Le logement social à Montreuil : une réponse innovante à la crise actuelle ?

26 Jan 2017

Au cours de l’année écoulée, la ville de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, s’est distinguée sur les questions du logement, et plus particulièrement du logement social. Depuis quelques années, certains promoteurs montreuillois s’implantent dans une double démarche. Il s’agit d’abord de construire local : on ne fait plus du logement, on crée un tissu, un écosystème urbain. Dans cette logique de maillage, certains promoteurs préfèrent concentrer leurs actions sur un unique territoire dont ils assurent la couture urbaine. Le logement se veut aujourd’hui responsable et durable. Ces promoteurs replacent également le bois au cœur de la construction. En novembre dernier, Emmanuelle Cosse, Ministre du Logement et de l’Habitat durable, venait inaugurer à Montreuil le premier immeuble social énergétiquement autonome.

Dans une période où la crise du logement et la précarité énergétique sont au cœur du débat, Montreuil semble faire partie de ces villes qui tirent leur épingle du jeu. Si elle n’est pas la seule ville française à mettre en œuvre ces idées, Montreuil apporte des solutions innovantes, durables, responsables et qui permettent d’autonomiser ses demandeurs.

Le logement social, qu’est-ce que c’est ?

L’idée d’un logement social se construit en réponse à la définition de l’insalubrité au cours du 19ème siècle. Ces deux notions émergent avec le premier mouvement d’urbanisation en masse. Il s’agit de remettre l’individu dans des conditions de vie non nocives pour son état de santé. Au cours de cette période, la France est économiquement abattue par les investissements des guerres napoléoniennes. Les campagnes sont dévastées et un nouveau modèle économique émerge : l’industrie. Une machine de production qui exige un apport conséquent en main-d’œuvre. Ce sont les débuts de l’urbanisation de masse.

Sidérurgie, mines, textile. Divers domaines de production se développent sur ce même schéma. Les villes accueillent une masse ouvrière importante. La croissance exponentielle double la population urbaine sur une période de 50 ans.

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Source : pinterest.com

A partir de là, le tableau urbain ressemble à celui dressé par Charles Dickens dans Oliver Twist. La précarité, les maladies et la mort envahissent les rues. Les premières réactions sont provoquées par l’épidémie de choléra de 1832 qui fera plus de 100 000 morts en région parisienne. Elle est suivie de près par la tuberculose qui ne sera pas moins dévastatrice. Il faut agir. Il s’agit de lutter contre le manque de logement, qui crée une pression sur l’offre et le transforme en véritable marchandise. Il faut aussi jouer sur le confort : la promiscuité, l’insalubrité sont tant de facteurs inhumains, mais aussi menaçants pour l’équilibre politique. Entasser la pauvreté c’est aussi favoriser le désordre social et la formation de mouvements contestataires. Dans ce cadre, la politique du logement voit le jour. Si les données changent d’une crise à l’autre, les cartes sont toujours les mêmes.

Parallèlement, le logement est un besoin primaire. En cela, il devient un indicateur de développement et de bien-être dans une société. Les crises du logement sont des événements cycliques qui apparaissent bien souvent après des crises économiques. Les grandes périodes d’alertes font suite à l’arrivée de l’économie de l’industrie, à la première guerre mondiale, puis à la seconde, à la crise économique de 70 et actuellement à la Grande Récession de 2008. Suite à ces alertes, des solutions politiques, économiques et sociales sont apportées. C’est dans ce cadre que les cités-jardins, les grands ensembles (bien que vivement critiqués aujourd’hui, et à raison, ils ont été, quoi qu’on en dise, une réponse au contexte de l’époque), les vagues de réhabilitation des quartiers anciens ont été amorcées.

Aujourd’hui, est-ce que les bâtiments autonomes et construction bois proposés à Montreuil sont des réponses durables à la crise urbaine que nous traversons ?

Plus que de répondre à la crise du logement, les solutions précédentes nous ont apporté des innovations dans les modèles de développement urbain. Dans le contexte actuel, il se pourrait que Montreuil nous apporte les clefs de compréhension des innovations à venir.

Quelle crise du logement aujourd’hui en France ?

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Source : blogs.mediapart.fr

La crise du logement actuelle soulève diverses problématiques. Selon la Fondation Abbé-Pierre, le nombre de sans-abri a doublé au cours de ces dix dernières années. 3,5 millions de personnes sont mal-logées. Cela signifie que 3,5 millions de personnes sont sans domicile, résident en chambre d’hôtel, en camping, dans des logements insalubres ou des abris de fortune. Ces situations font suite à des expulsions liées à des impayés trop lourds.

De manière plus large, ce sont 10 millions de personnes qui sont en situation de fragilité en termes de logement. On compte 5,9 millions d’habitants victimes de la précarité énergétique. La précarisation des ménages face aux dépenses énergétiques est un sujet de plus en plus présent dans le débat social. Cela comprend la capacité des ménages à se déplacer et à se chauffer. Une part importante des Français a du mal à posséder ce confort. Cela représente près d’un quart des ménages selon l’INSEE.

Cette précarité abondante et croissante est bien entendu liée aux manques de moyens financiers de la part des ménages. Les politiques du logement actuelles pointent du doigt le manque de logements sociaux. De plus en plus de ménages répondent aux critères d’attribution. Pourtant, la cadence de construction ne suit pas et le parc actuel est vieillissant. Il s’agit alors aujourd’hui de trouver des solutions durables qui permettraient de loger des ménages en allégeant les charges liées à l’accès à des conditions de vie décentes. Cela comprend en partie le chauffage.

Quelles solutions la ville de Montreuil met-elle en avant ?

            La construction bois au cœur du logement social

Nous traversons actuellement une grande période de ralentissement dans la phase de construction. En plus de répondre à l’augmentation de la demande en logement, il faut aujourd’hui pallier l’allongement des délais de livraisons. Ces défis se couplent également à des défis écologiques que nous plaçons au cœur de la logique de développement des villes de demain.

La construction d’un bâtiment dégage une quantité importante de CO2. Dans une démarche écologique, le retour aux structures bois permet l’absorption et le stockage de ce CO2. La construction bois c’est entre 50 et 60 % d’émissions de gaz à effet de serre en moins.

A Montreuil, le promoteur et constructeur REI est l’un des précurseurs dans la démarche. Ce retour au bois a d’abord fait peur. On a tous en tête la célèbre histoire des trois petits cochons ! Pourtant, il faut reconnaître que sur l’ensemble de l’histoire de l’architecture, seul un siècle s’est appuyé sur une structure béton. 95 % des bâtiments au monde sont construits en structure bois.

D’un point de vue économique, le matériau de base est plus onéreux. Le prix de construction est de 2 à 5 % plus élevé. En contrepartie, la structure est plus légère et permet un délai de construction plus restreint. Elle peut faire gagner 6 à 8 mois, ce qui permet au propriétaire de rentabiliser plus vite.

Le retour à la structure bois, déjà bien initié dans la ville, s’inscrit complètement dans la logique de développement durable. En effet, 30 % du territoire français est recouvert de forêts. Aujourd’hui, on ne récolte que deux tiers de son accroissement. Couper la forêt pour lui permettre de se renouveler est nécessaire. Cela permet le renouvellement des écosystèmes. Cette logique de construction rentre dans une dynamique globale qui permet le développement de circuit courts dans le secteur de la construction. A termes, ces coûts devraient être réduits.

            L’accession au logement autonome

En novembre dernier une nouvelle résidence était inaugurée à Montreuil par Emmanuelle Cosse, Ministre du Logement et de l’Habitat durable. En plus d’apporter 17 nouveaux logements sociaux à la ville, le bailleur Osica apporte diverses innovations dans la logique de construction.

D’abord, le bâtiment est passif. Cela signifie que la structure ne nécessite aucune source de chaleur active pour parvenir à se chauffer. Le soleil, les matériaux, la ventilation et l’isolement de la structure lui permettent de se maintenir à des températures suffisantes. Le bâtiment passif est un bâtiment énergétiquement autonome. Des triples vitrages ont été installés avec une surface supérieure de 20 %. Cela permet alors d’absorber la chaleur solaire de manière plus profitable. Couplé à un système de ventilation, cela permet d’assurer une température ambiante de 19°C. Aucun radiateur n’a été installé.

Si le coût de construction est plus élevé, les économies se font ailleurs et sont durables. Le bailleur estime que les charges devraient être divisées par 2,5. Pour cela, des mesures d’accompagnement ont été mises en place. Le bâtiment a été élaboré dans une démarche pédagogique en partenariat avec les habitants. Créer des bâtiments énergétiquement autonomes permet donc d’alléger les charges des ménages précarisés tout en augmentant leur confort.

Penser le logement comme élément d’un écosystème

Le logement social de demain, c’est une ville pédagogique et résiliente, qui permet aux habitants de se rendre compte de leur champ d’actions. Nombreux sont les promoteurs montreuillois à imaginer leurs constructions à taille humaine. On ne cherche plus uniquement à faire du logement social, on intègre le modèle dans une dynamique locale de vie en communauté. La logique du porteur de projet s’est inversée. Les projets se font en partenariat avec les locaux, et permettent d’installer des actions plus larges qui intègrent les capacités environnantes. Récemment, la résidence du Bourg a donc été livrée par le promoteur REI. Des jardins collectifs de production urbaine ont été installés au cœur de la résidence, en partenariat avec l’atelier Coloco et les habitants. La question aujourd’hui c’est de savoir comment faire émerger des initiatives locales et citoyennes et comment créer des réseaux. On ne pense plus à l’échelle d’un bâtiment, mais on crée un maillage multiscalaire.

 

Montreuil, par ces divers projets évoqués, nous offre donc une approche innovante de la question du logement social. Il s’agit de développer le maillage territorial, la vie locale et l’autonomisation énergétique. Offrir du logement social demain, c’est offrir une dimension pédagogique et d’autonomisation à diverses échelles. Les quartiers deviennent des cellules de vie autonomes basés sur la vie en communauté. Les logements deviennent des éléments autonomes qui permettent de vivre de manière responsable. Par cet exemple, l’innovation constitue un allègement économique en termes d’énergies mais également un soulagement durable pour le budget des ménages. Pour Montreuil, il semblerait que construire le logement social de demain, c’est avant tout penser durable au sens large du terme.

Lumières de la Ville

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