Paris-Londres : vers une super métropole européenne ?

26 Mar 2018

Et si les deux voisines n’étaient plus rivales ? Alors que Paris et Londres font leur mutation vers le Grand Paris et le Grand Londres, l’idée d’une super métropole fusionnant les deux capitales européennes fait son chemin. Les synergies existent, certains partenariats sont déjà établis, mais où en est la volonté politique ? À l’heure du Brexit, de la crise migratoire, mais aussi du monde galopant de l’innovation et des doubles diplômes, il semble qu’un développement coordonné permettrait de rendre les deux villes plus résilientes.

Successivement alliées et concurrentes, il existe peu de littérature sur une éventuelle super-métropole “parisiano-londonnienne”. De fait, l’entité géographique et politique la plus évidente a longtemps été l’Union européenne. À cela s’ajoute une rivalité séculaire et une frontière naturelle, qui ont sûrement empêché la création d’un imaginaire commun aux deux villes.

Panneau de signalisation de pistes cyclables

L’Avenue Verte est un programme développant les pistes cyclables entre Paris et Londres pour sensibiliser aux mobilités douces et encourager le tourisme. Crédit : Wikipédia

Comme chien et chat

Retenues par le British Cabinet comme les deux meilleures villes au monde pour étudier, Paris et Londres laissent en grande partie aux universités le soin d’établir des partenariats. Alors que quatre universités londoniennes sont dans le classement des dix meilleures universités au monde et génèrent ainsi une forte attractivité en termes académiques, Paris attire chaque année 60.000 élèves étrangers grâce à ses frais de scolarité peu élevés et sa qualité de vie. Chaque année, 13.000 élèves français vont à Londres, et 10.000 élèves anglais vont à Paris, grâce notamment aux accords entre grandes écoles. L’ESCP a un campus londonien, Sciences Po propose plusieurs doubles diplômes (avec UCL, LSE et King’s College) et Dauphine offre la possibilité de faire un Bachelor à Londres. Aux côtés de ces accords d’élite, aucun partenariat majeur entre les deux villes ne semble se profiler, ce qui laisse à penser que la compétition est encore de mise.

Sur le plan politique, la question migratoire est encore plus épineuse. En vertu des accords du Touquet de 2003, le Royaume-Uni peut exercer ses contrôles aux frontières depuis la France, ce qui la met en position de « bras policier de la politique migratoire britannique » selon la Commission nationale consultative des droits de l’Homme. Cette coopération inégale avait été dénoncée par Emmanuel Macron en 2016 : trois mois avant le vote du Brexit, alors qu’il était encore ministre, il avait averti que « les migrants ne seraient plus à Calais » si le Royaume-Uni sortait de l’Union Européenne. Aujourd’hui, alors que Theresa May est affaiblie par le Brexit, le président n’envisage plus une révision complète mais une renégociation de ces accords hautement sensibles.

Rangée de bus à impériale devant le lycée français Charles de Gaulle à Londres

Rangée de bus à impériale devant le lycée français Charles de Gaulle à Londres, le plus prisé du réseau des lycées français. Crédit : Michiel Jelijs

Le boost Eurostar

S’il cristallise une partie des tensions migratoires, l’Eurostar a le mérite d’avoir rapproché les deux capitales à deux heures de train l’une de l’autre. Grâce au tunnel sous la Manche la barrière naturelle et symbolique entre les deux villes est brisée. Avec 10 millions de passagers en 2016, l’Eurostar noue des liens économiques et culturels de profondeur. Initialement sous la gouvernance publique de British Rail et la SNCF, l’entreprise bilatérale a vu son pendant britannique être progressivement privatisé à la fin de la décennie 1990. Aujourd’hui, elle témoigne d’une coopération publique-privée efficace entre les deux pays. Face à deux villes assez spécialisées, le train a su dynamiser leurs complémentarités.

Eurostar a notamment été initiateur de programmes touristiques en lançant « Culture Connect » en 2010 incluant également Bruxelles. Sur présentation d’un billet de train, un billet d’entrée à une exposition vaut pour deux entrées, pendant 5 jours et dans un réseau de plusieurs musées. Le quartier de King’s Cross – anciennement victime de retards sociaux et urbains importants – a pu opérer une complète transformation. Il est désormais moderne, bien desservi, prisé par les cadres et l’on peut y trouver une bonne baguette sans trop d’efforts.

Les travaux en cours pour optimiser la mobilité dans le Grand Londres et le Grand Paris renforceront l’entremêlement des deux territoires. En effet, la métropole londonienne est aujourd’hui bien plus diffuse et étalée que sa voisine dont le centre est deux fois plus densément peuplé. Elle repose sur un grand réseau de bus qui relient les banlieues entre elles, contrairement à Paris qui favorise une connexion forte avec le centre grâce au RER. Les projets de Grand Londres et Grand Paris ont vocation à atténuer ce décalage, en créant des lignes transversales dans un cas, et circulaires dans l’autre. Ainsi la banlieue parisienne semblera un quartier de Londres et réciproquement.

Deux trains Eurostar à la station Waterloo de Londres

Deux trains Eurostar à la station Waterloo de Londres. Crédit : Herbert Ortner

Une concurrence vertueuse

Pour travailler main dans la main, les deux villes doivent comprendre leurs points faibles et forts et identifier leurs complémentarités. Tout d’abord, Londres est la ville tournée sur le monde par excellence, d’une part grâce à sa langue natale, mais aussi grâce à sa place financière qui attire les investissements. Aujourd’hui près de 40% de ses résidents sont des ressortissants. Ce n’est pas encore le cas de Paris qui reste une ville européenne majeure, mais pas internationale comme sa voisine anglaise. Ces caractéristiques ont permis à Londres de prendre assez tôt le pas du monde de l’innovation. L’apparition spontanée des premiers incubateurs, accélérateurs, coworking spaces et autres fablabs est renforcée en 2010 par le Tech City UK, un cluster technologique et innovant à l’Est de la ville. Grâce au soutien du gouvernement, la Tech City espère à terme se mesurer à la Silicon Valley. Outre-Manche l’ouverture des premiers coworking spaces talonne les ouvertures londoniennes, puis en 2013, trois ans après la Tech City, naît le label French Tech sous l’impulsion du gouvernement français.

Dans le domaine de l’innovation, l’avance anglaise est donc source d’initiative étatique française. Cette compétition bénéfique est complétée en mars 2017 par l’annonce d’un partenariat économique et touristique appelé « Paris-London Business Welcome » destiné à favoriser les échanges entre les deux villes. L’implantation notamment des start-up qui veulent s’expatrier sera facilitée et soutenue dans la ville partenaire. Sur le plan touristique, cet accord signé par les deux maires vise à faire la promotion des deux villes conjointement grâce à la fusion des sites VisitLondon.com et ParisInfo.com et ce, malgré la compétition acharnée chaque année pour savoir laquelle des deux capitales est la plus visitée au monde.

En termes administratifs, les compétences de Sadiq Khan recouvrent un territoire bien plus vaste, celui du Greater London qui est quasiment deux fois plus grand que celui du Grand Paris et quinze fois plus que Paris intra-muros (respectivement 1.572km2, 814km2 et 105km2 de superficie). À cette difficulté s’ajoute la présence en France de nombreuses strates institutionnelles comme la région, la métropole puis l’État, qui contribuent à fragmenter la compétence d’Anne Hidalgo. Pour autant, avec une volonté politique commune, il semble tout à fait possible que les deux capitales continuent à s’attirer l’une vers l’autre.

Usbek & Rica

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