Le métier de crieur public – un peu la madeleine de Proust de chacun

15 Oct 2015

Tout cela a commencé le 17 avril dernier, devant la place de la Mairie. Ce jour-là devant les allées du marché d’Autun, une petite ville de 14 000 habitants située dans le département de Saône-et-Loire, un homme d’une trentaine d’années interpelle les passants et annonce présenter un « nouvel outil de communication révolutionnaire ». Fruit d’une collaboration entre la compagnie Arc en Scène, la mairie de Autun et sans oublier le ministère utopique des relations humaines, cet outil de communication révolutionnaire c’est Augustin Tamarre qui l’incarne, perché sur une petite boîte en bois.

Cette petite boîte peinte en bleu ciel, fait partie des nombreuses urnes disséminées aux quatre coins de la petite ville bourguignonne. C’est dans ces boîtes qu’Augustin a demandé aux Autunois, avant son show, de déposer tous les messages qu’ils souhaiteraient voir passer auprès du grand public : pensées, messages personnels, petites annonces, coups de cœur, coups de gueule, etc. Car le métier d’Augustin Tamarre, de son vrai nom Yann Lejeune, c’est comédien ; sa troupe, Arc en Scène ; son rôle du moment, crieur public.

Crédits : Arc en Scène / la mairie de Autun

Crédits : Arc en Scène / la mairie de Autun

A travers ses prestations de service effectuées pour la municipalité depuis maintenant quatre mois, il espère recréer du lien social en donnant à tous la possibilité de faire entendre leur voix. Car pour ce documentaliste, époux et père d’une petite fille, la transmission de la connaissance, tout comme la diffusion de la pensée, sont essentielles et trop de gens ne se retrouvent pas dans les moyens de communication actuels et se retrouvent alors retirés de la société telle qu’elle s’organise.

Crier dans la rue et y déclamer des messages sans filtre, c’est donc avant tout pour lui faire du lien entre toutes les populations, les commerçants, les passants et les personnes issues des quartiers périphériques de la ville. Grâce à son activité, Yann redonne ainsi la parole à ceux qui l’ont perdue, ou à ceux qui auraient la sensation de ne pas être écoutés. Bien entendu, chaque « criée » reste avant tout une représentation pour le comédien qu’il est et c’est fort de son expérience acquise dans la troupe dont il fait partie, Arc en Scène, une compagnie installée à Autin depuis une quinzaine d’années, qu’il sait donner vie au personnage d’Austin Tamarre.

Vidéo :

Augustin a d’ailleurs été inspiré par une autre ville, celle qui inspira la naissance d’un autre célèbre amuseur public : Guignol. En effet, à Lyon depuis 2004, Gérald Rigaud y dépose des boîtes chez les commerçants du quartier de la Croix Rousse et crie ses messages sur la place centrale du quartier lyonnais. Yann, alors Lyonnais, écoute régulièrement à cette époque les déclamations du crieur de la Croix-Rousse, jusqu’à faire sa connaissance et décider d’exporter le concept. Animé par la même envie de se lancer dans une aventure atypique au service du lien social, il propose le projet quelques années plus tard à la municipalité de sa nouvelle ville d’adoption. C’est à la direction de la cohésion sociale et urbaine qu’il s’adresse, pour ensuite mener ce projet en lien avec ce service, ainsi que la direction de la communication et celle de la culture de la mairie autunoise.

Crédits : Arc en Scène / la mairie de Autun

Crédits : Arc en Scène / la mairie de Autun

Au début de son aventure, il raconte même qu’il fut pris à parti par un vieux monsieur visiblement remonté contre la municipalité. Grace à son écoute bienveillante, Yann, ou plutôt Augustin, réussit à attirer la sympathie du vieil homme, jusqu’à lui proposer d’adopter le rôle d’assistant crieur pour la criée suivante. Ce dernier accepta avec engouement. Après quatre mois de représentations mensuelles, Yann pense que ce rôle de crieur public fonctionne aujourd’hui car la société actuelle manque de communications humaines basées sur une quelconque interaction physique : « Avec les criées, on n’est pas dans le virtuel, une relation se crée avec les habitants et entre eux également ». Bien que les formes de communication se soient démultipliées, certains ne s’y retrouvent visiblement pas, à l’image de ce vieux monsieur qu’il a su écouter ce jour-là. Le crieur public est alors considéré comme celui qui portera des voix, mais, avant, qui les écoutera, en somme une sorte de médiateur, de relais public, un passeur de mots ou de maux…

Lucide cependant, Yann reconnaît que ce métier peut appeler à la nostalgie de certains. Mais, face à ce risque, il prévient que le crédo du « c’était mieux avant » n’est pas le sien : « Au lieu de se tourner sans cesse vers le passé » il faut selon lui « s’en servir pour pouvoir réinventer des choses qui serviront aujourd’hui et demain ». S’ajoutant au métier de crieur public, Yann imagine alors des villes qui pourraient un jour renouveler le métier d’écrivain public pour le mettre à disposition de ceux qui auraient du mal à s’exprimer : utopie, relations humaines, et cohésion sociale en somme.

Pour Yann Lejeune, la ville change c’est indéniable, et pour se réinventer il lui faut être avant tout un lieu de vie collective. Pour cela, le crieur public a une recette « Réinventer des moyens de communications plus humains pour donner à tous la possibilité de construire et d’agir ensemble pour que la ville de demain soit avant tout une ville où les forces vives aient les moyens d’agir ensemble ».

 

Lumières de la Ville

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