Le parc olympique de Londres : un modèle de réversibilité ?

29 Mai 2017

Sept étudiants de l’École urbaine de Sciences Po ont étudié l’héritage des Jeux olympiques de 2012 à Londres, à partir de recherches bibliographiques et d’enquêtes de terrain. Qualifiées de « meilleurs Jeux jamais organisés » par le président du CIO Jacques Rogge, ces olympiades sont souvent saluées pour leur héritage urbain. Elles se sont inscrites dans un projet global de régénération de l’Est londonien, et plus précisément du quartier défavorisé de Stratford, dans le borough de Newham. Cinq ans après, la reconversion de Stratford est-elle réussie ?

Les Jeux olympiques de Londres ont été pensés comme un moyen de redéveloppement urbain.

Vue aérienne de l’ancien site des Jeux olympiques de Londres en juillet 2015. © Courtesy of LLDC

Réversibilité et héritage au cœur de la candidature olympique

Contrairement aux Jeux d’Athènes, ceux de Londres ont été pensés dès l’amont comme un moyen de redéveloppement urbain. Le projet s’inscrivait dans un programme de redynamisation de l’East End londonien initié depuis les années 1980. Avec des habitants à faibles revenus (17,6 % d’adultes non qualifiés dans les Growth Borough dont Stratford fait partie, contre 11,6 % à Londres) et des friches industrielles, le quartier de Stratford était l’un des plus démunis de la capitale.

L’objectif était de lancer une dynamique positive en le désenclavant et en développant les retombées économiques pour les habitants. L’ambition de régénération urbaine s’est concrétisée par la dépollution du site et la conception d’un parc olympique reconvertible en quartier urbain mixte intégrant un grand parc public. Le projet, confié à trois agences principales, s’appuyait sur un large recours aux partenariats public-privé.

Un parc écologique a été créé pendant les Jeux olympiques de Londres.

Les Jeux ont été l’occasion de dépolluer le site afin de restituer aux habitants un parc écologique et d’activités sportives. Au fond, la structure-sculpture d’Anish Kapoor, devenue le symbole du site. © Sacha Dalis, Alice Duthuillé, Marie Fricaudet, Simon Issard, Adèle Juste, Estelle Martenot, Julien Vincelot

Une reconversion technique réussie

Cinq ans après, le bilan technique de la reconversion est positif. Les équipements ont été conçus pour évoluer, par exemple avec des gradins temporaires et des structures modulables, voire démontables. Aujourd’hui, les cinq équipements sportifs pérennes (centre aquatique, stade olympique, Eton Manor, Lee Valley VeloPark, Copper Box Arena) sont ouverts au public et les trois équipements temporaires ont été démontés.

Le centre aquatique conçu par Zaha Hadid pour les Jeaux Olympiques de Londres a été réduit.

Le centre aquatique conçu par l’architecte Zaha Hadid a été conçu léger et ouvert pour réduire sa consommation énergétique. Ses deux « ailes » de gradins ont été démontées après les Jeux. © Sacha Dalis, Alice Duthuillé, Marie Fricaudet, Simon Issard, Adèle Juste, Estelle Martenot, Julien Vincelot

La capacité d’accueil du stade olympique a été réduite de 80 000 à 50 000 places grâce à des tribunes rétractables. L’ancien village olympique et le centre des médias sont reconvertis en logements et en espaces pour les entreprises. Grâce à des murs destructibles intégrés dès l’origine dans les appartements, le village olympique accueille désormais 3 600 logements. Certains ponts, construits pour faciliter les déplacements des visiteurs pendant les J.O., ont été démontés pour s’adapter aux nouveaux flux.

Le site olympique de Londres a été pensé comme un quartier urbain mixte.

Le site olympique a été pensé en amont comme un véritable quartier urbain mixte afin d’assurer une reconversion rapide post-J.O. et son intégration dans la ville. © Sacha Dalis, Alice Duthuillé, Marie Fricaudet, Simon Issard, Adèle Juste, Estelle Martenot, Julien Vincelot + atelier Beau/Voir

Un bilan nuancé pour les habitants

Si la reconversion est techniquement réussie, le bilan social est contrasté. À l’échelle des boroughs hôtes, le projet cristallise une fracture urbaine entre une population plutôt aisée qui s’étend vers l’est de Londres et une population locale plus précaire, qui subit un processus de gentrification. Les nouvelles infrastructures, la connexion des transports au centre de Londres et la construction de logements plus adaptés aux jeunes ménages londoniens ont attiré de nouveaux habitants qui remplacent progressivement les populations préexistantes.

A Londres, la reconversion du site olympique en pôle économique se poursuit.

La reconversion du site en pôle économique et commercial de l’Est londonien est encore en cours, avec d’importantes opérations immobilières menées à travers de nombreux partenariats public-privé. © Sacha Dalis, Alice Duthuillé, Marie Fricaudet, Simon Issard, Adèle Juste, Estelle Martenot, Julien Vincelot

Ce phénomène aurait pu être limité par un programme plus ambitieux de logements sociaux. La construction du mall de Westfield, le plus grand d’Europe, témoigne de cette fracture. Il est très fréquenté par les nouveaux habitants, alors que les populations historiques se rendent à l’ancien centre commercial. Le modèle du nouveau quartier vient supplanter l’identité passée de Stratford, ce qui relativise l’idée d’héritage placée au cœur de la candidature de Londres.

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Par Sacha Dalis, Alice Duthuillé, Marie Fricaudet, Simon Issard, Adèle Juste, Estelle Martenot, Julien Vincelot, étudiants à l’Ecole urbaine de Sciences Po

 

Eléments initialement présentés dans l’exposition « Réver(cités), villes recyclables et résilientes » à la Cité de l’architecture & du patrimoine, du 12 octobre au 4 décembre 2016. Plus d’informations dans la visite virtuelle de l’exposition.

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