Et si Marseille faisait confiance à ses fêtards

28 Sep 2017

À Marseille la nuit inquiète. Malgré la bonne dynamique créée dans la foulée de la capitale européenne de la culture en 2013 puis l’ouverture de nouveaux lieux comme le club flottant Razzle ou le toit-terrasse R2, les acteurs du monde de la fête pointent du doigt une méfiance de la municipalité.

États généraux de la nuit

La scène électronique et underground a beaucoup évolué ces dernières années à Marseille. Peu crédible il y a quelques années, elle s’est professionnalisée et de nombreux lieux et festivals y ont vu le jour, ralliant une jeunesse toujours plus large. À tel point que le visage de la ville a changé : de nombreuses voix la disent plus sûre et plus agréable de nuit, son offre culturelle plus riche et variée. Pour autant son potentiel est loin d’être pleinement exploité. Fondé en 2011 par Clément Carouge, le magazine culturel La Nuit Magazine s’évertue à mettre en lumière les opportunités de la nuit phocéenne. Il est à l’initiative des premiers États généraux de la nuit à Marseille qui ont eu lieu en avril dernier. « Ces États généraux [étaient] organisés d’une part parce que l’on déplore un manque de réflexion sur cette question, alors que la fête est en plein développement à Marseille depuis quatre ans, et d’autre part parce que la communication entre les acteurs de la nuit et ses institutions est quasi-inexistante ou n’a lieu que dans le conflit. » L’idée est donc de réunir les acteurs du monde de la nuit et les politiques locales afin d’améliorer leur mauvaise réputation et d’engager un dialogue fécond.

Si le manque de confiance est à l’origine de nombreuses frustrations, il n’est pas le seul ennui. Le manque de moyens provoque la frilosité des pouvoirs publics qui préfèrent investir dans des formules formatées et clé en main plutôt que de construire une offre en fonction d’un quartier, de ses acteurs et de ses besoins. Et ce, quitte à mettre en place des projets copiés sur les grandes villes européennes et à négliger la vitalité culturelle de la cité phocéenne.
En parallèle, l’état d’urgence a fortement impacté l’économie de la fête en induisant « un tas de nouvelles mesures, qui représentent un coût de 30 % du budget pour beaucoup d’organisateurs. Les acteurs des musiques électroniques n’ont pas les moyens de faire face, ce qui ouvre la voie aux multinationales et aux grandes entreprises de spectacle. » explique Tommy Vaudecrane, le président de Technopol, l’association derrière la Techno Parade. En effet, selon le type d’événement, la préfecture peut imposer l’installation de plots en béton contre les voiture-bélier, l’augmentation des effectifs de sécurité, voire même l’annulation d’un festival au dernier moment parce que les conditions de sécurité ne sont pas optimales.

Le rooftop des Terrasses du Port

Le rooftop des Terrasses du Port Crédit photo : ARCHIVES V.C.

« Quand la nuit se meurt en silence »

Souvenez-vous, nous sommes en octobre 2009, une poignée d’organisateurs de soirées lance une pétition qui retentit dans la nuit parisienne. Agacés par le climat de plus en plus hostile à la fête dans la capitale, ils dénoncent un manque de dialogue avec les autorités et un règne absolu accordé aux riverains. Alors que la loi anti-tabac fait sortir les fumeurs dans la rue, la nuisance devient l’épée de Damoclès capable de provoquer des fermetures administratives à tout moment. Cette ambiance punitive est fortement désamorcée dans les années qui suivent, alors que les fêtards renouvellent leur envies en dépassant le périphérique et que la Mairie entre en concertation avec les organisateurs de soirées. S’ensuit la création d’un Conseil de la nuit, une nette progression dans les rapports entre organisateurs et municipalité, le développement (entre autre) des quais de Seine et d’un pôle festif autour de la cité de la mode et du design, et le sentiment que la Mairie s’empare véritablement du sujet.

C’est précisément la dynamique que les fêtards de Marseille souhaitent voir naître dans leur ville, d’autant plus que les retombées sont indéniables. La vie nocturne regroupe plus de 3 millions de travailleurs en France. Selon l’étude « Les musiques électroniques en France », les clubs génèrent 295 millions d’euros et les festivals 47 millions. À Marseille, 55 000 emplois sont actuellement concernés. La nuit n’est pas simplement un univers répréhensible qui navigue entre drogues et nuisances mais un véritable accélérateur social, culturel et touristique. Le succès de la Concrète à Paris a définitivement validé l’existence d’une « génération Easy Jet » qui profite de vols low cost pour faire la fête dans l’Union Européenne. D’ailleurs, sur ce point Marseille accuse également du retard. La mobilité y est mauvaise en particulier au delà d’une heure du matin. Les quartiers nord restent très enclavés et dépendants de la voiture, tandis que le réseau de bus, bien qu’il s’améliore, n’est pas encore à la hauteur. « Ce n’est pas possible de compter sur le réseau de transports publics pour sortir le soir. Lors des soirées du Cabaret aléatoire, on voit un cortège continu qui sort à 5 heures et demi pour ne pas rater le premier tramway à Longchamp mais personne ne bouge avant. C’est bien qu’il y a un problème de mobilité énorme » explique Ilies Hagoug, rédacteur en chef de La Nuit Magazine.

L’idée semblait inenvisageable il y a quelques décennies, aujourd’hui la fête apparaît au croisement de problématiques passionnantes pour les métropoles. Si à Marseille, la concertation progresse, un changement profond de mentalité doit encore opérer.

Usbek & Rica

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