Le vélo en terres africaines, un mode en voie de démocratisation ?

12 Mai 2016

Si le vélo est bien connu pour essaimer les rues d’une bonne partie des pays asiatiques, on tente en Europe de lui faire retrouver ses lettres de noblesse à coup d’investissements et de plans urbanistiques musclés. Qu’en est-il ailleurs, comme sur le continent africain ? Réputé pour ses “nouveaux modèles urbains” et autres innovations locales en tous genres, l’Afrique représente une terre d’expérimentations urbaines de choix. Côté mobilités, on ne présente plus ses taxis collectifs régionaux, agiles et organisés. Contre toute attente et de manière générale, les pays africains ne portent en revanche pas spécialement les deux-roues dans leurs cœurs. Preuve que chaque zone géographique développe sa propre culture mobile, et parfois de façon inattendue.

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La précarité du métier de vélo-taxi n’est incompatible avec sa notoriété locale – Crédits Rod Waddington sur Flickr

En roue libre dans les montagnes ougandaises

Les Etats africains qui font régulièrement parler d’eux pour leur pratique cycliste quotidienne ne sont a priori pas les plus adaptés en termes de reliefs… Ainsi, les vélo-taxis (boda-boda) d’Ouganda et d’ailleurs – au Rwanda, dit le « Pays des mille collines » ou plus au Sud au Malawi notamment – transportent tout un tas de choses, du voyageur plus ou moins lourd aux marchandises de tous poils. Et pourtant, comme exprimé sur le site d’Arte, la région dans laquelle s’est développée cette routine (très) sportive est plutôt vallonnée, voire montagneuse et représente donc « un véritable défi pour les cyclistes ».

De plus, l’acquisition de ces vélo-transporteurs n’est pas donnée à tout le monde en Ouganda. Là où chez nous ça ne coûte pratiquement rien de chiner une bicyclette classique, c’est une autre paire de manche de l’autre côté du globe. Comme mentionné précédemment, l’objet tient effectivement une place de choix dans l’économie du pays, puisque ceux qui le conduisent font tourner la machine en transportant tout un tas de marchandises et de clients variés ! Rien à voir, donc, avec la mode qui sévit chez nous depuis quelques années… où le vélo urbain est devenu le moyen de transport écolo préféré des classes créatives et autres jeunes cadres en goguette.

Développer la petite reine par tous les moyens ?

En dehors de quelques exceptions, le vélo reste assez peu populaire dans les pays africains.

« Conduite automobile effarante, chaussées improbables, chaleur accablante, prestige du vrombissement : à Accra (Ghana) pas plus que dans la plupart des villes africaines, la bicyclette n’a trouvé sa place. » (Philippe Bernard, « Des vélos en bambou pour l’Afrique », Le Monde, 2009)

De fait, un certain nombre d’initiatives s’affairent depuis plusieurs années à intégrer de différentes manières ce mode de déplacement peu coûteux, écolo et pratique dans les mœurs d’une poignée de contrées. A cette image, le “Bamboo Bike Project” avait alors été initié en 2008 par des scientifiques de The Earth Institute (Colombia University) pour tenter d’implanter des vélos en bambou dans la société ghanéenne, “as a sustainable form of transportation in Africa” (« comme une forme durable de transport en Afrique »). Malgré une étude de marché assez solide, rapportée par le billet du Monde cité précédemment, l’inactivité du blog du projet depuis 2011 laisserait entendre que cette belle ambition ait finalement pris du retard…

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Vélo partagé et sourire communicatif – Crédits Rod Waddington sur Flickr

Plus récemment en revanche, un programme culturel un peu à part – incluant du vélo – voyait le jour au Sénégal. Et c’est grâce à une campagne de crowdfunding que l’organisation solidaire Cinécyclo a finalement pu être développée dans ce territoire d’Afrique de l’Ouest. L’organisme avait en effet déjà organisé d’autres itinéraires cinématographiques à bicyclette ailleurs dans le monde avant cela. Ainsi, le Cinécyclo Tour Sénégal est un plan initié par son créateur Vincent et consiste à mettre en valeur le patrimoine cinématographique du continent en diffusant ses films dans 80 villages locaux…. et ceci à vélo ! Car la projection fonctionne grâce à une génératrice à pédale, activée à tour de rôle entre les organisateurs et les habitants !

« Nous sommes actuellement deux à parcourir les 3000km de ce périple à vélo : Yoro Diallo, un jeune Sénégalais originaire de Kédougou et moi. Nous intervenons par zone avec des partenaires locaux. Lorsque nos tournées de projection sont finies dans une zone, on se déplace dans une autre, toujours en vélo. On alterne donc étape de projection et étape de liaison. »

Du haut de ses 86 projections et 10 000 spectateurs, le Cinécyclo Tour Sénégal a de beaux jours devant lui… Et qui sait ? Peut-être l’initiative donnera-t-elle envie aux locaux de reprendre le flambeau en développant d’autres activités, la tête dans le guidon !

Pour aller plus loin :

 

[pop-up] urbain

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