Les véhicules électriques sont-ils vraiment une solution d’avenir ?

19 Juin 2018

Comment peut-on bien répondre au réchauffement climatique ? La pollution produite par l’essor des véhicules carburant aux énergies fossiles depuis près d’un siècle a poussé les constructeurs automobiles à revisiter ces dernières années les manières de concevoir nos modes de déplacement. En particulier, l’apparition des voitures électriques apparaît comme étant une solution d’avenir en matière de mobilité, notamment pour limiter l’émanation des gaz à effet de serre liés au réchauffement climatique. Mais cela fonctionne-t-il vraiment ? Le développement de ces véhicules, accompagné d’une demande croissante de matériaux rares n’entraînerait-il pas à terme une autre crise environnementale, voire politique ? Essayons de comprendre le paradoxe qui se construit et de déterminer si les véhicules électriques sont effectivement le miroitement d’une mobilité durable.

visuel de voiture electrique

Les voitures électriques sont-elles vraiment une solution d’avenir ?

 

Changer la consommation pour contrer le réchauffement

On le sait bien aujourd’hui, l’émanation de certains gaz dans l’atmosphère participe au réchauffement climatique, qui a commencé il y a maintenant un peu plus d’un siècle. Et avec l’apparition de la voiture à essence, la tendance est loin d’avoir été inversée. Les gaz à effet de serre désignent les éléments volatiles, notamment dégagés par le carburant fossile des mobilités qui ont incroyablement fleuri au fil des décennies depuis le début du vingtième siècle. Ces gaz se concentrent dans l’atmosphère et ont pour conséquence d’empêcher certains rayons lumineux délivrés par le soleil, qui ont quand même atteint la terre, de s’échapper de l’emprise de l’atmosphère. Ces rayons réchauffent petit à petit l’air ambiant et les effets s’en font ressentir sur l’ensemble du globe. En parallèle, ce phénomène est accompagné d’un accroissement de la quantité de gaz nocifs pour la santé, en particulier au sein des villes.

Les enjeux environnementaux induits par l’utilisation de véhicules polluants nous poussent donc à repenser nos modes de déplacement. Si les voitures qui carburent aux ressources fossiles dégagent trop de gaz nocif et accentuent le réchauffement climatique, les diverses inventions et innovations ayant pour objectif de lutter contre la sur-utilisation de véhicules polluants tendent à faire apparaître sur nos routes des véhicules ou des modes de déplacements qui paraissent être plus sains pour la planète, mais aussi pour la santé de tous.

 

image de voiture pollution

Les voitures électriques sont-elles vraiment une solution d’avenir ?

On le comprend donc, outre l’utilisation massive de ressources fossiles, ce sont surtout les gaz d’échappement qui sont nuisibles. Depuis plusieurs années, les constructeurs automobiles commencent ainsi à développer des véhicules qui sont supposés dégager de moins en moins de gaz, par le biais de normes de constructions par exemple. Les pouvoirs publics limitent aussi dans certaines villes l’accès aux voitures individuelles en mettant par exemple en place de péages urbains, comme à Londres ou à Stockholm notamment. En parallèle, les technologies automobiles s’améliorant, la création de bolides électriques est de plus en plus fréquent. En matière de réchauffement climatique, l’électrique semble donc contribuer grandement à sa protection en limitant les gaz dégagés dans l’atmosphère, mais est-ce suffisant ?

 

Des matières premières source de conflits

Vous vous en doutez, tout cela n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Si l’utilisation des voitures électriques est prometteuse en matière d’environnement global, elle l’est moins en ce qui concerne la fabrication des véhicules. En effet, les nouveaux besoins induits par la technologie des véhicules électriques entraînent finalement d’autres conflits que lors de la fabrication/utilisation des moteurs thermiques ! La poussière n’est donc en réalité que changée de place.

Les batteries conçues pour les véhicules électriques ont en effet un besoin en matières premières très différents des véhicules carburant à l’essence. Plus précisément, il s’agit surtout de la fabrication de la batterie du bolide électrique qui fait défaut au bilan environnemental de ces derniers. La grande demande en cuivre d’une part, va grandement influer sur l’économie de cette ressource et sur son exploitation. Sachant qu’il faut en moyenne 90 kilogrammes de cuivre pour une voiture électrique, c’est-à-dire 3 à 4 fois plus qu’une voiture à moteur thermique et sachant que la ressource n’est pas renouvelable et qu’aucun gisement n’a pu être découvert depuis les années 1990, les experts estiment qu’au rythme actuel de construction des véhicules électriques, la planète ne présente aujourd’hui que 30 années de réserve en cuivre !

D’autre part, l’explosion de la demande de cobalt ou de lithium pour la confection des batteries pose de sérieux problèmes environnementaux, économiques mais aussi éthiques. Ne serait-ce que depuis le début de l’année 2016, le cours de ces métaux a triplé ! Cet enjeu autour de ces matières premières indispensables à la création des véhicules électriques, les chinois l’ont bien saisi puisque les grands groupes du géant du marché automobile contrôlent déjà une grande partie des extractions de lithium dans le monde. Jusque dans des mines australiennes par exemple, les firmes du géant asiatique ont déjà investi d’après le cabinet RWR Advisory plus d’un milliard de dollars.

tableau matiere premiere

La fabrication des véhicules électrique nécessite l’utilisation de nouvelles matières premières, dont le cobalt et le lithium en très grande partie.

 

 

Encore plus problématique, l’extraction de la précieuse matière première est également issue de mines situées en République Démocratique du Congo… dans lesquelles ce sont des enfants qui sont exploités pour extraire le métal de la roche ! Bien entendu, cela entraîne de lourdes conséquences éthiques et sociales en plus des conflits économiques qui se profilent entre les fournisseurs et les fabricants des batteries électriques.

 

 

Comment alors repenser les mobilités ?

La construction de véhicules, thermiques ou électriques, semble donc inévitablement vouée à des conflits, quels que soient leurs modes de production : les moteurs thermiques dégagent des gaz nocifs pour la santé en ville et pour l’atmosphère tandis que les véhicules électriques nécessitent l’utilisation d’éléments naturels rares soumis à de fortes pressions économiques, avec parfois de sérieuses questions éthiques.

Ce constat semble a priori assez alarmant ! Pour autant, les mobilités ne sont pas mortes. Au contraire, l’avenir des mobilités durables peut résulter de cette alarme, déjà tirée par de grandes personnalités du monde automobile, comme Carlos Tavares, le patron du constructeur automobile PSA. Cette prise de conscience des divers dangers liés à la construction de véhicules porte en elle l’espoir d’apporter de nouvelles solutions de mobilités.

Ne parlons pas ici de révolution technologique, mais plutôt d’un regard plus global qu’il semble nécessaire de porter sur la question des mobilités, qu’elles soient urbaines ou non.

Il ne suffit plus en effet de réfléchir simplement à des véhicules individuellement plus « propres », puisque cela n’est semble-t-il pas possible en l’état actuel de nos connaissances scientifiques et techniques. L’usage des mobilités doit être recontextualisé, afin de limiter dans la mesure du possible l’utilisation des véhicules personnels, dans un premier temps au moins au sein de nos villes, qui portent le fardeau d’une pollution nocive à leurs citadins.

En ce sens parmi les réponses possibles à une demande de mobilité croissante et à des ressources s’amaigrissant, et ce même en milieu rural, le partage des mobilités se dessine comme une des solutions véritablement optimistes. Le covoiturage, les transports en commun dans la mesure du possible, participent à réduire l’usage trop prédominant de véhicules polluants qui, en plus, consomment inutilement de l’espace ! Les vélos en libre-service quant à eux, présentent en ville l’avantage de ne même pas nécessiter de matières premières importantes tout en étant environnementalement très propre. Mais surtout, c’est la combinaison de toutes ces solutions, dans un contexte réfléchi à grande échelle, qui pourrait nous permettre de répondre aux défis actuels en matière d’environnement, d’économie et de sociétés.

illustration de l ecopartage

L’auto-partage peut être une solution en milieux rural et urbain pour limiter la construction massive de véhicules individuels

Quel est donc l’avenir du véhicule électrique ?

Cette réflexion globale ainsi que le constat peu flatteur pour les véhicules électriques, ne doivent pour autant pas écarter la force que peut présenter cette technologie. En effet, l’analyse du cycle de vie des voitures électriques, c’est-à-dire l’impact environnemental depuis l’extraction des matières premières à la destruction (ou le recyclage) du véhicule en passant par sa construction et son utilisation, est d’après une étude commandée par L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) bien plus respectueuse de l’environnement que pour les véhicules thermiques.

Alors seulement, si le défi de l’éthique est relevé, si la préservation des matières premières est assuré par un usage parcimonieux et par un recyclage complet des véhicules, l’électrique pourra devenir une alternative à nos mobilités, en attendant une prochaine technologie encore plus propre, mais en tout cas dans un premier temps, une meilleure acceptation de la part de tous, des défis des mobilités urbaines.

 

Lumières de la Ville

Vos réactions

coco 25 juin 2018

Parce que 90% des guerres dans le monde sont dues au ppétrole, vous ne trouvez pas que l’usage du pétrole soit un problème éthique??

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