensemble que sur le plan sanitaire. D’après une étude de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) réalisée en 2011 dans les pays de l’Union européenne, le bruit n’est pas seulement une source de stress, mais bel et bien un facteur de réduction de l’espérance de vie. En Europe de l’ouest, le trafic routier et aérien nous ferait perdre, chaque année, près d’un million « d’années-santé ». Des chercheurs suisses sont même parvenus à la conclusion que la population de leur pays perd, en cumulé, 330 années de vie par an à cause de la pollution sonore…

Des chiffres vertigineux, qui poussent les municipalités à se mobiliser pour limiter les décibels. Aménagement de « quartiers verts », promotion des transports doux, installation de revêtements absorbant le bruit sur les chaussées… Les villes testent toutes sortes de solutions. Après avoir trop longtemps subi sans broncher le bruit qui les énerve et les épuise au quotidien, les citadins se mobilisent également pour contribuer à façonner une ville plus calme, et donc plus agréable à vivre. Alors, la ville du futur sera-t-elle silencieuse ? Pas sûr, d’après Julie Nouvion, l’élue verte qui préside Bruitparif, un organisme créé en 2004 pour mesurer la pollution sonore en Île-de-France et sensibiliser les franciliens à cet enjeu.

Quelles sont les principales sources de pollution sonore en ville ?

Les citadins se plaignent surtout des bruits liés aux transports, en particulier ceux qu’entraîne le trafic automobile. Les zones aéroportuaires de Roissy et Orly constituent également deux gros points noirs, avec des habitants qui souffrent encore du passage des avions. La pollution sonore – au même titre d’ailleurs que la pollution de l’air – est un enjeu sanitaire : les personnes qui souffrent de troubles du sommeil sont plus stressées, elles ont des difficultés à se concentrer. On remarque également une plus grande occurrence des troubles cardio-vasculaires chez ces populations exposées au bruit : le fait de se réveiller à plusieurs reprises durant la nuit a tendance à troubler et augmenter leur rythme cardiaque. Et, logiquement, les personnes qui souffrent le plus de la pollution sonore sont aussi celles qui prennent le plus d’antidépresseurs ; c’est un cercle vicieux.

Comment lutter contre la pollution sonore à l’échelle d’une ville ?

Réduire la place de l’automobile est un axe prioritaire, notamment à travers la réduction de la vitesse de circulation. Les municipalités peuvent aussi apporter des réponses plus globales en favorisant les circuits courts, pour limiter le transport de marchandises. Cela permet, par exemple, de réduire la fréquentation de l’espace urbain par des camions de livraison.

Développer la circulation souterraine est également une piste souvent avancée. La couverture du périphérique parisien est-elle toujours d’actualité ?

L’idée est bonne, mais le projet coûte tellement cher que je ne pense pas qu’il soit un jour mis en oeuvre. On peut déjà agir sur la source du bruit, c’est-à-dire le revêtement des routes. Dans le cadre de Bruitparif, nous avons expérimenté un nouveau type de revêtement sur le périphérique parisien, au niveau de la Porte de Vincennes, qui a permis de réduire le bruit du trafic de 6 ou 7 décibels. Il faut agir ensuite sur la propagation de ce bruit en réduisant le nombre et la vitesse des véhicules, notamment en instaurant des restrictions de circulation pour les poids lourds.

Paradoxalement, une ville plus silencieuse ne serait-elle pas plus dangereuse ? Finalement, les klaxons ou les moteurs de voitures constituent des repères sonores pour beaucoup de citadins…

La voiture électrique a beau progresser, je reste assez sceptique quant à la capacité de la seule technologie à répondre aux enjeux environnementaux. Quand j’étais petite, on promettait déjà des voitures non polluantes, et elles ne sont toujours pas là… Historiquement, la ville a toujours été un espace bruyant. Et puis, personne ne plaide pour des villes mortes ! Dans le cadre d’une directive européenne (2002/49/CE), la France doit établir des plans de prévention du bruit dans l’environnement (PPBE) – elle est d’ailleurs très en retard sur le sujet. Il s’agit d’identifier les zones de bruit mais aussi les « zones calmes ». Mieux appréhender ces poumons de verdure et de tranquilité dans la ville, et permettre aux citadins d’en profiter, est une priorité. Les villes de demain seront sûrement plus calmes, mois bruyantes, mais pas totalement silencieuses pour autant.

Usbek & Rica

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