Métro : une seconde vie pour les stations fantômes ?

4 Juin 2014

Ex-candidate à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet avait fait grand bruit en proposant de transformer les stations de métro désaffectées de la capitale en piscine, en boîte de nuit ou en salle de spectacle. Pourtant, à Londres, Madrid ou New York, on s’active déjà pour redonner vie aux vieilles stations abandonnées.

Saint-Martin, l'une des sept stations fantômes du métro parisien.  Copyright : jd / Wikimedia

Saint-Martin, l’une des sept stations fantômes du métro parisien. Copyright : jd / Wikimedia

« Je veux magnifier les stations de métro fantômes ». En 2013, Nathalie Kosciusko-Morizet avait surpris pas mal de monde en annonçant son intention, si elle était élue à la mairie de Paris, d’offrir une seconde vie à ces « lieux non exploités qui ne posent aucun problème de voisinage. » Son idée : aménager des équipements sportifs et culturels ainsi que des restaurants branchés et des boîtes de nuit dans sept stations aujourd’hui désaffectées (Champ de Mars, Arsenal, Molitor, Croix Rouge, Porte des Lilas, Saint-Martin et Martin Nadaud). À l’époque, la proposition avait fait grand bruit. Insolite pour les uns, déraisonnable pour les autres, l’idée de « NKM » a au moins eu le mérite de relancer le débat sur l’utilité des stations fantômes.

Bien sûr, transformer des stations désaffectées en espaces de convivialité ne se fait pas d’un claquement de doigt. Cela relève même de la gageure, tant les contraintes sont importantes, notamment en ce qui concerne les normes de sécurité. D’ailleurs, à ce jour, ces stations ne sont fréquentées que par une poignée de « cataphiles » aventureux, amoureux des catabombes et autres souterrains parisiens. Certains d’entre eux y organisent même des fêtes en petit comité !

Les architectes parisiens Manal Rachdi et Nicolas Laisné ont interprété en images le souhait de Nathalie Kosciusko-Morizet d'offrir une seconde vie à 7 stations désaffectées du métro parisien.  Copyright : Manal Rachdi & Nicolas Laisné

Les architectes parisiens Manal Rachdi et Nicolas Laisné ont interprété en images le souhait de Nathalie Kosciusko-Morizet d’offrir une seconde vie à 7 stations désaffectées du métro parisien. Copyright : Manal Rachdi & Nicolas Laisné

À l’heure où l’espace en milieu urbain commence à manquer – surtout dans une ville aussi dense que Paris – la seconde vie des stations fantômes devient un enjeu urbanistique à part entière. À Londres, la start-up Zero Carbon Footprint vient ainsi de racheter 10 km² de galeries souterraines pour y faire pousser des légumes hors-sol. Un exemple, parmi d’autres, des solutions imaginées par les municipalités ou les citoyens pour « recycler » les stations désaffectées.

Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, les stations désaffectées du métro parisien pourraient accueillir des restaurants, des spectacles culturels, mais également des équipements sportifs.  Copyright : Manal Rachdi & Nicolas Laisné

Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, les stations désaffectées du métro parisien pourraient accueillir des restaurants, des spectacles culturels, mais également des équipements sportifs. Copyright : Manal Rachdi & Nicolas Laisné

À Madrid, un musée d’histoire souterrain

Quatre ans après son ouverture en 2008, plus de 170 000 visiteurs avaient déjà admiré les publicités vintage et vieux panneaux d'affichage de la station Chamberi.  Copyright : Museo8bits / Wikimedia

Quatre ans après son ouverture en 2008, plus de 170 000 visiteurs avaient déjà admiré les publicités vintage et vieux panneaux d’affichage de la station Chamberi. Copyright : Museo8bits / Wikimedia

1917. Alfonse XIII, roi d’Espagne, inaugure la ligne 1 du métro madrilène, conçue par l’architecte Antonio Palacios. Au bout de cette ligne historique : la station Chamberi, qui servit, durant les années de Guerre Civile, d’abri antiaérien et d’espace pour stocker des armes. Avec le développement du métro madrilène dans les années 1960, Chamberi se retrouve vite coincée entre les arrêts Bilbao et Iglesia. À tel point qu’en 1996, la ville décide de fermer la station. Durant dix ans, personne ne met plus les pieds à Chamberi à part quelques graffeurs, qui trouvent là un terrain de jeu inespéré. En 2006, le Conseil régional des transports de Madrid décide de rénover entièrement la station pour en faire un musée historique, dont l’accès sera gratuit. Inauguré en 2008, après deux années de travaux, ce dernier retrace l’histoire de la station et, plus largement, du métro madrilène.

La visite filmée du musée de la station Chamberi :

À New York, du street art au milieu des vitraux

Graffiti de l'artiste Meggs réalisé dans le métro new-yorkais, dans le cadre du Underbelly Project.  Copyright : RJ / Flickr

Graffiti de l’artiste Meggs réalisé dans le métro new-yorkais, dans le cadre du Underbelly Project. Copyright : RJ / Flickr

La station City Hall est l’une des plus célèbres du métro new-yorkais. Avec ses vitraux décorés et ses lustres en cuivre, elle n’est pas sans évoquer la mythique Grand Central Station. Pourtant, les rames ne transportent plus de voyageur jusqu’à City Hall depuis 1945. Longtemps laissée à l’abandon, la station a été restaurée en 1995 pour être intégrée dans un ambitieux projet de musée des transports, qui ne verra finalement pas le jour. En 2010, City Hall est devenu un lieu de passage pour les trains de la ligne 6, qui traversent ce décor d’un autre temps pour faire demi-tour, une fois passé le terminus (Brooklyn Bridge). À condition de rester dans le train, les voyageurs les moins pressés peuvent donc admirer la splendeur de l’architecture originelle. Mais si City Hall est revenue sous le feu des projecteurs, c’est aussi et surtout parce qu’en 2009, une centaine de street artists ont décidé, sans la moindre autorisation légale, « d’habiller » la station de leurs dessins dans le cadre d’un projet baptisé Underbelly (littérallement « sous le ventre »). Un projet qui, depuis, s’est notamment exporté dans les couloirs non fréquentés du métro parisien.

Pour découvrir le Underbelly Project

À Londres, dormir dans le métro est un luxe

La station de métro Brompton Road, à Londres, sera bientôt transformée en résidence de luxe.  Copyright : Diamond Geezer / Flickr

La station de métro Brompton Road, à Londres, sera bientôt transformée en résidence de luxe. Copyright : Diamond Geezer / Flickr

La capitale anglaise possède le plus vaste réseau métropolitain mondial après celui de Shangai. Le métro londonien est aussi – et surtout – le plus vieux sur le plan historique. Pas étonnant, dans ces conditions, qu’on y dénombre une bonne quarantaine de stations désaffectées. Brompton Road est l’une d’entre elles. Située sur la célèbre Picadilly Line, juste en-dessous du quartier cossu de South Kensington, cette station fantôme a été fermée en 1934, faute de passagers. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle servit de centre de commandement pour la défense aérienne britannique. Depuis cette date, elle appartenait d’ailleurs au Ministère de la Défense, qui s’en sert parfois comme camp d’entraînement militaire. Mais d’ici quelques mois, les 2 600 m2 du site devraient être occupés par un hôtel de luxe. Fin 2013, un milliardaire ukrainien a en effet racheté Brompton Road Station au ministère, pour un montant estimé à un peu plus de 64 millions d’euros. Les premières chambres auraient déjà été aménagées dans d’anciennes cages d’ascenseur… Cette vente confirme la volonté du maire, Boris Johnson, d’offrir une seconde vie aux stations fantômes de la capitale « à condition que ça ne coûte rien au contribuable ».

Découvrez l’histoire de la station Brompton Road en images sur le site du Telegraph

 

Usbek & Rica

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