Les aires de jeux, un défi pour les architectes ?

2 Nov 2015

Dans un premier billet, nous vous parlions du potentiel attractif des aires de jeux dans la ville, notamment à travers le prisme de notre expérience urbaine nippone. Aujourd’hui, place aux travaux artistiques et architecturaux qui ont pris le square pour enfants comme muse pour aiguiser leur inventivité… et favoriser l’épanouissement de nos petites têtes blondes.

Quoi de mieux, pour s’exercer à la création architecturale, qu’un projet où le ludisme définit le mieux le public visé ? C’est en tout cas l’idée principale que se fera le profane en observant les œuvres que l’on s’apprête à vous faire découvrir… Des aires de jeux qui donnent envie de tout quitter pour retomber en enfance, tant les lieux sont hyperboliques, oniriques et appellent à au développement de l’imaginaire.

Si le sourire y est, c’est que l’aire de jeu est bien conçue ! - Crédits Steven Depolo sur Flickr

Si le sourire y est, c’est que l’aire de jeu est bien conçue ! – Crédits Steven Depolo sur Flickr

Ludique… mais pas si simple

Très stéréotypées, les aires de jeux représentent un objet urbain des plus communs, et qui ne fait pas beaucoup parler de lui. L’ambition conceptuelle de ces lieux du quotidien est-elle sous-estimée ? Comme nous le précisions dans le précédent article, ils incarnent pourtant un réel défi pour les maîtres d’œuvres.

Encore plus qu’ailleurs, ces derniers doivent ainsi tenir compte de principes urbanistiques réglementaires (sécurité, accessibilité, etc.) tout en favorisant l’expérience du public selon quelques représentations plus complexes (ludisme, convivialité, liberté, indépendance etc.). Certains artistes et architectes se sont ainsi donnés pour mission de pousser plus loin encore le concept d’aire de jeu… pour des résultats plus que bluffants. On vous a donc concocté une modeste sélection de ces lieux récréatifs extraordinaires.

La superbe aire de jeu de Bob Cassilly

Oubliez le petit train en bois qui orne le square en bas de votre rue, et imaginez ce que donnerait l’aire de jeu états-unienne la plus extravagante qui soit. Ouvert au public en 1997 à Saint-Louis (Missouri), le City Museum a été créé par l’artiste-sculpteur Bob Cassilly. Depuis sa mort, une vingtaine d’autres artistes ont repris le flambeau des attractions-œuvres qui s’y superposent en beauté.

Avion abandonné ou point de vue imprenable ? - Crédits Daniel Ramirez sur Flickr

Avion abandonné ou point de vue imprenable ? – Crédits Daniel Ramirez sur Flickr

Le principe : un immeuble de dix étages reconverti en aire de jeu gigantesque, s’étalant sur 50 000 m². Comme l’écrivait La Boîte Verte en juin dernier :

On y trouve des toboggans géants qui descendent les 10 étages, une grande roue sur le toit avec deux carlingues d’avions recyclées pour que les enfants jouent dedans, une tyrolienne, un bus scolaire en équilibre au bord du vide, des grottes souterraines reliées par des centaines de mètres de tunnels, un aquarium, une fabrique de lacets de chaussure (le bâtiment abritait à l’origine une fabrique de chaussure ), un cirque, un restaurant, etc.

Tout ça a été construit à partir de matériaux de récupération ce qui donne à tout le projet un aspect post-apocalyptique parfaitement adapté.“

Les vertus de ce parc pour enfants sont donc multiples : que l’on prenne en compte la démarche écologique de la reconversion de bâtiments abandonnés, ou que l’on se penche sur la dimension imaginaire des décors. Car, comme le soulignait un article du Monde en février dernier, les aires de jeux traditionnelles ont tendance à être conçues selon des critères principalement normatifs (et stéréotypés). Laissant dès lors de côté d’autres données essentielles, comme le fait de favoriser l’indépendance des enfants, et d’encourager leur créativité…

L’école maternelle la plus classe du monde

Le second exemple que nous avons choisi pour l’inspiration de ce présent billet n’est pas un square pour enfants à proprement parlé, mais une école maternelle tokyoïte conçue par l’architecte Takaharu Tezuka en 2007. Voyez par vous-même :


Ce superbe projet a été présenté lors des conférences TEDxKyoto en septembre 2014.

Dans cette présentation, c’est bel et bien l’aménagement de la cour de récréation – le playground – sur lequel toute l’attention est projetée. Ainsi, Takaharu Tezuka commence par parler des questions de sécurité qui se sont posées lors de l’élaboration de l’aire de jeu extérieure, construite en hauteur.

Nous avons fait en sorte qu’elle soit ronde, on peut tourner sans fin sur le toit.”

Sous les arbres qui sortent du toit, de solides filets ont été disposés en guise de sol. Résultat : les enfants s’agglutinent et grimpent sans retenue sur ces attractions vieilles comme le monde, en toute sécurité. Dans un rebond sur l’article du Monde cité précédemment, Edouard Malsch, urbaniste et journaliste pour Urbanews, s’exprimait de la sorte :

Il existe un décalage évident entre les espaces publics qui rythmaient les après-midi de notre enfance et ceux qui sont aujourd’hui fréquentés par la jeune génération. Ainsi, les heures passées dans les arbres, les balançoires faites maison et autres cages à écureuils s’accompagnaient très souvent de bleus, d’ecchymoses et d’autres bobos en tout genre. Aujourd’hui, la tendance est au tout-sécuritaire, à l’aseptisation, à la standardisation de ces espaces publics, au risque de les rendre ennuyeux. Un décalage accentué par l’urbanisation croissante des territoires : tourniquets et autres toboggans se sont peu à peu substitués aux cabanes dans les arbres.”

C’est en effet l’idée de cet architecte japonais, que de laisser libre cours à la spontanéité enfantine, à l’instar d’une après-midi en forêt. Dans cette maternelle, tout est conçu pour favoriser la liberté, l’amusement et la réappropriation. Par exemple, les robinets disposés dehors sont munis de “tuyaux flexibles” car “cela donne envie d’éclabousser ses camarades”… N’est-ce pas là tout ce que nous souhaitons pour la ville d’aujourd’hui : que les architectes, urbanistes et autres concepteurs prévoient (ou en tout cas permettent) un certain nombre de réappropriations ludiques des infrastructures urbaines ?

Il semblerait qu’à Tokyo comme à Paris, construire de véritables “terrains d’aventure” soit désormais la tendance. Et si cette règle s’appliquait aussi – pas à pas, et dans certaines mesures – à la ville entière ?

 

Pour aller plus loin :

[pop-up] urbain

Réagissez sur le sujet

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiéeTous les Champs sont obligatoires

 

articles sur le même thème


Connexion
Inscription
  • Vous avez déjà un compte identifiez-vous
  • Mot de passe oublié ?
  • Vous n'avez pas de compte, créez le ici
  • * Champs obligatoires
  • Max 200ko / Min 100x100px
    choisir